MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

OISEAUX: LE CHANT DES OYSEAULX

RUBRIQUES:
Le livre Le chant des oyseaulx
Qu'est-ce que la zoomusicologie?
Joie des Grives
Commentaire historique sur la transcriptions de chants d'oiseaux en notes de musique


Le livre Le chant des oyseaulx

Comment le chant des oiseaux devient musique humaine.
Essai biomusical, publié en 2008 aux Éditions Triptyque (Montréal). 280 pages. http://www.triptyque.qc.ca/

Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération canadienne des sciences humaines : Programme d’aide à l’édition savante (PAES), dont les fonds proviennent du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH).
Mention d’excellence au Prix de l’essai de la Société des écrivains francophones d’Amérique (Salon du livre de Montréal; novembre 2009)


Les musiciens ont souvent senti la parenté de leur art avec le chant des oiseaux. Simple vision d'artistes? Pas si sûr! Malgré des différences (mais lesquelles au juste?), les chants d'oiseaux et la musique humaine partagent effectivement un domaine commun, plus large qu'il ne paraît de prime abord. C'est précisément ce domaine commun qui a mené des musiciens à s'inspirer des oiseaux, depuis la musique médiévale jusqu'à la musique électroacoustique, dans la musique vocale autant que dans la musique instrumentale, en musique populaire, en jazz, comme en musique classique.
Le livre s'ouvre avec les questions comment et pourquoi les oiseaux chantent? Qu’est-ce qui est langage, qu’est-ce qui est musique dans leurs chants? On y voit ensuite que les concerts d’oiseaux varient selon l’heure du jour et les saisons, selon les milieux écologiques aussi.  Puis, je discute du comment on a transcrit les chants d’oiseaux, soit pour les étudier ou en faire de la musique. Nous parcourrons ensuite l’histoire de la musique à travers les pièces inspirées par les oiseaux pour voir comment a changé au fil des temps notre regard sur les oiseaux et, plus globalement, sur la nature, sur l’environnement. Le dernier chapitre médite sur l'art animal: comme la peinture féline, les chants d’oiseaux ne seraient-ils pas une forme d’art?
Ouvrage unique en son genre, Le chant des oyseaulx relate la rencontre artistique entre oiseaux et humains, au confluent de l'ornithologie, de l'écologie, de la musicologie et de la création musicale, en un propos à la fois simple et riche, sérieux et ludique, rigoureux et audacieux, toujours émerveillé!

En page couverture: Séduction, de Jocelyne McNicholl (peinture sur toile de coton)

*     *     *

Qu'est-ce que la zoomusicologie?
Pour en savoir plus, visitez le site suivant, qui présente aussi plusieurs zoomusicologues:

Pour les oiseaux au Québec:
http://www.quebecoiseaux.org/

Mon intérêt pour la biologie et la nature m'a aussi amené à être membre des Amis du Jardin botanique de Montréal, organisme qui publie la magnifique revue Quatre temps:
http://www.amisjardin.qc.ca/amisjardin.htm
*     *     *

JOIE DES GRIVES

En parallèle avec ces recherches théoriques, j'ai composé une oeuvre qui fut le volet création de ma thèse de PH.D. C'était un rêve de longue date: écrire une fresque symphonique non seulement inspirée par les sons de nature, mais aussi par des éléments de mon bagage de biologiste transposés au plan rythmique et formel. J'ai donc achevé cette «contemplation symphonique» intitulée Joie des Grives en 2003, et l'oeuvre a été créée en plein air le 12 juillet 2008 au Festival international de Lanaudière (Joliette); l'Orchestre du Festival étant dirigé par Jean-Marie Zeitouni. La pièce consiste en 12 sections enchaînées pour une durée d'environ 32 minutes.

Joie des Grives utilise exclusivement les notes de la gamme dite «naturelle» : do, ré, mi, fa dièse, sol, la et si bémol. C’est la Terre (dont les battements de cœur seront joués par un tambour amérindien). Aucun chromatisme, aucune modulation dans cette musique, mais les mille miroitements d’une seule harmonie, à l’image des mille formes de la vie. Les chants de 11 espèces d’oiseaux du Québec s'y retrouvent partout et sous différentes formes. Les «vedettes» se succèdent dans la section 2 (Sur un premier sentier avec les oiseaux) : la Grive à dos olive (arabesques ascendantes, ici ralenties et démultipliées aux bois qui font alors leur entrée), le Merle d’Amérique (motifs brefs aux hautbois), la Grive fauve (spirales descendantes aux flûtes), la Grive des bois (arpège et trille aux clarinettes). Après le dialogue de ces chants intervient la Grive solitaire (motifs en échos avec sons harmoniques). Dans la section 7, ces chants se superposeront aux tambourinages de la Gélinotte huppée et des Pics, ainsi qu’aux chants incisifs du Bruant à gorge blanche («Où es-tu Frédéric, Frédéric?») et de la Mésange à tête noire (Tchi-ka-di-di-di!).
La vidéo qui suit fait entendre cette deuxième section de Joie des Grives. Lorsque l'orchestre joue le chant d'un oiseau, l'oiseau de l'espèce en question apparaît en image, suivi d'un extrait du manuscrit montrant ma transcription et mon orchestration de ce chant.
Source des images: Wikipédia et Antoine Ouellette

N.B.: Pour les utilisateurs de Mac: il est possible qu'il y ait problème de compatibilité avec Safari pour voir et écouter les vidéos suivantes. Il faut alors tout simplement utiliser un autre navigateur (comme Firefox par exemple).


