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mardi 1 mars 2016

L'ESPRIT DE PROCÈS: HANS ASPERGER, JEAN-PAUL II, CLAUDE JUTRA ET JÉRÉMY GABRIEL



L’ESPRIT DE PROCÈS:
Les procès Hans Asperger, Jean-Paul II, 
Claude Jutra et Jérémy Gabriel

L'élégance s'acquiert jeune... www.savezvousque. com
Il est rare que je le fasse, mais l'article de mois est consacré à un «sujet de société». J'observe que mon époque a le procès facile. Pas tant la justice que le procès. Ce n’est peut-être pas nouveau, mais il me semble que les réseaux sociaux ont renforcé cette tendance à un niveau sans précédent. Je vais sur Internet presque tous les jours. Chaque jour aussi, je reçois des courriels qui me signalent ceci ou cela. Sur Facebook, je fais un ou deux présences par mois, trois quand je me sens particulièrement en verve. Mais ni Internet ni Facebook ne sont ma religion. Il y a tout et son contraire sur Internet; de multiples rumeurs souvent présentées comme de l’«information» par des gens sur qui je ne connais rien. Ces propos sont-ils crédibles? La personne qui les écrit est-elle intègre? Les réseaux sociaux, excellents outils au demeurant, valorisent la pensée instantanée : j’écris ce qui me passe par la tête… J’ai lu des choses tellement terribles, par exemple des gens qui règlent leurs comptes sur Facebook ou leur blogue, donc publiquement alors qu’il s’agissait de choses que l’on devrait régler privément, entre quatre z-yeux. Je suis aussi conscient du fléau de la cyberintimidation.


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Je suis troublé que tant de gens se servent de ces outils pour faire le procès de quelqu’un, de préférence de manière déloyale. Pour s’ériger en juge et créer une sorte de tribunal populaire en dehors de toutes les exigences de rigueur de la vraie justice. On trouve donc des gens qui se croient justifiés de s’en prendre nommément à telle personne, souvent pour une petite phrase maladroite, et la condamner en des termes frisant la diffamation : «UnTel est homophobe, islamophobe, antisémite, raciste, un vrai nazi, sexiste, etc.». Mais qui sont donc ces gens qui jugent et condamnent ainsi? À nouveau, quelle est leur crédibilité, leur intégrité? J’ai bien peur que bien de ces personnes font preuve d’une immense complaisance envers leurs propres manques, nient leurs propres responsabilités. Je vois tout le mal que l’on peut faire ainsi : détruire des réputations, des carrières, des vies même. J’avais reçu la candidature de quelqu’un qui désirait devenir membre d’Aut’Créatifs. Mais cet homme posait une condition : «Je veux que nous dénoncions toute personne autiste qui commettrait des actes incorrects, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs». J’ai refusé cette demande : Aut’Créatifs n’est pas là pour dénoncer des gens sur la seule foi de courts articles publiés sur Internet ou de simples rumeurs. Nous n’accepterions évidemment pas qu’unE de nos membres commette un acte criminel et se justifie par le fait d’être autiste. Mais rien à faire, nous ne sommes pas non plus un tribunal populaire. www.autcreatifs.com
D’une manière plus générale, je crois que la liberté d’expression doit se doubler d’un grand sens de la responsabilité. Il y a des façons d’exercer la liberté d’expression qui finissent par miner celle-ci et même la discréditer. Ainsi cette couverture d’un Charlie Hebdo récent. Que signifie-t-elle au juste? Je peine à le cerner. Que c’est Dieu qui a perpétré les attentats? Mais non, ce sont des hommes! Pourquoi prendre Dieu comme bouc émissaire de nos propres bêtises? Parce que la religion mène à la violence? J’avoue que certains croyants ne sont guère croyables, et que leur cruauté contribue à discréditer la foi – eux non plus, je n’arrive pas à savoir ce qu’ils cherchent au juste car, par exemple, tout ce que ces islamistes vont laisser sera des ruines. Pourtant, le nom de Dieu est Miséricorde... Alors, croit-on que le monde irait mieux sans religion? Il faudrait être amnésique pour penser ainsi : le communiste, idéologie athée, a fait plus de morts et de mal que tous les délires pseudoreligieux réunis. Certaines gens ont une imagination débordante lorsqu’il s’agit de commettre le mal. Même dans la petite vie quotidienne, que c’est le fun de causer du tort à autrui, de médire sur lui! Cela doit donner une jouissance de pouvoir.

