MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 4 février 2013

OPUS 2012 / LA VIERGE DE (MONSIEUR) VLADIMIR

MISE À JOUR DU 13 FÉVRIER
SOMMAIRE DU MOIS DE FÉVRIER:
1) Babillard
2) Opus 2012
3) Demande de mécénat!
4) La Vierge de (Monsieur) Vladimir. Réflexions douces-amères pour le Carême, temps de pénitence


BABILLARD: FÉVRIER / MARS 2013

Mardi 19 février, MONTRÉAL: Je donne une causerie dans le cadre de la Soirée témoignage d'ATEDM.
Heure: de 19h à 21h30 (l'accueil débute à 18h30)
Lieu: École de l'Étincelle. 6080 avenue de l'Esplanade, Montréal. À proximité du métro Rosemont

PS. Ce sera une causerie très différente de celles que j'ai données jusqu'à maintenant!

Mercredi 20 février, VALLEYFIELD: Je donne une causerie à Salaberry-de-Valleyfield pour Entraide TED Suroît.
Heure: 19h
Lieu: Édifice Raphaël-Barrette
222, rue Alphonse-Desjardins, Salaberry-de-Valleyfield
http://entraideted.weebly.com/

Samedi 2 mars, OTTAWA: Je donne la conférence d'ouverture de la Journée Conférences pour les familles francphones, à l'intention des proches de personnes TED. Le thème est: Créer notre avenir / Afficher notre potentiel.
Heure: 9h15 à 10h15 (AM)
Lieu: Terrain de golf municipal Pine View. 1471 Chemin Blair, Ottawa.

Du 7 au 11 mars, BELGIQUE: je serai à la Foire du livre de Bruxelles.
Mon horaire sera le suivant:
Stand de Québec Édition
Jeudi 7 mars :
·        13h à 14h : Séance de signatures
·        16h, à la Tribune des éditeurs : Causerie sur mon expérience de vie avec le syndrome d’Asperger
·        17h à 18h30 : Séance de signatures
Séances de signatures (stand Québec Édition) :
Vendredi 8 mars, de 14h à 15h
Samedi 9 mars, de 15h à 16h
Dimanche 10 mars, de 11h à 12h
Lundi 11 mars, de 11h à 12h
http://www.flb.be/


OPUS 2012

Ce mois-ci, je vous propose de jargonner musique, ou de gazouiller musique si vous préférez. Je sais que je vais perdre un peu certains de vous, parce que la technique musicale est plutôt ésotérique, mais je vous invite pourtant à me lire, juste pour le plaisir.

Outre les retouches apportées à la partition de L’Esprit envoûteur (voir article précédent : janvier 2013), j’ai composé deux nouvelles pièces en 2012. Elles ont un point commun : toutes deux sont basées sur une mélodie soutenue entendue dès le départ – il n’y a pas d’introduction ici. Autrement, elles sont bien différentes.


Mer et monde (opus 45)

La première s’intitule Mer et monde, et est écrite pour deux clarinettes et vibraphone – la première partie de clarinette demande la clarinette usuelle en si bémol et aussi la petite clarinette soprano en mi bémol (pour son timbre acide), alors que la deuxième partie demande en plus de la clarinette en si bémol une clarinette basse (pour le velouté du timbre). Je pense que l’alliage de ces clarinettes avec le vibraphone crée une sonorité unique, mais je suis conscient que trouver un ensemble de cette formation n’est pas évident et que cela risque surtout d’intéresser des ensembles à «géométrie variable». Néanmoins, dès la page titre, la partie de vibraphone est ouvertement présentée comme pouvant aussi être jouée au piano (avec perte d’un peu de poésie sonore).

