MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 2 décembre 2013

PIANO / PARTITION GRATUITE: BONHEURS

PARTITION GRATUITE: 
BONHEURS, pour piano

Chères et chers amiEs pianistes du monde entier! Il me fait plaisir de vous offrir cette partition en PDF. 
https://www.dropbox.com/s/iwg9al7yx1h4jmk/Bonheurs.pdf?dl=0
Mais n'oubliez tout de même pas que cette pièce est:
(C) Antoine Ouellette.
Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée).
Si vous désirez une impression de calibre professionnel de la partition, je vous invite à contacter le Centre de musique canadienne à Montréal:
416, rue McGill, Montréal, QC, H2Y 2G1
T: +1 514-866-3477 / F: +1 514-866-0456 / quebec@centremusique.ca

BONHEURS
Six courtes pièces pour piano, opus 2c
1) Choral d'introduction
2) Deux
3) Trois
4) Quatre
5) Cinq
6) Choral de conclusion

Source: Wikipédia
Petits miracles qui ne coûtent rien, les moments de bonheur sont comme des papillons qu’on ne peut toujours retenir. Léger et profond à la fois, peu osent aborder le bonheur en musique. J’ai composé les six pièces de Bonheurs en 1984 et 1985. La dernière composée, qui est la dernière du recueil, a été terminée le 1er juin 1985. Je les écrivais comme ça, à temps perdu et sans l’idée de les réunir ensemble. Lorsque finalement je les ai réunies, je me suis aperçu qu’elles forment un tout d’une grande cohérence stylistique et spirituelle. La première et la dernière pièces sont toutes deux des chorals, d’où leurs titres : Choral d’introduction, Choral de conclusion. Mieux : toutes deux s’articulent sur deux tonalités, Ré majeur et Fa dièse majeur, avec un retour vers Ré majeur pour terminer. Les derniers instants du Choral de conclusion combinent des harmonies appartenant aux deux tonalités, et les notes finales, Ré et Fa# (pas de La) forment le sceau poétique de cette union. Ce n’était pas du tout calculé!
 
Dernières mesures de Bonheurs (C) Antoine Ouellette. Socan

Les quatre pièces centrales porte de drôles de titres, tout simplement Deux, Trois, Quatre et Cinq. Quatre s’inspire de deux vieilles chansons : À la claire fontaine (un classique du folklore québécois) et une autre chanson dont j’ai oublié le titre mais que ma mère me chantait lorsque j’étais tout petit enfant. Comme les Chorals, Deux s’articule sur Ré majeur et Fa dièse majeur, en un joyeux mouvement perpétuel, avec de belles harmonies. Mais contrairement aux Chorals, Deux débute en Ré majeur pour se terminer en Fa dièse majeur, sans tension, sans désir de faire étrange. L’évolution se fait naturellement, avec limpidité.

Extraits de Deux, tirée de Bonheurs (c) Antoine Ouellette. Socan

Source: Wikipédia
En fait, les quatre pièces centrales vont ainsi, débutant dans une tonalité pour se terminer dans une autre : Trois va de Sol mineur à Fa dièse majeur, Quatre évolue de Ré mineur à Do majeur, Cinq se porte de Si bémol majeur à La (mineur ou majeur, la tierce est absente). À cette époque, je composais en tonalité aérienne (c’est moi qui invente cette expression) : ma musique était tonale mais se refusait à un principe pourtant fondamentale de la musique tonale, à savoir l’affirmation de la tonalité et la création de tensions harmoniques lorsqu’on s’en éloigne. Ce refus n’avait rien de prémédité ou d’affecté : il était tout à fait spontané. Dans ma musique, la note tonale n’avait pas de poids, pas d’attraction. Du moins peu. Donc pas de gravité. Comme la musique n’était pas pour autant très chromatique ou dissonante, il n’y a pas en elle de pesanteur : c’est l’envol qui prime, une musique suspendue dans le ciel. Presque toutes les pièces que j’ai composées avant Paysage (1987) vont ainsi, et j’ai conservé cette manière par la suite selon d’autres modalités. Si vous écoutez Paysage (voir page Écouter de mon site), vous sentirez que, là, une note tonique est très affirmée, en fait la quinte La-Mi qui est pulsée. Mais curieusement, Paysage qui semble vraiment être en La (un La mineur modal, non tonal, et radicalement sans chromatisme) est en fait en Ré majeur : la note Fa dièse n’intervient qu’à la toute fin, après trente minutes de musique, et encore conjointement avec la quinte La-Mi, ce qui demeure typique de ma tonalité aérienne.



