MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 2 juillet 2018

DES MOTS D'ÉTÉ 2018

Des mots d'été 2018
1. Sommaire des articles 2017-18
2. Art à Québec. Des artistes immenses..., mais pas ceux que l'on croyait!

Comme tous les étés, je fais un seul article pour juillet-août. Les articles réguliers reprendront en septembre. Mais tout d'abord, je donne le sommaire des articles parus durant la saison 2017-2018:


Sommaire des articles
Septembre 2017 à Juin 2018

Septembre 2017. Pulsations : un nouveau livre http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2017/09/

Octobre 2017. La ville-forêt et la Vierge à l’Enfant http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2017/10/

Novembre 2017. Musique. Complexité et simplicité : la clé du temps http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2017/11/

Décembre 2017. Mes chansons! (Mes Opus 2017, première partie) http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2017/12/

Janvier 2018. Le Projet Haydn (7). La période rouge, 1784-1795 (Première partie) http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2018/01/

Février 2018. Autisme : une certaine étude coréenne http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2018/02/

Mars 2018. Le Projet Haydn (8). La période rouge, 1784-1795 (Deuxième partie) : Sept Paroles singulières http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2018/03/

Avril 2018. Océane : un duo atypique (Mes Opus 2017, deuxième partie) http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2018/04/

Mai 2018. Ars Nova : les horlogers fous du XIVe siècle
 http://antoine-ouellette.blogspot.com/2018/05/
Juin 2018. Aigue-marine: une 6e Symphonie? (Mes Opus 2017, troisième partie)
http://antoine-ouellette.blogspot.com/2018/06/

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Art à Québec:
Des artistes immenses... mais pas ceux que l'on croyait!

À l’automne 2017, je suis allé au Musée national des Beaux-Arts du Québec, à Québec, avec mon amie française Coralie Adato qui séjournait dans mon pays. Je n’avais pas encore vu le nouveau pavillon Pierre-Lassonde dont on disait beaucoup de bien au niveau architectural. Il est bien, en effet, mais j’avoue ne pas beaucoup apprécier ces pavillons muséaux immenses avec de grands espaces libres et vides, et d’interminables corridors froids menant d’un pavillon à l’autre. Je préfère des lieux donnant une impression d’intimité et de proximité. Affaire de goût… 
«Un couple dans la démesure», Musée national des Beaux-Arts du Québec
Il se tenait alors l’exposition Un couple dans la démesure consacrée à des œuvres que les peintres Joan Mitchell (1925-1992) et Jean-Paul Riopelle (1923-2002) ont créées durant leurs années de vie commune. Les responsables du Musée avaient fait une promotion intense de cette exposition et ils en étaient visiblement très fiers. D’ailleurs à la fin de notre visite, alors que nous étions dans le gigantesque hall d’accueil, une dame est venue nous voir, Coralie et moi, pour nous inviter à poursuivre la visite dans une salle d’un autre pavillon toute consacrée à d’autres œuvres de Riopelle. Oserais-je avouer que nous n’y sommes pas allés? L’expo Mitchell / Riopelle nous avait en fait laissés perplexes, et peu d’œuvres nous avaient touchés. Les salles étaient très bien aménagées et les œuvres bien mises en valeur, mais ces immenses tableaux semblaient très volumineux par rapport à leur propos – sur ce plan, il y avait en effet «démesure», disproportion. J’aime les premières toiles de Riopelle, mais je trouve qu'ensuite, précisément à la période avec Mitchell, elles ont perdu de leur harmonie et de leur force. L'impression qu'elles me font est qu'elles ont souvent été peintes entre deux beuveries, ce qui n'est peut-être pas qu'une impression... Bon, comme toujours, les panneaux informatifs de l’expo ne ménageaient pas les superlatifs, chaque œuvre semblant aussi «essentielle» que l’autre – ce genre de commentaires pontifiants devient un peu lassant et, surtout, il ne laisse aucune place pour l’appréciation personnelle du visiteur. «Chef d’œuvre», «œuvre incontournable», etc.; bref, qui aime peu ou pas est dans l’erreur! Nos musées se font trop souvent l'écho servile des discours académiques sur l'art...