Vagues et écume dans Mer et monde (c) Antoine Ouellette 2012
 Mer et monde est une pièce d’environ 15 minutes, aux tempos contrastés et exigeant trois solides instrumentistes, car c’est une musique vive et intense. Vive mais, comment dire?, étrange, peut-être angoissée, je ne sais trop. C’est la pièce que j’ai composée qui se rapproche le plus du total chromatisme, puisqu’elle est en grande partie fondée sur une échelle sonore contenant les douze sons de l’octave chromatique, regroupés en trois groupes de quatre sons aux mêmes intervalles (1. fa, sol bémol, la bémol, la naturel; 2. do, ré bémol, mi bémol, mi naturel; 3. sol naturel, la bémol, si bémol, si naturel), à l’exception de la note ré qui marque les extrémités de l’échelle  :

Échelle modale de Mer et monde (c) Antoine Ouellette 2012

Cette échelle, c’est le «monde» du titre, un continent modal balayé par les arabesques, les vagues et l’écume des trois instruments.

Quelques personnes m’ont dit entendre une parenté entre ma musique et celle d’Henri Dutilleux, une sorte de «raffinement des timbres» - non, je ne m’envoie pas de fleurs : c’est bien ce qu’on m’a dit! J’avoue toutefois mal connaître ce compositeur; certaines choses que j’ai entendu de lui m’ont plues, d’autres beaucoup moins, et il y a plusieurs de ses pièces que je ne connais que de nom. Tout de même, et à moins que je ne me trompe, Dutilleux semble utiliser des modes un peu du même genre que Mer et monde.

Si vous lisez un peu l'espagnol, l'aricle Wikipédia en cette langue est bien meilleur:

Mais Mer et monde n’est certainement pas de la musique dodécaphonique ou sérielle. Est-ce même vraiment de la musique chromatique? Cette échelle sonore n’est jamais transposée (sauf à l’octave) : il n’y a donc aucun chromatisme «ajouté». Je pencherais donc pour dire qu’il s’agit d’une forme de diatonisme. Certains me diront que c’est en «ré mineur». Non, Mer et monde est en… do majeur! L’échelle sonore précédente «orne» le deuxième degré qui est longuement tenu (implicitement). Un accord de septième de dominante sur sol intervient à trois moments charnières de la pièce, donnant le signal pour deux sections où les clarinettes se répondent comme en de douces vagues. Ces vagues sont en do majeur, mais la tonique n’est qu’effleurée, jamais affirmée, pas même à la toute fin. C’est de la tonalité aérienne, sans la tension harmonique habituellement associée à la musique tonale.

Je suis fier de cette pièce et j’espère l’entendre un jour : elle créera une atmosphère très particulière en concert, même si ce n’est pas la plus «confortable» que j’ai écrite…

Musica autistica (opus 46)

Dans Musica autistica, les gongs forment
comme une horloge féerique marquant
l'écoulement du temps.
J’ai terminé Mer et monde le 6 juillet, entre deux séances de casseroles antilibérales dans la rue, et un mois plus tard, j’avais terminé le brouillon complet d’une nouvelle œuvre, cette fois pour orchestre symphonique et d’une durée de 35 minutes. En un mois seulement! À en juger par l’aspect propre et très peu raturé du brouillon, le travail me fut vraiment facile, comme si la pièce était déjà toute prête quelque part en moi et ne demandait qu’à être mise au monde. Ce brouillon n’est pas une réduction pour piano que j’aurais ensuite orchestrée (ce n’est d’ailleurs pas souvent sur deux portées). La pièce est directement née pour orchestre, et le brouillon en est vraiment le résumé orchestral : les mentions d’instruments sont là, bien claires et précises. L’écriture de la partition d’orchestre au propre a été terminée en octobre mais, à cause d’un automne très riche, je n’ai pu terminer de mettre toutes les indications qu’en janvier 2013 (coups d’archet, phrasés, dynamiques, etc.).