Source: Wikipédia
Vincent d’Indy enseignait que la note tonale, la tonalité principale, constitue le principe masculin d’une pièce musicale tonale. Dois-je conclure que la tonalité aérienne reflète une sorte d’ambiguïté sexuelle dans ma personne? Dans Musique autiste, je discute de cette question et je confesse ce qui en fut pour moi, du moins avant de recevoir le diagnostic d’autisme. Je citais aussi Pierre Ferrari qui écrit des adolescents autistes que leur «perception de l’identité sexuelle est nettement établie mais souvent mieux ancrée et mieux affirmée chez les filles que chez les garçons». Chez ces derniers, «le sentiment d’identité sexuelle est souvent moins solide et source, parfois, d’une certaine ambiguïté traduite par des comportements d’allure féminine»[i]. J’ajoutais : «Des garçons Aspergers qui s’ignorent peuvent en venir à penser à tort qu’ils sont homosexuels ou, plus radicalement encore, désirer changer de sexe». C’est une des raisons pour lesquelles, tout compte fait, il vaut de recevoir le diagnostic : non pour se voir sous un angle médical, mais simplement pour mieux se comprendre.



Je crois donc que la tonalité aérienne est un signe de l’esprit autistique dans ma musique! La chose m’est confirmée par le fait qu’à l’époque, je composais littéralement en cachette, sans le dire à personne, sans chercher à faire jouer mes pièces. Sans influences fortes ou cours de composition non plus, donc avec les ressources de l’esprit et de la créativité autistiques, cela d’une façon assez préservée, pure même.



Source: Wikipédia
Mais la tonalité aérienne est aussi l’image d’un esprit blessé, profondément, par l’intimidation à l’école, et qui s’envole en toute liberté dans le jardin secret de la musique. Là il pouvait le faire, alors qu’il n’avait pu s’exprimer auprès de ses dits pairs. Je ne crois pas que c’est un hasard si la pièce la plus complexe que j’ai écrite en tonalité aérienne ces années-là fut L’Esprit envoûteur (dont vous pouvez consulter la partition d’orchestre :   ). D’un côté, la légende amérindienne qui l’a inspirée raconte l’histoire d’un homme différent mis au ban de sa communauté et qui, transformé par la musique d’une flûte magique, s’envole hors de son monde. D’un autre côté, c’est dans cette œuvre que l’idée de tonalité aérienne est la plus radicale : oui, les trente minutes de L’Esprit envoûteur s’articulent sur une et une seule tonalité principale; mais cette tonalité n’est jamais affirmée, jamais. Toujours elle reste en filigrane, comme en coulisse, ailleurs. Et pourtant, c’est bien elle qui agit et confère à L’Esprit sa cohérence interne! Je vous avais lancé le défi de me dire quelle est cette tonalité de L’Esprit envoûteur, avec justification : personne à ce jour n’a réussi à relever le défi. Personne! Alors, je le relance.



