MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

dimanche 20 mai 2012

JEAN CHAREST A ÉTÉ UN ÉTUDIANT GRÉVISTE!

MISE À JOUR DU 28 MAI 2012
1) L'Orchestre des casseroles!
2) Recommandation discographique pour votre plaisir
3) Article «Jean Charest a été un étudiant gréviste!»
4) La belle manifestation du 22 mai, avec photos


1. L'ORCHESTRE DES CASSEROLES

Au Québec, tous les soirs à 20h, des «orchestres de casseroles et chaudrons» envahissent les rues de Montréal et d'autres villes, pour manifester contre notre bon gouvernement (voir plus bas aux points 3 et 4). Des gens les accompagnent depuis leur balcon. Évidemment, je me suis joins à cette cacophonie joyeuse, avec l'«instrument» que vous voyez dans la colonne de gauche de mon site: un instrument magnifique possédant une résonance puissante et prolongée. Au coin de ma rue, nous sommes maintenant une vingtaine de musiciens en rue, avec le contrepoint des coups de klaxons des automobilistes passant par là. Nous nous amusons, tout en posant un geste politique citoyen. Certains craignent pour le tourisme. Mais j'invite nos visiteurs à se joindre à nous: c'est très plaisant, je vous l'assure, avec zéro violence. Et quels merveilleux souvenirs cela vous fera!


2. RECOMMANDATION DISCOGRAPHIQUE

Le marché du disque classique est en folie! Vous trouverez chez les disquaires (du moins ceux qui tiennent une section Musique classique) des aubaines exceptionnelles ces temps-ci, notamment des coffrets de collection couvrant un répertoire allant d'Hildegarde von Bingen (12e siècle) à Olivier Messiaen et Leonard Bernstein, dans des interprétations de haut niveau. Le groupe Universal (Decca, DGG...) en propose qui reviennent à 3$ le disque (avec livret sur les oeuvres et accès sur Internet aux textes chantés). Le groupe Sony va plus loin: des coffrets à 2$ le disque (mais là, il n'y a que les disques: aucune documentation d'accompagnement). Parmi ces choix, je vous en signale un digne d'ensoleiller votre vie: l'intégrale des Quatuors à cordes de Joseph Haydn, par le Quatuor Angeles. C'est un coffret de 21 disques (!) se vendant à 60$, soit à moitié prix du coffret original paru en 2000. Vous allez dire: «21 disques, il faut aimer ça!». Mon avis: des oeuvres géniales, dans une interprétation quasi parfaite; du pur bonheur! Et comme me le disait un disquaire: «Attention, c'est dangereux de devenir addict».



3. JEAN CHAREST A ÉTÉ UN ÉTUDIANT GRÉVISTE!

Je ne vous parlerai jamais de politique. Non, non. Car je suis un musicien. Et en musique classique : je donne donc dans ce que les critiques de musique classique se plaisent à nommer de l’«élévation spirituelle». Alors, nous nous comprenons : pas de politique.

Sauf que samedi matin 10 mai, j’ai failli m’étouffer en voyant cette page dans mon journal. Quel manque de respect pour la si noble fonction de premier ministre! (Bon, non, je n’ai pas vraiment failli m’étouffer, mais si je vous fais part de ma vraie réaction je pourrais courir le risque d’être soupçonné de subversion. Alors: prudence).


Tout de même, Mesdames et Messieurs, je vous en prie, un peu plus d’esprit. Prenez exemple sur Pinotte, mon premier ministre favori qui, lui, n’a pas peur de dire les «vra z’afféres». Voici donc ce qu’il pense du régime Charest, sans censure ni trucage :


Il est vrai que Pinotte est de tendance un peu anarchiste-graffiteur, mais je l’aime et lui parle tous les jours, moi – Monsieur Charest assure que le «canal de discussion» reste ouvert avec les étudiants mais, lui, ne les a pas rencontrés une seule fois en plus de trois mois, probablement trop occupé dans son rôle de vendeur itinérant (vous savez, le Plan Nord, «deux fois le territoire de la France», où des compagnies chinoises vont œuvrer dans le plein respect de l’environnement – je suis très rassuré, etc.; et pour ceux qui ne savent pas, c’est un peu notre Sibérie, là où notre premier ministre – non, pas Pinotte, Monsieur Charest, a rêvé tout haut en public d’envoyer les étudiants grévistes. Il avait été «cité hors contexte»).