Quatre «procès» ont ainsi attiré mon attention ces derniers temps. Ils sont de natures différentes, et je vous partage mes réflexions à ce sujet. Et pour réfléchir, je pose des questions. Est-il juste de faire un procès à quelqu’un qui n’est plus là pour présenter sa version des faits? Est-il correct d’accuser un passé hors d’atteinte pour couvrir les maux du présent? Est-il équitable de se servir des réseaux sociaux pour régler des comptes? Est-il juste de broder des propos tendancieux en extrapolant malicieusement à partir de faits choisis? La liberté d’expression n’est-elle plus que la liberté de «dénoncer»? Sans le sens des responsabilités, la liberté d’expression ne se trouve-t-elle pas heurtée ou discréditée? Voyons voir.



Un procès malicieux contre Hans Asperger

«Tiens toé, mon calvinsse!»
Une amie m’a donné un lien vers un article publié sur le blogue d’une personnalité en autisme. L’article en question consistait en un procès à l’égard de Hans Asperger, un des grands pionniers de l’étude de l’autisme. Les arguments étaient dégoûtants. Le premier : «Asperger était Autrichien. Il a travaillé à Vienne, sous le régime nazi. Certains de ses collègues étaient nazis. Donc Asperger était «sans doute» nazi lui-même. Donc il est responsable des meurtres d’enfants handicapés». Sur le plan intellectuel, il se trouve là plusieurs glissements, mais voilà bien cet «esprit de procès» dans toute son horreur morale. Non, le Docteur Asperger n’a pas été membre du parti nazi. Non, il n’a pas été mis en cause lors des procès de dénazification d’après-guerre. D’aucune manière. Mais l’auteur le décrétait coupable par simple association. L’assistante du Docteur Asperger, Sœur Victorine, est morte sous les bombardements en tentant de secourir un enfant autiste. Alors, qui es-tu donc, toi qui juges ainsi? Comment aurais-tu agi si tu avais vécu à cette époque? Es-tu certain que tu n’aurais pas été soldat, membre des SS et tués quelques personnes? Saint Augustin avouait, lui, être capable de commettre toutes les abominations dont l’histoire est remplie pour cette simple raison qu’il était un homme lui aussi… Personnellement, je n’aurais pas voulu vivre dans un tel contexte. La marge de manœuvre était très, très étroite. Comment protéger des enfants alors que des collègues ont sombré dans la folie de l’eugénisme actif? Lorsque le parti étendait son ombre totalitaire sur tous les aspects de la vie? Par ailleurs et toujours dans cet «esprit de procès», on a reproché tout au contraire au même Docteur Asperger d’avoir dépeint la condition autistique en rose afin de protéger les enfants dont il avait la charge!

Mais ce juge avait d’autres arguments. Comme celui-ci qui est une vraie honte à l’intelligence : «J’ai lu les textes de Asperger. Son ton est très froid. Je ne voudrais pas de quelqu’un comme lui pour ami». Ouf! Parce que le ton de ses écrits parait froid au juge, c’est un signe indéniable de ses affinités nazies! De quels textes parle-t-il d’ailleurs? Le Docteur Asperger a publié une thèse doctorale, le reste consiste en notes cliniques. Ni une thèse ni un dossier médical ne sont des exemples pour qui recherche des propos chaleureux. Les effusions poétiques sont plutôt rares dans les prescriptions que signent les médecins…

Et notre juge y va d’un autre argument, un argument massue celui-là : «Asperger était catholique». Pincez-moi, je dois cauchemarder. En quoi être catholique disposait-il à devenir nazi??? Régime totalement athée, le nazisme était antichrétien : ses modèles étaient ceux du paganisme gréco-latin; sa justification de l’eugénisme reposait sur la perversion de l’antique idée d’«un esprit sain dans un corps sain». Le nazisme a déporté en camps de nombreux prêtres, comme Maximilian Kolbe, mort à Auschwitz après avoir sauvé la vie d’un père de famille :


Le saint Pape Jean-Paul II avait lui-même combattu le nazisme. Ce bon Jean-Paul II n’agaçait-il pas assez de gens avec ses rappels fermes de la doctrine profondément anti-eugéniste de l’Église catholique? Quand au nom du respect sacré de la vie, il implorait même les femmes enceintes suite à un viol à ne pas se faire avorter? Au bout du compte, notre juge est heureux de la disparition du syndrome d’Asperger dans le DSM 5 parce qu’il ne veut pas être associé à «cet homme»! Ce type de procès tient du lynchage, non de la justice, et je ne suis pas très Far-West