Sculptures inuites. Collection Brousseau, Musée national des Beaux-Arts du Québec (Québec)
Donc, au lieu de poursuivre avec encore plus de Riopelle, nous sommes plutôt allés au cinquième étage du Musée, admirer la Collection Brousseau, une collection de sculptures Inuites. Là, ce fut l’éblouissement. Je sais que les Européens recherchent souvent à voir de l’art autochtone lorsqu’ils viennent au Canada, alors je tenais à visiter cette collection avec Coralie. C’est d’ailleurs cet art qui est unique ici, alors que notre «art contemporain» ressemble à celui qui se fait en Europe, en fait copie carbone: donc, rien de différent, rien de dépaysant… et souvent, hum, beaucoup de gros machins occupant de grands espaces pour bien peu de propos et de beauté réelle. 
Manasie Akpaliapik: La Création du monde. Musée des Confluences, Lyon
Les sculptures de la Collection Brousseau offrent au contraire une émotion esthétique typée et rare. Elles tiennent souvent du Chamanisme, donc des liens entre les humains et la Nature (thématique traditionnelle redevenue extrêmement actuelle), mais aussi les matériaux sont magnifiques, que ce soit les pierres ou les os d’animaux; elles sont plus souvent qu’autrement ouvragées avec une finesse et une virtuosité inouïes. Certaines sculptures miniatures sont à couper le souffle : tant de détails dans de si petits objets – contraste cruel avec les toiles démesurées des Mitchell-Riopelle! 
Les artistes dont nous avons admiré les œuvres sont tout simplement extraordinaires. L’un d’eux nous a captivés : Manasie Akpaliapik (né en 1955). Ouf! Du génie, du très grand art, de la beauté extrême! En regardant ses œuvres, nous avons immédiatement eu l’intuition que cet homme était particulier et qu’il avait assurément vécu des moments bouleversants. Nous apprendrons en effet qu’il s’était remis intensivement à la sculpture à la suite du décès de sa femme et de ses deux fils dans un incendie, et que sculpter possède pour lui un rôle thérapeutique. 
Manasie Akpaliapik: Maternité. MNBA Québec
Mais son art se situe bien au-delà. On dit de lui qu’il est «l'un des rares artistes osant évoquer dans son œuvre les problèmes liés à l'abus de la drogue et de l'alcool qui sévissent dans la société inuit contemporaine». C’est vrai mais, à nouveau, son art se situe bien au-delà. Ce qui nous a aussi frappés est le fait qu’il traite de thématiques que l’on pourrait associer plutôt à l’univers féminin, comme sa sublime sculpture La maternité. D’ailleurs, nous avons tout d’abord pensé qu’il était une femme… Un artiste immense. https://www.youtube.com/watch?v=rJSxUKRjm3o


Je reste surpris, et déçu, que l’art autochtone n’occupe qu’une portion minime dans ce musée – une seule salle et perchée au dernier étage…, comme dans plusieurs autres de nos musées d’ailleurs, alors qu’il devrait occuper une place de premier plan. Ce n'est pas l'intention, du moins j'imagine, mais cela donne l'impression qu'il ne s'agit que d'«art primitif» ou d'une «curiosité ethnographique». Mais non! C'est un art vivant, subtil. Je n’en fais pas une affaire de «rectitude politique» ni de culpabilité par rapport aux mauvais traitements que l’État a réservé à ces peuples : je ne parle ici que d’art. Cet art mérite nettement mieux. Je trouve qu’au final, cet art est plus actuel et plus pertinent que notre «art contemporain» grassement subventionné dont la lubie ne semble être que de justifier notre «modernité» tout en posant en «rebelle» et «critique» (le beurre et l’argent du beurre), une modernité qui est en voie de détruire la biodiversité sur Terre. 
Manasie Akpaliapik: Composition. MNBA Québec

https://www.youtube.com/watch?v=rJSxUKRjm3o
L'exposition Mitchell-Riopelle est terminée, mais la Collection Brousseau est toujours là. 
Je vous souhaite un bel été, avec toutes mes amitiés! 


vendredi 1 juin 2018

AIGUE-MARINE / MES OPUS 2017 (3)



Calendrier, Juin 2018

Dimanche 3 juin. Je dirige l'Ensemble Grégoria dans un «programme double: à 9hAM en l'église Saint-Pierre-de-Sorel et 10h30AM en l'église Sainte-Anne-de-Sorel. Nous chanterons notamment les quatre parties de la Messe des Anges. Aussi, l'Alléluia Tota pulchra es, le Salve Regina, l'hymne Veni Creator, et Ad Celebres, une pièce moitié 12e siècle moitié Antoine Ouellette.