Dans Musica autistica se trouve un solo de cor
auquel finit par s'ajouter les 3 autres cors, à plein son!
Musica autistica : musique autiste, bien sûr : le titre de mon livre «latinisé». J’ai beaucoup hésité sur ce titre concurrencé par Symphonie tranquillité, que j’ai finalement mis en sous-titre. Je trouve que Musica autistica porte mieux l’aspect énigmatique de l’œuvre – non, ce n’est pas de la «musique de tous les jours», mais je ne crois pas que ce soit si difficile d’accès non plus : il suffira de jouer le jeu. En fait, j’ai inconsciemment transposé des choses que je connais de l’autisme en notes de musique, en forme musicale. La partition s’ouvre d’ailleurs sur ces mots en exergue qui reflètent certains aspects de l’esprit autistique :

Solitude et intériorité.
Échos et répétition.
Du point vers l’ensemble,
Comme les pièces d’un casse-tête…

Esquisse pour la fanfare entrecoupée par un passage «atomisé»
(c) Antoine Ouellette 2012

La psychologue Chantal Belhumeur me disait que les Aspergers ont comme des compartiments dans leur tête. Je ne sais pas trop!!! Mais oui, Musica autistica se présente comme une suite de moments dont chacun semble clos sur lui-même. Si elle est jouée un jour, je ne doute pas qu’il se trouvera des gens pour dire que c’est une pièce vraiment très étrange et discontinue. Pourtant attention! Les pièces du casse-tête s’assemblent, elles forment ici et là des îlots laissant entrevoir l’image complète du casse-tête. Par exemple, il y a un passage où la longue mélodie soutenue du début est jouée deux fois de suite : la première fois, des silences remplacent environ la moitié des notes et, la deuxième fois, c’est vice-versa : les silences sont remplacés par leurs notes et les notes jouées la première fois deviennent des silences. Dans ce passage, pour renforcer l’aspect «pièces de casse-tête», chaque note est confiée à un instrument différent : on entendra des notes éparses et des timbres atomisés dans une dynamique très douce, et probablement que bien peu de gens se rendront compte qu’il s’était agi de la mélodie initiale. Ce passage pointilliste (mais aucunement atonal) est encadré par son contraire : une fanfare grandiose où vents et percussions ont la belle part; à plein son, avec une mélodie brève répétée et répétée encore (mais chacune de ces «répétitions» est en fait légèrement différente).

Un contrebasson!
 En fait, je ne crois pas que Musica autistica soit difficile à suivre. Dès le départ, une mélodie facile à identifier nous prend par la main (bois et cors). Pour mettre en musique l’aspect de solitude, cette mélodie reviendra périodiquement comme un refrain mais jouée par un instrument soliste à nu. Il y aura ainsi en succession : 1) le piccolo (qui la transformera en chants d’oiseaux), 2) le cor (qui sera rejoint à l’unisson par les trois autres cors), 3) le contrebasson (auquel répond les bassons)… Le solo de piccolo ouvre une région dominée par les bois, sorte de musique nocturne très tranquille. Le solo de cor mène à l’épisode de fanfare déjà décrit. Le solo de contrebasson débouche sur un territoire chatoyant dominé par le piano et les cordes.

Tout cela est entrecoupé de «plages blanches» dominées par la percussion et en particulier par deux jeux de gongs et un gong grave : une petit gamelan (voir l'image suivante) qui marque le passage du temps comme une horloge féerique – c’est la première fois que j’emploie ces instruments. Sur ces plages essentiellement rythmiques, mais de tempo modéré, répétitives et hypnotiques, se greffent des accords tenus de bois et cuivres basés sur l’harmonie fondamentale l’œuvre, à savoir cet «accord autiste» qui n’est ni majeur ni mineur et qui n’appartient en fait à aucune tonalité :
 
Gamelan de Surakarta en Indonésie.
À l'avant-plan se trouvent des gongs du type
demandé pour Musica autistica
Aucune tonalité… Et pourtant oui, il y en a une, mais exactement la même tonalité mystérieuse qui était celle de L’Esprit envoûteur (voir l’article de Janvier 2013) et aussi celle de Toute paisible (pour piano) : une tonalité qui jamais ne se dit ou s’impose, mais qui dirige le jeu en coulisse. Au fait, personne n’a à ce jour identifié cette tonalité dans L’Esprit envoûteur : j’ai promis un cadeau à la première personne qui me donnera la bonne réponse par courriel. Vous avez tout de même la partition d’orchestre à votre disposition!