Un procès coquin contre Jean-Paul II

Jean-Paul II âgé, avec Madame Tymieniecka.
Parlant de saint Jean-Paul II… Je n’ai pas voulu devenir prêtre ou religieux parce que, l’avoir été, je n’aurais pas pu avoir d’amies (certains auraient dit qu’elles auraient été mes «maîtresses»), ni même d’ami (certains auraient suspecté des amours homosexuels). J’ironise! Mais à peine. Toute prestigieuse qu’elle soit, la BBC aime peaufiner des rumeurs au sujet de l’Église catholique. Celle-ci tient du grand art. Rien de mal n’est dit, que non, mais tout est si subtilement insinué… À la suite d’une dite «longue enquête», leur journaliste Edward Stourton aurait «découvert» que le Pape Jean Paul II avait vécu une amitié «intense» pendant trente ans avec une philosophe mariée, Anna-Teresa Tymieniecka; cela «en retrouvant» plus de 350 lettres échangées entre les deux personnes. Monsieur Stourton a dû bûcher fort dans cette enquête car la Bibliothèque nationale polonaise, propriétaire de ces lettres, a précisé que cette relation «n'était ni confidentielle, ni exceptionnelle», et qu’elle avait déjà été «largement décrite dans de nombreuses publications». Le journaliste ignorait visiblement la chose… Cela ne l’empêche pas de discuter du sujet en maniant les formules sibyllines, avec de petits clins d’œil coquins à ses lecteurs : «Ils étaient plus que des amis mais moins que des amants». Hum… Il utilise aussi le classique truc du «semble» : «Les lettres semblent suggérer que l'universitaire avait des sentiments amoureux pour Karol Wojtyla». Mais Monsieur Stourton proteste de ses nobles intentions, bien sûr : «il n'y avait dans ces lettres aucune preuve de rupture du vœu de chasteté de Jean Paul II. Ces écrits montrent un combat pour contenir ce qui était certainement une relation très intense». Que c’est bien dit! Et pour ne pas davantage orienter l’imagination du lecteur, la BBC présente également une série de photographies les montrant faisant du ski ou du camping ensemble.

En 1979 déjà, un livre écrit par les journalistes renifleurs Carl Bernstein et Marco Politi avait identifié deux jeunes filles, Ginka Beer et Halina Krolikiewicz, comme ayant été des amies proches du jeune Karol Wojtyla. «Amies proches» : mais qu’allez-vous donc croire! Nous ne sommes pas responsables des effets de votre imagination! Sans blague, pourquoi un Pape, ou un religieux, ou une religieuse, n’ait aucun ami du sexe opposé? Croyez-vous possible l’amitié entre un homme et une femme? Eh bien, moi oui. Commentant l’affaire, le Pape François a dit avec le plus élémentaire bon sens : «Une amitié avec une femme n’est pas un péché!». En effet.