Jeudi 7 Juin. Je serai en entrevue à la Première chaîne, Radio de Radio-Canada. Je commenterai le livre Ce que les oiseaux disent de nous, de Noah Strycker. Ce sera à l'émission Plus on est de fous, plus on lit, animée par Marie-Louise Arsenault, qui débute à 13 heures.
https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit
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Aigue-marine. Pour ensemble symphonique de bois, cuivres et percussions (opus 53)

Mes opus 2017 (3).

Cet article poursuit celui consacré à Océane :

http://antoine-ouellette.blogspot.ca/2018/04/oceane-mes-opus-2017-i.html

Vous pouvez écouter Présence, pour saxophone solo sur Youtube:
 https://www.youtube.com/watch?v=o36fP7u3k8A
Comme je le raconte plus bas, cette pièce sera la matrice d'Aigue-marine composée 20 ans plus tard.

Une «Symphonie #6»?
Le Rocher percé, en Gaspésie (Québec)
Après Océane, je me suis attaqué à une «grosse» pièce : Aigue-marine. Cette «symphonie» est écrite pour un ensemble de 28 musiciens : un piccolo, 3 flûtes, 3 hautbois, 3 clarinette (dont une clarinette piccolo), 3 bassons, saxophone alto, 3 trompettes, 3 trombones (2 ténors et un basse), tuba et des percussions pour trois instrumentistes. Aigue-marine est en dix sections enchaînées : Une mélodie sur la vague; Vive brise; Goélands; Lointaine I; Méduses; Échos au large; Lointaine II; Sirène; Coquillage; Littoral. Sa durée est d’environ 33 minutes, et la partition compte 109 pages. Oui, un gros travail.

Si j’avais donné à de mes œuvres des titres comme Symphonie #1, Symphonie #2, etc., Aigue-marine serait ma Symphonie #6. Peut-être que de tels titres auraient ajouté à ces pièces un «aura de prestige», mais je trouve un peu exaspérante cette kyrielle de pièces intitulées Symphonie #1, #2, #3, etc. Je me dis tout de même qu'un jour, je ferai faire leur coming out à mes symphonies.