L’orchestre de Musica autistica est relativement «standard» avec les bois par 3 (plus un piccolo et un contrebasson), 3 trompettes (la première en ré), 4 cors, 3 trombones (le premier est un alto), tuba, piano d’orchestre, 4 percussionnistes et les cordes. Vous me direz : «Mais les gongs?!». Contrairement à ce que vous pourriez penser, il est aujourd’hui facile pour un orchestre de louer ces instruments – certains orchestres en possèdent même en propre. De plus, sur le plan technique, c'est une pièce assez simple à monter pour un orchestre professionnel.


Peinture d'Édouard Manet.
Le piccolo a un beau et long solo
dans Musica autistica.
 C’est curieux à dire mais je n’ai pas composé Musica autistica pour qu’elle soit nécessairement jouée (bien que je ne serais pas du tout fâché qu’elle le soit). Après un livre, je désirais scellé ma condition d’Autiste en une œuvre musicale. Je l’ai aussi consciemment écrit comme «rite de passage» entre ma pièce d’orchestre précédente (L’Oiseau danse : une pièce joyeuse, dansante et multicolore qu’aucun chef ne semble encore d’attaque pour diriger…) et les pièces qui se pointent dans mon esprit (il y en a deux). L’Oiseau danse utilise un orchestre comparable à celui des Symphonies londoniennes de Haydn, un orchestre moyen avec les bois par deux, sans trombones ni tuba : écrire cette pièce m’a beaucoup apporté en fait de clarté dans l’écriture orchestrale. Musica autistica participe de cette clarté des timbres mais avec un orchestre symphonique plus fourni (comme celui de Joie des Grives; mais avec 4 cors au lieu de 6!). Et les deux pièces pour orchestre symphoniques auxquelles je pense poursuivront en cette voie.

Musica autistica. Esquisse du passage en soierie pour piano et cordes,
avec une trompette qui se joint à eux (c) Antoine Ouellette 2012
SOURCES DES IMAGES: WIKIPÉDIA (SAUF MENTION CONTRAIRE)

Demande de mécénat!

Vous êtes vraiment très nombreux à profiter des partitions de mes oeuvres que je vous offre gratuitement sur mon site: j'en suis très heureux et je vous remercie sincèrement pour votre intérêt.

Je n'aurais pas d'objection à vous en proposer d'autres. Je précise que j'ai pu offrir des partitions parce que j'ai reçu un montant d'argent pour le faire. Cet argent a servi à éditer les partitions selon des standards professionnels, et à me dédommager pour le manque à gagner. Alors, si vous voulez être «mécène» pour cette cause, je vous invite à me contacter, de même si vous désirez la partition de telle pièce en particulier.

Aussi, si vous jouez une de mes pièces en concert, j'apprécierais que vous m'en fassiez part. Je pourrais annoncer votre concert si vous le désirez.

Finalement, si vous jouez une de mes pièces et que vous avez une question d'ordre d'interprétation, je vous invite à me contacter: c'est gratuit et je suis à votre disposition avec plaisir!

Musica autistica. Esquisse du solo de piccolo (les sons écrits
sonnent une octave plus haut)
(c) Antoine Ouellette 2012

*     *     *

La Vierge de (Monsieur) Vladimir
Réflexions douces-amères pour le Carême, temps de pénitence
[Car oui, le Carême a débuté mercredi 13 février, le Mercredi des Cendres - je ne vous en veux pas de ne pas le savoir]

Il y a maintenant quelques années que Monsieur Vladimir Poutine, président de la Russie, habite mon imaginaire et est comme un personnage de bande dessinée. Chose amusante, je ne suis pas seul à le voir ainsi puisqu’il est devenu Super Poutine par l’art de Sergueï Kalenik!