Elle est sympathique : dans sa jeunesse, Jean Charest a été, tenez-vous bien, un leader étudiant gréviste! Je n’invente rien, c’est lui-même qui l’a avoué à ses biographes, Pierre Tisseyre et André Pratte – non, non, je ne lis pas ce genre de choses : ces temps-ci, je préfère écouter de la musique soviétique et lire la vie de Joseph Staline -, je tire tout cela en fait d’un article d’Antoine Robitaille dans Le Devoir du même 10 mai 2012. Et vous, chère Madame qui avez si peur des jeunes d’aujourd’hui, imaginez-vous donc que l’ado Charest portait des jeans, avait les cheveux longs, écoutait du rock et fumait du pot (une seule fois, s’est-il confessé). Pire : il a poussé, oui, ses compagnons d’études à faire des grèves: «Je savais organiser des grèves», est-il allé jusqu'à dire. (Oups! Monsieur Charest a bel et bien parlé de grèves étudiantes, et non de boycott des cours comme il s'obstine à le faire dans l'actuel conflit). L’une d’elles, le croirait-on, était pour réclamer que le collège de garçons où il étudiait devienne enfin mixte. Qui sait?, peut-être a-t-il alors commis l’odieux crime d’empêcher des collègues-qui-tenaient-à-avoir-leurs-cours-quand-même d’assister à ces dits cours. Il aurait fallu faire enquête si la Loi 78 avait été rétroactive – ah, ces lois qui n’ont pas de dents… Je ne sais pas pour vous mais, moi, je trouve que les motifs des grèves étudiantes se sont drôlement enmieutés avec le temps, de la mixité à la justice sociale. Ce n’est pas une humiliation un brin (juste un brin, un tout petit brin) fascisante que les actuels leaders étudiants méritaient, mais plutôt des prix, des distinctions pour avoir relevé la barre. Dans toutes leurs apparitions publiques, ils ont d'ailleurs été solides, posés, articulés, respectueux, mais fermes et convaincus; jamais ils n'ont appelé à la violence: bravo. Mon voisin m’assure cependant que le régime Charest ne passera pas à l’histoire pour son bilan en matière de justice sociale (ni en éducation, a-t-il ajouté, ni en santé, ni en environnement… Cou’don’!).

Comprenez-moi bien. Je n’ai absolument rien contre le régime Charest, non, non. Au contraire, je l’admire, à tout le moins pour son imagination créatrice. Prenons la question de l’accessibilité des études universitaires : c’est réglé. En te fourgonnant en prison tous ces jeunes «marxistes radicaux» (dixit le ministre Bachand) et ces «p’tits cliss de casseurs» (entendu à la télévision), mon Dieu qu’il y en aura de la place dans nos universités! Évidemment, au rythme actuel, il faudra construire de nouvelles prisons (Que le ministre Fournier se rassure : il n’aura pas besoin de l’aide de Stephen Harper pour y être obligé). Je ne doute pas que les entreprises de monsieur Accurso se feraient un plaisir de rendre ce petit service au régime, tout comme elles nous construiront fort probablement le beau nouvel échangeur Turcot style 1950-60. C’est pourquoi je ne porte pas le carré rouge, à preuve :


Non, non, c’est un losange – il y a nuance juridique, et le rouge rend hommage à la couleur emblématique du Parti libéral : ne disait-on pas déjà du temps de Duplessis que «L’enfer est rouge»? En réalité, je lui fais de la publicité gratuite.