*     *     *

Commentaire historique sur la transcriptions de chants d'oiseaux en notes de musique

Lors de mes recherches, j’ai été extrêmement surpris par la quantité de livres et d’articles à vocation scientifique qui, à partir des années 1840, donnent des transcriptions de chants d’oiseaux en notes de musique, et des transcriptions se voulant aussi précises que possible par rapport à la réalité ornithologique. Une évidence s'est donc imposée: les naturalistes (les biologistes comme on les nommait à l'époque) ont largement précédé les musiciens dans cette tâche. Qui plus est, ce n'est pas le fait que de «quelques auteurs», mais bien de plusieurs dizaines voire quelques centaines d’auteurs différents et en plusieurs pays : Québec, Canada, États-unis, France, Angleterre, Allemagne, etc. Et moi qui avait postulé que le compositeur français Olivier Messiaen (1908-1992) avait été le premier à faire ainsi, parce qu'on l'écrit dans nombre d'ouvrages musicaux! À l'évidence, loin d'avoir initié cette pratique, Messiaen a plutôt été l'héritier de décennies d'expérience de transcriptions de chants d'oiseaux, y compris dans son propre pays. Je me demande pourquoi, à ma connaissance, il n'a pas cité les travaux de ses devanciers?

Voici un exemple d'ouvrage particulièrement intéressant: Wood Notes Wild. Notations of Bird Music, publié à Boston en 1891. Pour l’essentiel, il s'agit de l’œuvre de Simeon Pease Cheney, mais il était encore inachevé au décès de ce dernier survenu le 10 mai 1890. Son fils, John Vance Cheney, s’est chargé de réviser et de préparer l’ouvrage pour édition à partir d’un manuscrit dont un exemple est fourni en page de garde. Les chants de 42 espèces d’oiseaux y sont discutés avec des transcriptions en notes de musique. Mais pour Cheney, la musique de la nature dépasse celle des seuls oiseaux : il discute donc aussi des chants de batraciens et d’insectes et donne même des transcriptions du bruit du vent et de celui des chutes Niagara! Aussi, dans les substantiels appendices représentant près de la moitié du livre (pages 111 à 226), Cheney fils présente et discute de nombreuses autres transcriptions de chants d’oiseaux réalisées par son père ainsi que par plusieurs autres observateurs. On trouve là non pas seulement quelques noms mais bien quelques dizaines de noms!

Les transcriptions de Cheney sont fascinantes par la liberté avec laquelle il emploi la notation musicale. Pour mieux respecter les particularités des chants d’oiseaux 1) il ne met pas de barres de mesure et respecte les irrégularités rythmiques; 2) il inclut des silences et des points d’orgue; 3) sous les notes, il met des onomatopées pour donner une meilleure idée du timbre. Chose plus remarquable encore, Cheney invente carrément des signes spéciaux pour noter les sons particuliers de certaines espèces; des signes qui, comme les effets qu’ils veulent rendre, n’existaient pas dans la musique de son époque. Cheney transcrit ainsi le chant du Petit-duc maculé avec de nombreux points d’orgue et un signe ondulé de son invention pour les «glissandos roulés» de l’oiseau :


Ce n'est là qu'un exemple de ses transcriptions qui allient pragmatisme et ingéniosité. 

Il faut aussi mentionner la Montréalaise Louise Murphy qui, dès les premières années du 20e siècle, intègrait de ses transcriptions dans ses articles sur les chants des oiseaux. Plus encore, Louise Murphy utilisait ses transcriptions dans des œuvres musicales de sa composition. Sweet Canada, un cycle de douze mélodies pour voix et piano (dont elle est aussi l’auteure des paroles) fut publié à Toronto en 1923. Chaque mélodie fait référence à un oiseau. Louise Murphy avait ainsi précédé de près de trente ans la première pièce d’Olivier Messiaen basée explicitement sur le chant d’une espèce d’oiseau précise (Le Merle noir, pour flûte et piano, 1951)!

Donc, une échelle presque à donner le vertige, la transcription de chants d’oiseaux en notes de musique était une pratique courante chez les naturalistes dès les années 1850, soit plusieurs décennies avant Messiaen, et en plusieurs pays. Pourquoi alors a-t-on trop attribué de mérite à Messiaen? Tout simplement parce que l’existence de cette tradition est ignorée, comme celle de ces nombreux livres et articles. Les ornithologues d’aujourd’hui ne les connaissent plus eux-mêmes, peut-être parce que cela appartient à l’histoire de leur science et qu’ils connaissent peu cette histoire. Les musiciens eux aussi ignorent tout cela, puisqu'il s'agit d'ouvrages de biologie et non de musique. Peut-être seraient-ils même froissés de savoir qu'ils ont été devancés par des outsiders en un domaine qui semblait à prime abord relever de leur art? Résultat: comme la quasi-totalité de ces auteurs naturalistes, Cheney n’est cité ni en musique (New Grove) ni en ornithologie (Marler). C’est un manque que mes recherches visent à combler et qui remettent les choses dans une juste perspective. Mais je soupçonne que des musicologues continueront encore à bouder les faits objectifs...