Poésie de l'écho
Un saxophone alto
Certaines de mes pièces forment des couples dans lesquels deux pièces, indépendantes, semblent se répondre. Comme des échos : palilalie ou écholalie autistique?! Aigue-marine pourrait ainsi être une réponse à Océane qui l’a précédée, puisque les deux partagent une inspiration maritime. Mais Aigue-marine est davantage comme un écho de Présence, pour saxophone alto solo (opus 22, 1997). Là, le lien est vraiment intime puisque Aigue-marine reprend carrément Présence : elle n’en est pas une simple orchestration, mais bien une relecture, une recomposition, une réélaboration en profondeur. L’ampleur des deux œuvres diffère d’ailleurs non seulement dans l’instrumentation mais aussi dans la durée : Aigue-marine dure une douzaine de minutes de plus que Présence. J’avais fait la même chose en recomposant mon petit ballet «indien» Sattvika l’oiseau danse pour orchestre symphonique de type classique, sous le nouveau titre de Carouge (opus 40). Aigue-marine et Carouge sont donc des «échos rapprochés» des pièces auxquelles elles répondent. Dans d’autres cas, l’écho répond en accroissement, comme Fougères 1 et 2 pour orchestre de guitares (opus 34) qui deviendront une grande fresque d’une quarantaine de minutes, intitulée simplement Fougères (opus 43), pour orchestre à cordes, trompette, percussions, sons de nature et chœur mixte. Les trois pièces de la série des Bouleaux (Bouleau jaune, Bétulaie, Bouleaux blancs; opus 27 et 28) partagent une mélodie fondamentale, mais chacune de ces pièces la traite différemment, en des structures différentes et pour des effectifs instrumentaux différents. Il arrive aussi que certains couples de «pièces en écho» ne partagent aucun matériau commun : le lien se situe sur un autre plan. Par exemple, Bourrasque (flûte solo, opus 16) et Une Messe pour le Vent qui souffle (orgue, opus 18) explorent la poésie de vent et du souffle. 
Pages d'esquisses de Présence annotées pour être transformées dans Aigue-marine (C) 1997/2017 Antoine Ouellette
Que l’esprit autistique procède du point vers l’ensemble, que le point de départ d’une composition soit une minuscule idée, n’implique pas que chaque pièce composée procédera ainsi, en débutant par un discours fragmentaire pour évoluer vers des lignes pleines. Le processus de composition est à l’œuvre dans mon atelier, mais une pièce achevée ne rendra pas nécessairement compte de ce processus dans sa forme finale. Chaque pièce, donc chaque idée qui lui donne naissance, semble porter en elle, en germe, sa forme, la forme qui lui permettra de s’exprimer en ce qu’elle demande à être : chaque pièce «invente» sa forme ou, plutôt, révèle sa forme. Océane débute en exposant directement deux très brèves idées, et sa forme découle entièrement de ces idées. La forme finale d’Aigue-marine procède différemment. Après quelques mesures d’introduction où cymbales suspendues et grosse caisse font entendre comme les vagues de la mer, le tuba chante une longue mélodie qui est déjà formée et complète. 
Mélodie fondamentale d'Aigue-marine. (C) 2017 Antoine Ouellette
Le saxophone reprend quelques fragments de cette longue mélodie sous la forme d’appels que d’autres instruments répercutent aussitôt, en rythmes non mesurés et comme des échos (on m’a déjà dit que ces échos sont l’une des caractéristiques de mon style : souvenirs de l’écholalie et de la palilalie autistiques?). 
Premiers échos dans Aigue-marine. (C) 2017 Antoine Ouellette
Ces appels provoquent un gonflement du flot mélodique et la musique atteint un premier sommet d’intensité, vraiment très sonore, où la mélodie du tuba est intégralement reprise, ornée d’un contrechant tranchant et de fracas percussifs. Toute cette première section d’Aigue-marine va ainsi, en alternant le continu-soutenu et le discontinu sous forme d’appels et d’échos. La section Échos au large sera l'apogée des échos: s'y succèdent une série de fragments mélodiques dont chacun sera répercuté en échos, hors mesures, par divers groupes de l'orchestre.
Extrait de la section Échos au large, Aigue-marine. (C) 2017 Antoine Ouellette
  De la mer et de la pierre
Aigue-marine: la pierre
L’aigue-marine est une pierre fine. Son nom a été forgé par les Romains il y a plus de 2000 ans et signifie «eau de mer». Ce nom lui provient de sa couleur évoquant l’eau de la mer. Dans l’Antiquité, les marins croyaient que cette pierre pouvait les protéger des colères de Poséidon, le capricieux et susceptible dieu grec de la mer (appelé Neptune par les Romains), et leur assurer ainsi un voyage sans encombre.