Je m’amuse, vous l’avez devinez, mais que voulez-vous, j’ai toujours trouvé l’inflation verbale très amusante, et il y en a beaucoup ces jours-ci.
L’inflation dramatique : ces journalistes à l’affût de la moindre bisbille lors des manifestations pour crier au «grabuge» et donner des airs d’acte terroriste à trois pétards fumigènes lancés dans le métro (ce n'était pas trop génial que de s'en prendre au mode de transport le moins polluant). Oui, il y a eu quelques blessés lors de toutes ces manifestations (il y en aurait moins si on oubliait les boules de billard et les balles de plastique), mais ce sont là des escarmouchettes bien civilisées : en 1849, à Montréal (encore cette maudite ville de fous), des indignés ont, eux, mis le feu au parlement. Rien de moins. On ne niaisait pas avec la puck en cette époque. Non, non, Monsieur le ministre Fournier : je ne recommande absolument pas de refaire le coup. Moi, c’est la non-violence absolue : je suis chrétien, pratiquant, et aujourd’hui même j'assistais à la Messe en cette belle fête de l’Ascension du Christ. Je ne fais juste que rappeler un fait historique se trouvant dans tous les livres d’histoire, sans plus, sinon pour constater que nous nous sommes bien assagis et que c’est tant mieux. Pourquoi alors faire croire le contraire?
L’inflation jovialiste : le régime Charest aime dire qu’il prend des décisions «courageuses». Wow! Par exemple : accepter que les Mohawks ouvrent des casinos parfaitement illégaux (c’est vrai qu’eux ont une conception plus musclée, disons, de la désobéissance civile); détaxer les banques, qui en avaient tant besoin, les pauvres, pour affirmer ensuite que l’État n’a plus les moyens de ceci ou de cela (comme de dépenser plus de $4 par jour par personne âgée pour ses repas dans certains centres); imposer une kyrielle de taxes régressives, telle la suave «taxe santé» de même montant pour un milliardaire ou un crève-faim; maintenir la loi des mines comme loi primant sur toutes les autres au Québec (non, nous ne sommes pas dans une république de bananes); accepter que des cliniques médicales «privées» chargent des frais totalement illégaux à ses usagers pour avoir accès plus rapidement à un médecin (c’est fou ce que l’argent peut arranger les choses comme par magie); etc.
Les exemples ne manquent pas et je ne peux qu’applaudir ce régime de bâtisseurs et de visionnaires qui nous gratifie de tant de courage en prime.

Icône de l'Ascension du Christ, Novgorod (Russie), 14e siècle (Source: Wikipédia)
Après ces choses sérieuses, je passe à la légèreté. Toujours dans mon Devoir du 10 mai (je vais le conserver précieusement, soyez-en assurés), je lis une lettre de notre premier ministre (non, pas Pinotte : Jean Charest) dans laquelle il est écrit que le Québec est une «démocratie exemplaire». Je désire nuancer. La vie démocratique de nos diverses associations (politiques, syndicales, communautaires, étudiantes - oui, oui - et autres) est, généralement, saine et mature, malgré quelques pépins. Par contre, notre système de représentation à l’Assemblée nationale est poussiéreux, voire bancal. Malgré d’innombrables propositions et rapports en ce sens, on n’y trouve encore aucun élément de représentation proportionnelle, contrairement à ce qui en est dans de nombreuses démocraties évoluées. Ce qui donne lieu à d’étranges distorsions. Les voix de telle région ont plus de poids que celles de telle autre région. Il est arrivé qu’un parti politique arrive premier dans les suffrages exprimés d’une élection mais doive se contenter d’être l’opposition, alors que le parti arrivé bon deuxième prend le pouvoir. Des partis sont largement sous-représentés par rapport à l’appui réel qu’ils ont reçu. Bien des citoyens, ne se sentant pas représentés, ne vont même plus voter. Etc. Dans ce contexte, un mandat «majoritaire» est presqu'un permis temporaire de dictature. Lors des dernières élections provinciales, si nous avions été en régime de représentation proportionnelle, les libéraux auraient été minoritaires, et Québec solidaire (le seul vrai parti de gauche) aurait eu autour de dix députés : imaginez la vie politique épicée que nous aurions avec dix Amir Khadir à l’Assemblée nationale! Évidemment, nos gouvernements seraient souvent minoritaires, ce qui obligeraient nos élus à discuter ensemble, à faire des alliances, à dépasser la ligne de leur parti, bref à tenir davantage compte de la complexité sociale, et aussi à tenir des référendums plus fréquemment.