Bonheurs semble une œuvre toute simple. C’est assez facile à jouer (rien du gros piano à la Rachmaninov ici), c’est d’un effet très poétique à écouter, c’est court (environ 12 minutes au total). Fut-ce pour autant facile à composer? Je n’ai pas souvenir de difficultés majeures. Sauf que polir l’œuvre a été long. En 1992, j’avais révisé l’ensemble; à l’été 2013, j’y suis retourné pour corriger quelques coquilles et, surtout, pour revoir les dynamiques, afin de rendre celles-ci un peu moins démonstratives ici ou là. Les seuls fortissimo (ff) se trouvent dans Trois et, tels des explosions suivies de cris d’oiseaux, dans Choral de conclusion. Pour le reste, je désire que Bonheurs semble simple!

 
Extrait de Trois, où se trouvent quelques-uns des rares ff de Bonheurs (C) Antoine Ouellette. Socan.

Mais est-ce vraiment une œuvre si simple? Je ne crois pas que bien maîtriser la tonalité aérienne soit facile (L’Esprit envoûteur a été très difficile à composer!), mais surtout il y a dans ces pièces, composées au départ sans projet de les réunir, une cohérence interne déroutante parce que forte autant que spontanée. Je vous ai mentionné le parcours tonal des six pièces. Je le résume : Choral d’introduction est en ; Deux va de majeur à fa dièse majeur; Trois, de sol mineur à fa dièse majeur; Quatre, de mineur à do majeur; Cinq, de si bémol majeur à la. Or, comment commence le Choral de conclusion? Par une phrase lente qui fait précisément entendre ces notes (extrait ci-dessous), non seulement dans l’ordre mais dans le groupement : , ré-fa dièse, sol-fa dièse, ré-do, si bémol-la! Là non plus, ce n’était pas calculé : cela s’est mis en place ainsi, tout naturellement. 
 
Début du Choral de conclusion. Extrait de Bonheurs (C) Antoine Ouellette, Socan.

En regroupant ces six pièces, j’avais dû ressentir que non seulement elles vont bien ensemble mais qu’elles créent un monde, qu’il y a en elles et entre elles un réseau de correspondances mystérieuses dont une partie m’échappe peut-être encore.

 
Passage de Cinq présentant une certaine correspondance avec l'allure de Deux. Extrait de Bonheurs      (C) Antoine Ouellette. Socan.






[i] Ferrari, P. (2007). L’autisme infantile. Paris : Presses universitaires de France, collection Que sais-je?, #3508; p. 84.


*     *     *

«Hé! Dépêche-toi d'aller chercher ça sur le web! C'est sur que cela va disparaître bientôt!». J'ai vu cette phrase sur un réseau social et il est question de la partition de Auberivière, pièce pour flûte seule que j'offre gratuitement sur mon site. Et non, ce n'est pas disparu, et cela ne disparaîtra pas non plus. On m'a demandé pourquoi je donnais de mes pièces, et gratuitement de surcroît. Tout d'abord, je les donne à moitié: si vous voulez une belle édition, sur du papier professionnel pour la musique, vous devez vous adresser au Centre de musique canadienne... Autrement, tout ce que je demande (que j'exige!) est de bien me donner crédit pour la composition et de verser les (maigres) redevances SOCAN lorsqu'on joue une de mes pièces en concert. Marché conclu?

Altdorfer: Adoration des mages (c.1530)
Alors pourquoi? Je pourrais réfléchir avec vous sur la situation actuelle de l'édition musicale, sur les redevances pour partitions éditées vendues, sur la culture de gratuité qui est en train de s'imposer pour la musique via Internet, etc. Mais ce serait tourner autour du pot. Vous voulez ma réponse authentique? La voici: «À qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup; à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage». C'est tiré de l'Évangile selon saint Luc (chapitre 12), et c'est une parole du Christ Jésus. Voilà. J'ai beaucoup reçu, je donne en retour. Il s'agit donc pour moi d'une manière de rendre au prochain. 

Je vous souhaite des très joyeuses fêtes: un Saint Noël de Paix plus que de bébelles, et une année de joie intérieure pour 2014. Avec toutes mes amitiés,
Antoine