Peut-être que ces gens ont trop regardé de films québécois…



Le procès posthume de Claude Jutra

Voici un exemple où un procès était inévitable parce qu’il se fonde sur le travail objectif d’un historien. Pour mes amiEs hors Canada, Claude Jutra (1930-1986) était un cinéaste important dont son récent biographe juge l’œuvre comme étant «monumentale». Il est l’auteur de Mon oncle Antoine (1971), souvent considéré comme le meilleur film canadien de tous les temps, rien de moins. J’observe un paradoxe : ce dernier film est le seul a être aisément disponible en DVD. Où sont donc les autres de ce «réalisateur mythique»? Étrange… Son nom a désigné les prix pour le cinéma québécois, les Prix Jutra. Du moins jusqu’en 2016. Mais voilà qu’en février dernier est parue sa biographie écrite par Yves Lever, ouvrage qui fit l’effet d’une bombe, c’est le moins qu’on puisse dire. Yves Lever y révèle le «goût» de Jutra pour «les garçons», doux euphémisme pour dire qu’il était pédophile! Monsieur Lever ajoutait en entrevue, avec un plaisir à peine contenu, que «Jutra aimait les garçons imberbes et non pubères». Aussitôt, un «malaise» s’est emparé de la communauté artistique. Une actrice qui a tourné sous Jutra s’est dite outrée de ce scandale. J’en ai eu froid dans le dos : «Ce n’était un mystère pour personne!», comme s’il s’agissait là d’une orientation sexuelle anodine. Bref, bien du monde savait… et s’est tu. Aucune dénonciation, rien. Pas davantage d'empathie pour les victimes. Mais que n’a-t-on pas entendu après la publication du livre de Monsieur Lever! Quelques excuses et justifications: «Jutra était saoul lorsqu’il m’a abusé à 12 ou 13 ans. Mais il a cessé de boire par après», a révélé une victime; «Jutra était en proie à des dépressions sévères», «Jutra a souffert de son homosexualité», comme si homosexualité et pédophilie allaient ensemble, etc. 
www.ledevoir.com
Par contre, l’opinion publique a procédé à son lynchage le livre à peine arrivé en librairies. Sans prendre une ou deux journées de réflexion ne serait-ce que pour voir si les propos de Lever allaient être corroborés, des maires de villes ont débaptisé rues et parcs portant le nom du cinéaste. Aussitôt vandalisée, la statue en son honneur sera déboulonnée. La ministre de la culture a exigé d’avoir la recension de tous les lieux publics portant son nom, avec la volonté non dissimulée de le voir rayé partout. Les Prix Jutra changeront de nom, même si une artiste influente a demandé qu’il soit néanmoins maintenu à cause de sa contribution au cinéma d’ici. 
Moins d’une semaine après la parution de la biographie, il ne faisait cependant plus aucun doute que Claude Jutra a bel et bien été pédophile, et qu’il n’abusait pas que d’adolescents. Une victime s’est manifestée anonymement pour dire que le cinéaste avait commencé à l’abuser à l’âge de six ans, un cauchemar qui durera près de dix ans en tout. La police a ouvert une enquête, en invitant d’autres victimes à la contacter, et en disant vouloir vérifier s’il n’y a pas eu des «facilitateurs» et des complices, y compris par le simple silence.

www.contre-info.com
Pourtant, ce jugement populaire lui-même m’est suspect. En ce même Québec de février 2016, un réseau d’une quinzaine de pédophiles a été démantelé. Et encore : les médias ont mis à jour le fait qu’au moins un centre jeunesse est infiltré par des proxénètes incitant des mineures en difficulté à la prostitution. Ces criminels ne semblaient avoir aucune difficulté à recruter. Si ce n’est pas de la pédophilie, comment nomme-t-on un ou une adulte qui paye des ados pour des services sexuels? Dans les journaux régionaux de ma ville, il est fréquent de lire un article rapportant que telle personne a été trouvée coupable de possession de pornographie juvénile. Je pourrais multiplier les exemples indiquant que la pédophilie semble très bien se porter merci au Québec. Et ailleurs tout autant. Je veux bien que l’on blâme un homme décédé il y a quarante ans, mais pas qu’on en fasse un écran de fumée pour détourner l’attention de la pédophilie et de l’inceste qui sévissent aujourd’hui. Peut-être que notre colère posthume contre Claude Jutra est aussi due à notre impuissance devant le temps qui a fui et qui rend le coupable hors d’atteinte. Monsieur Jutra n’aura pas droit à procès juste, il ne sera pas condamné à une peine d’emprisonnement, il ne pourra suivre aucune thérapie, ni entrer dans une démarche réparatrice puis de réhabilitation. Mais il y a des pédophiles qui sévissent aujourd’hui, et des victimes qui souffrent. C’est à ces gens qu’il faut voir en priorité, et avec plus d’énergie qu’on ne le fait.