Source: http://bdmaniac.fr/actus-bd/super-poutine-est-arrive
J’éprouvais même une certaine sympathie pour Monsieur Vladimir. J’aurais probablement voté pour lui. Mais je parle au passé car aujourd’hui je ne sais plus. Après l’échec du communisme et une décennie de laisser-aller total (les années 1990), il me semble que Monsieur Poutine a redonné une certaine fierté à son pays dont j’admire la culture – et, chose moins appréciée, le dirige comme un Tsar. Très libres dans les années 1990, les médias semblent être de plus en plus surveillés. Quoiqu’il en soit, il reste possible de consulter des médias russes sur Internet, dont RIA Novosti (en français!) :


En cette ère politique que la cinéaste Franny Armstrong a élégamment qualifié d’«Âge de la stupidité»,

Source de l'image:
http://www.fan-de-cinema.com/affiches/l-age-de-la-stupidite.html
... Monsieur Vladimir ne fait ni mieux ni pire que bien d’autres. Tenez, il ressemble beaucoup à Stephen Harper, premier ministre du Canada, la gouaillerie en plus (beau mot n’est-ce pas? Au moins monsieur Poutine a ce plus) : nationaliste, militariste, antiécologiste, pétrodopé, control freak sur les bords. Deux frères quoi. De Monsieur Harper, ce que j’apprécie est qu’il aime les chats. Autrement… De Monsieur Poutine, c’est un trait bien particulier qui me touche : surprenant mais cet ancien agent du KGB est chrétien orthodoxe, et pratiquant. Il s’est marié à l’église en plein règne communiste, ce qui, vous aurez beau dire, dénote de la force au niveau des convictions. Son bureau émet des messages impensables sous le régime communiste, messages que l’on retrouve jusque sur le site officiel de monsieur Vladimir. Staline et Brejnev fulmineraient en lisant cet extrait publié à Noël dernier (tenez vous bien vous aussi!) :

Monsieur Poutine allumant un cierge, Noël dernier.
«Cette fête apporte la lumière de la foi, de l'espoir et de l'amour depuis des siècles. Elle nous réunit grâce à ses valeurs morales et spirituelles qui jouent un rôle important dans l'histoire russe et sont à la base de notre société (…). L'Église orthodoxe russe et d'autres églises chrétiennes participent activement à la vie de la Russie. Elles renforcent leur coopération avec les organismes d'État et les ONG, promeuvent un dialogue interconfessionnel et accordent une grande attention aux projets sociaux, éducatifs et civilisateurs, à l'éducation des jeunes et au soutien de la famille. Ces efforts fructueux sont dignes de reconnaissance et de respect».

Source du texte: http://fr.rian.ru/politique/20130107/197152737.htmlPhoto:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130107.AFP9686/poutine-et-des-millions-de-russes-dans-les-eglises-pour-le-noel-orthodoxe.html


Wow! Là, je lève sincèrement mon chapeau. Cela me change tellement de la fausse rectitude ambiante ici où Noël est pudiquement renommé la «fête de la lumière» et où le sapin de Noël est devenu «l'arbre de vie» (quelles niaiseries, ce n'est pas possible!!). La liberté de pratiquer la religion est chose faite en Russie, non seulement pour les Chrétiens orthodoxes mais aussi pour les croyants de plusieurs autres religions (au Québec, cette liberté n'est plus qu'officielle, parce que dans les faits...).