Mais lorsqu’il a remporté les dernières élections dans notre système vétuste, Jean Charest a eu cette réponse profonde à un journaliste qui lui faisait remarquer que le taux de votation avait été le plus bas jamais enregistré : «Les absents ont toujours tort». (C’est curieux mais, concernant les assemblées des associations étudiantes où un vote de grève a lieu, les absents n’ont soudainement plus tort). Bref, le premier ministre n’a surtout pas touché au système actuel qui l’avait si bien servi. Il n’a pas fait pire que ses prédécesseurs libéraux et aussi péquistes. Alors, quelques années plus tard, nous sommes dans une situation où, pour paraphraser Frank Zappa, le parti libéral «n’est pas mort, c’est juste qu’il a une drôle d’odeur». Lorsque l’Assemblée nationale est si peu représentative (dans les faits, moins de 30% de la population a voté pour les libéraux), il devient difficile de louer l’«État de droit». Les citoyens ne vont plutôt que tolérer le gouvernement, jusqu’à ce que leur patience s’épuise (ces derniers temps, à cause d'un déluge d'allégations un peu choquantes). Mais les Québécois, nous sommes très patients, et certains maires, par exemple, continuent à occuper leur position malgré une odeur vraiment très, très douteuse (défense aux citoyens de manifester leur colère!)… 

Je rappele, gentiment qu'en aucun cas le pouvoir appartient au PLQ, ou au PQ, ou ... En démocratie, le pouvoir appartient à l'ensemble des citoyens: ce sont eux qui sont l'État. Les élus ne sont que des mandataires. La démocratie ne peut se limiter à exercer un droit individuel de voter aux 4 ou 5 ans. En ce sens, et dans un contexte de déficit démocratique, une élection ne règle pas grand chose. Quel sera l'enjeu des prochaines élections provinciales? L'enseignement universitaire? Le Plan Nord? La lutte contre la corruption? Il y a une multitude d'enjeux, et je n'aurai qu'une seule case à cocher: cela n'est pas adéquat. Le prochain gouvernement du Québec saura-t-il relever le défi d’une meilleure représentation démocratique? Ou continuera-t-il à ignorer le problème qui fait qu’en bris de confiance, des citoyens n’ont plus que la rue pour tenter de se faire entendre malgré la dureté d'oreille des dirigeants?


4. LA BELLE MANIFESTATION DU 22 MAI

J'ai eu la joie de participer à la manifestation du 22 mai, à Montréal; manifestation contre la loi 78, pour appuyer les étudiants, et pour «honorer» l'ensemble de l'oeuvre du gouvernement Charest.


Je n'avais jamais vu pareil océan humain. Les médias n'ont pas trop osé le dire mais il y avait là environ 200 000 personnes (certains avancent 250 000). L'estimation de 100 000 que d'autres ont donnée est loufoque: svp, achetez-vous de meilleures lunettes. Sur la rue Bleury, des gens qui regardaient le défilé lorsque je suis passé ont dit que la vague circulait depuis plus de deux heures, et il en restait encore! Mon appareil photo n'a pas de grand angle, mais voici deux petits fragments de la foule, en deux endroits différents:



Depuis le début de ce conflit, on parle beaucoup de la «violence» qui accompagnerait ces manifestations. Oui il y en a eu, mais très peu si l'on considère le nombre de manifestations (près de 300!), et le nombre de gens qui y ont pris part. Ce 22 mai, aucun incident ne s'est produit (sauf une couple de vitrines fracassées du fait des Black Blocs), cela pour 200 000 personnes: vraiment, chapeau! Quoi que certains aiment à propager, ce conflit est largement pacifique. Je ne cours pas les manifestations: les foules, ce n'est pas mon fort. Mais je suis très fier d'avoir participé à celle-là, très fier de tous ces gens qui étaient là: je n'ai rien vu du tout qui puisse ressemble à de la violence, jamais je ne me suis senti mal à l'aise. Et certaines pancartes étaient éloquentes, de toutes sortes de manières. Tout cela est extraordinaire.