Les actes de Monsieur Jutra sont indignes. Comment un homme intelligent et sensible a-t-il pu se servir d’enfants comme jouets sexuels? Sans penser au mal qu’il leur faisait, mais uniquement à son plaisir pervers? Mais j’avoue avoir ri jaune en entendant ces gens tenter de le défendre qui, encore hier, faisaient les chaudes gorges à l’égard des prêtres pédophiles. Les gens qui savaient ont eu la même première réaction que l’Église : ils se sont tus des décennies durant. Puis ils ont dénié, tenté de trouver des raisons, etc. En quoi ont-ils mieux agi que cette Église qu’ils ont condamné sans ménagement? Peut-être croient-ils vraiment qu’un artiste a tous les droits, contrairement aux simples mortels ou aux prêtres. Non : l’art ne peut justifier le crime, en aucune manière. Il y a donc eu de la pédophilie dans le milieu des arts. Monsieur Jutra fut-il le seul? Combien d’autres l’ont été, ou le sont s’ils vivent encore? D’autres noms sortiront-ils dans la foulée du scandale Jutra? Certains ne dorment peut-être pas en paix.
Je n’ai vu que deux films de Claude Jutra et cela remonte à mon adolescence.
C’était Mon oncle Antoine (que je n’avais pas aimé) et Dreamspeaker (1976) dont les scènes finales m'avaient bouleversé. Je ne sais pas comment je réagirais aujourd’hui si je revoyais ces œuvres. Mais nul besoin d’en avoir vu davantage ou de détenir un doctorat en psycho pour se rendre rapidement compte que l’univers de Jutra était profondément troublé, pour ne pas dire trouble. Pour certains naïfs ou romantiques, il s'agit là d'un trait du génie. J’ai trouvé ceci dans le Dictionnaire du cinéma québécois, paru en 2014, à propos d’un des premiers films de Jutra, À tout prendre. C’est écrit sur un mode jubilatoire devant la «liberté» du cinéaste, notamment dans son traitement des mœurs : «Liberté morale qui permet à Jutra de brasser la morale traditionnelle québécoise, envoyant valser l’Église et son lot d’interdits, etc.». Après avoir loué la transgression de tabous, l’auteur raille le fait que, lors de la parution de ce film en 1963, l’Office catholique national de techniques de diffusion avait écrit : «Ce film malsain fait complaisamment étalage des dérèglements de ses héros». Quel obscurantisme, n’est-ce-pas?! Ironie de la vie : les événements de 2016 montrent que l’Office avait fait preuve de perspicacité. Les «interdits» de l’Église n’ont pas empêché la pédophilie, y compris de quelques religieux; mais sans ces interdits, les choses auraient pu être pires encore. 
Le cinéma québécois des années 1960-70 a souvent donné dans une lubricité libertaire ne menant à rien (j’ai honte de ce «patrimoine culturel»!) – une impuissance symbolisée par l’échec cuisant du grand rêve collectif de cette époque, l’indépendance du Québec. On ne bâti pas un pays sur des idéaux lubriques. Peut-être que cette lubricité a «libéré» quelques personnes (quoi que j'en doute fort), mais combien de personnes a-t-elle aussi enchaînées à de nouveaux esclavages et à leurs tristes conséquences?! De manière typique de l'époque mais en mode extrême, Jutra avait perdu tout repère moral, ce qui a facilité ses passages aux actes. C’est peut-être plate, reste que les repères moraux ont de très bons côtés.


J’écris cela avec des sueurs froides, car à Aut’Créatifs nous avons été confrontés à une situation semblable. Nous avons réagi avec célérité, alors que pourtant une personne nous avait recommandé d’«attendre» - cette même personne a-t-elle «attendu» pour vomir Claude Jutra? Avait-elle attendu pour varloper l’Église catholique? Le membre exclu, j’ai ensuite reçu un étrange courriel d’un monsieur qui blâmait Aut’Créatifs de pratiquer l’exclusion! J’ai réalisé que nous avions passé bien proche d’être infiltrés par un réseau de pédophiles. Sommes-nous totalement à l’abri d’une telle éventualité horrifiante? 