Néanmoins l’enthousiasme des premières années s’est un peu émoussé et, à l’instar de nombreux autres politiciens, Monsieur Poutine semble s’accrocher à tout prix au pouvoir et être incapable de passer le relais, bien qu’il ait récemment renouvelé son entourage. Les allégations de mégacorruption se multiplient (comptes bancaires en Suisse, villas de luxe sur la Côte d’Azur, etc.); des liens se consolident avec des forces obscures; le vote s’achète, les critiques et opposants sont fichés, suivis, voire arrêtés; des citoyens quittent le pays par milliers… Dommage car l’image qu’il laissera ne sera peut-être pas des plus positives… Mais qui serais-je, moi, Québécois, de trop reprocher à Monsieur Vladimir la corruption dans son pays, surtout que bien des électeurs ne semblent pas trop s’en préoccuper ni ici ni en Russie (notre Parti libéral du Québec a reçu 30% d’appui aux dernières élections : comme acheter à l’épicerie un poisson qui sent le diable et être tout de même convaincu qu’il sera délicieux une fois cuit).

Des membres du groupe punk russe Pussy Riot
Puis, il y a eu l’affaire des Pussy Riot : une chanson grossière dans une église avec une prière à la Vierge pour qu’elle les «débarrasse de Poutine». C’était, disons, manquer un peu de jugement : les bénévoles de l’église en question ont été traumatisés, car cette profanation (c’est le mot) avait de quoi rappeler des mauvais souvenirs à bien des gens. La liberté religieuse n’existait pas à l’époque soviétique et, pour mémoire, seulement qu’entre 1917 et 1940, 75 000 lieux de culte ont été détruits, 600 évêques, 40 000 prêtres et 120 000 moines envoyés dans des camps où plusieurs trouveront la mort – je n’ai pas ajouté de zéro… Dans un récent numéro du Courrier diplomatique, un intellectuel russe se demandait «pourquoi les croyants sont-ils si susceptibles?» : un vrai mystère, cher Monsieur, un vrai mystère.

La Vierge de Vladimir.
Une des icônes les plus vénérées de Russie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_de_Vladimir
Donc, deux dames du groupe peuvent maintenant prier à loisir la Sainte Vierge et pour presque deux ans encore. [Remarquez que pour de telles offenses, je préfère une justice réparatrice, genre corvées ménagères supervisées dans des églises]. Mais que Monsieur Vladimir soit sur ses gardes! Car Marie Mère de Dieu n’est pas totalement sourde aux prières des Pussy Riot. Quelques jours après la condamnation des jeunes femmes, Monsieur Poutine a eu un grave accident de deltaplane dans lequel il a failli y laisser la peau : «Hé, Vladimir! Reprends-toi!». Il a été long avant de se présenter à nouveau aux médias (lui qui aime tant le faire). Avec le dos cassé, ses fanfaronnades d’«homme fort et macho» sont peut-être du passé – lui qui, lors de la dernière campagne électorale, se pavanait en moto Harley Davidson.

Avouez que la Russie est un pays captivant! Surtout qu’un an jour pour jour avant les Jeux olympiques de Sotchi (ville reconstruite pour la bagatelle de 50 milliards de dollars – il s’agit bien de milliards, pas de millions : «Vive les pétrodollars» diraient notre Pauline Marois et autres chefs politiques du Québec qui salivent jusqu'au menton de nous faire reculer à l'ère des énergies fossiles), le mercure, donc, y atteignait 16 degrés. +16 s’entend, l’idéal pour le ski de fond. Pour un État qui, tout comme le Canada, nie vigoureusement les changements climatiques (en bâillonnant scientifiques et écologistes), entreposer des tonnes de neige dans de gigantesques entrepôts réfrigérés est une vraie fuite en avant, un déni de réalité. Il me semble que la Russie aurait pu mieux profiter, et profiter plus durablement, de cet argent… Monsieur Vladimir devrait vraiment prêter oreille à la Vierge.

Source des images: Wikipédia, sauf mentions contraires