Le procès «juste pour rire» de Jérémy Gabriel

Le très menaçant Jérémy avec Céline Dion
http://www.jeremygabriel.com/photos.php

L’intimidation se porte bien elle aussi au Québec. Alors j’ai conservé le «meilleur» pour la fin. Pour mes amiEs hors Québec, Jérémy Gabriel est une menace à l’ordre mondial! Né en 1996, Jérémy est atteint du syndrome de Treacher Collins, il porte des déformations diverses au visage et est né sourd. Une prothèse auditive implantée alors qu'il avait six ans lui a permis de retrouver l'ouïe et, à neuf ans, il a pu chanter pour le Pape Benoit XVI au Vatican. Ses parents ont été d’un dévouement extraordinaire, travaillant à l’aider à réaliser ses petits et grands rêves, récoltant des fonds pour ses traitements, etc. Depuis 2013, Jérémy Gabriel est patient ambassadeur pour les hôpitaux Shriners pour enfants et a fait une tournée nord-américaine dans le cadre de ce mandat. 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Treacher_Collins
Vous allez me demander en quoi ce jeune homme peut représenter une menace. En fait, je ne le sais pas du tout, mais cela doit être le cas puisqu’un de nos humoristes l’a pris pour cible dans ses spectacles, se moquant de son apparence physique, blaguant sur sa bouche et son appareil auditif, et l’associant nébuleusement à des «pédophiles» - tout cela sous le prétexte de faire de l'«humour trash ou noir». Je me demande vraiment quel peut bien être le but de pareil humour (sic!)… AmiEs hors Québec, vous devez savoir autre chose : le Québec est une république de bouffons où pullulent les humoristes comme ailleurs les coquerelles ou les punaises de lit – amiEs humoristes, ne vous vexez pas : c’est une blague, de l’humour «trash» comme vous semblez tant l’apprécier, et il y a quand même de bons humoristes. Voilà donc un tout jeune homme handicapé mais courageux, qui est pris comme tête de Turc par Monsieur W (je ne lui ferai pas l’honneur de le nommer ici), de manière gratuite et répétée, histoire de faire rire les niochons prêts à payer le gros prix pour se régaler de cet humour graisseux (encore une fois, je blague, c’est juste de l’humour noir : vous aimez, alors riez donc!). Comme dans les écoles, lorsqu'un enfant se fait tabasser par d'autres, il s'en trouvent plusieurs pour regarder et rire - c'est tellement drôle... La Commission des droits de la personne a porté la cause devant les tribunaux, et le verdict sera rendu d’ici cinq mois. 
«Tiens toé, mon Jérémy! J'ai le droit de m'exprimer, batinsse!»
Comme dans l’affaire Jutra, c’est tellement beau de voir les justifications des uns et des autres! La caste des clowns millionnaires a fait front commun pour appuyer le pauvre W, car c’est lui la victime, victime d’une tentative de brimer la liberté d’expression. Ses collègues vont le soutenir jusqu’en salle d’audience, puisqu’avoir pu se payer les services du meilleur avocat de la défense du Québec ne lui suffit pas, pauvre lui qui déclare aux médias complaisants : «Je n’aime pas être ici, au Palais de justice. Des gens ne comprennent pas ce que je fais». Évidemment, pas la dignité d'offrir des excuses et de régler hors cour. Car il se trouve bien peu de gens pour prendre publiquement la défense de Jérémy, exactement comme il en va dans nos écoles avec les enfants victimes de bullying: les adultes reproduisent ces comportements qui ont été tolérés à l'enfance. Une émission a invité un collègue de W venu dire que «Faire de l’humour, c’est une prise de risque». Wow, quel gros risque de fesser sur un simple citoyen, et handicapé de surcroit!!! Tant de bravoure me renverse!!! Il n’est aucune cause plus importante en ce monde parfaitement juste et équitable, faut-il croire. Une journaliste a, elle, blâmé la mère de Jérémy qui a eu le culot d’exhiber son enfant infirme – bon, c’était dit plus joliment, mais c’est bien ça que cela signifiait. Message subtil : Personnes handicapées, restez chez vous, bien tranquilles, ne faites surtout rien qui vous exposera, vivez d’aide sociale et qu’on ne vous voit pas. Comme l’écrivait un ami auteur parisien : «Le crachat me monte à bouche». Si je devais juger cette cause, je ferais preuve d’humour noir en imposant une amende exemplaire à W. Il en rirait à mourir, assurément, puisqu’il a, lui, un sens de l’humour que n’a ni Jérémy ni sa famille. 
Il ne s’agit malheureusement pas d’un cas isolé. Un autre humoriste a détruit la carrière d’une chanteuse en l’accablant de farces stupides; un autre encore a pris pour cible un vieux couple juste parce qu’il trouvait leur maison pas à son goût, au point de les avoir envoyé en dépression. Il avait poussé la blague jusqu'à donner leurs noms et leur adresse au public en invitant les curieux d'aller voir cette maison, ah,ah,ah... Chaque fois, même discours édifiant pour justifier ce bullying : «Liberté d’expression». Sans voir que l’on discrédite celle-ci. 
PS. On dit souvent que «les autistes n'ont pas d'empathie». Avec ce qui précède, vous devinez que cette idée m'amuse! Car j'ai un certain sens de l'humour (autre chose que nous n'aurions parait-il pas). Peut-être est-ce tout simplement que nous n'avons pas toujours de bons modèles dans le monde non autiste... 


SOURCE DES IMAGES: WIKIPÉDIA ET SITES COMMERCIAUX, SAUF MENTIONS CONTRAIRES