Dans les titres de ses sections comme dans le traitement orchestral, ma composition peut évoquer la mer, le respect dû aux espaces grandioses des océans et les risques guettant qui s’y aventure. Mais l’aigue-marine est une pierre, et cette musique en possède aussi la dureté minérale. Je crois que cette dureté tient beaucoup à l’absence des cordes dans l’orchestre. Cette dureté minérale tient aussi à ce que j’ai tenu à respecter le fait que Présence est une pièce monodique : un saxophone sans accompagnement. En recomposant cette pièce pour orchestre, je n’ai pas «rempli» l’harmonie : il y a peu d’accords dans Aigue-marine. En y travaillant, il m’est arrivé d’être tenté de mettre davantage d’accords et d’harmonies, et j’avais esquissé quelques passages de cette manière. Mais j’y ai finalement renoncé : je trouvais que cela brisait l’essence de la musique, que cela «arrondissait» trop les angles, et que cela apportait à l’audition un sentiment de trop grand confort – bref, je voyais que cela détruisait l’aspect minéral que cette pièce exigeait.  
Poséidon, ou Neptune, dieu antique de la mer
Aigue-marine demeure donc, tout comme Présence, une œuvre d’abord axée sur la mélodie et le rythme. On y trouvera tout de même un peu de contrepoint, mais pas trop (parce qu’à nouveau, cela aurait détruit la personnalité réelle de cette musique); et ses contrepoints sont surtout des «contrepoints fractals», des échos et des répercussions de fragments venant de la mélodie initiale, le plus souvent en rythmes hors mesure et hors pulsation. 
C'est curieux: dans mes pièces récentes, il y a moins d'accords. Océane n'en compte aucun, ni Acclamations qui l'avait précédée. Les Chants de l'Autre isthme (opus 54) n'en contiennent pas beaucoup non plus...  En fait, cette évolution nouvelle s'était amorcée avec Carouge. Si auparavant, les harmonies en accords étaient davantage présentes, ma musique n'en a jamais vraiment été une fondée sur les accords, ni sur le contrepoint d'ailleurs (qui peut être vu comme une extension de l'harmonie), mais plutôt sur le rythme et la mélodie.

Fragments de lignes
Donc, Aigue-marine s'ouvre sur la section Une mélodie sur la vague. Chacune des neuf sections qui suivent se fixe sur un aspect ou un fragment de la mélodie initiale, un peu comme dans un «thème et variations». La deuxième section, Vive brise, et très vive en effet (même mordante), se base sur les seules trois premières notes de la mélodie : les deux premières deviennent des appogiatures très brèves menant à la troisième qui, elle, est répétée en des rythmes hachés. 
Motif du saxophone au début de Vive brise. Extrait d'Aigue-marine (C) 2017 Antoine Ouellette
Ce très court fragment suit le processus «végétal» décrit dans des articles précédents, donc comme dans le déploiement de ce que ce germe portait en lui.  
Vive brise. Dialogues vifs du saxophone et d'autres instruments. (C) 2017 Antoine Ouellette
Extrait de Vive brise, avec des traits volubiles aux tom-toms (Percussion 2). (C) 2017 Antoine Ouellette
 Vive brise se termine par le martèlement nerveux de la seule troisième note; les instruments s’ajoutent jusqu’au plein son de l’orchestre, toujours sur une seule note. La fin fracassante laisse place à une note tenue doucement qui mène à la section suivante, Goélands, où le discours est très atomisé, sur fond de vibraphone, le tout hors mesures.

Chaque section procède ainsi, chacune à partir d’un fragment de la mélodie initiale du tuba. Toutes sauf deux : Lointaine I et Lointaine II, qui ramènent la mélodie complète, mais comme tamisée et mystérieuse. Dans l’avant-dernière section, Coquillage, le thème initial est réduit au seul souffle qui rappelle les vagues qui avaient ouvert l’œuvre. Il n’y a aucune note, que des souffles… 
Esquisses pour Coquillage. (C) 2017 Antoine Ouellette
À la fin, de ces souffles renaît la mélodie initiale (section finale intitulée Littoral – comme le retour à la terre). Le plus grand sommet d’intensité sonore de la pièce se situe dans cette section, très puissant, et mène aux dernières mesures, avec des glissandos des cors – j’avoue être particulièrement heureux de ces dernières mesures. 
Mesures conclusives d'Aigue-marine. (C) 2017 Antoine Ouellette
La section Sirène est essentiellement un long solo de saxophone sur les vagues discrètes de la caisse claire. Comme dans Vive brise, les trois premières notes de la mélodie initiale fondent ce solo : les deux premières en appogiatures et la troisième très allongée et irisée d’effets de timbre (on y trouve des micro-intervalles, autrement rares dans ma musique). Mais dans Sirènes, ces trois notes se prolongent dans des envolées mélodiques ornementées et légèrement chromatiques. 
Extrait de Sirène, d'Aigue-marine. (C) 2017 Antoine Ouellette
Une sirène vue par Waterhouse
Les sirènes étant ce qu’elles sont, cette section se termine par trois immenses accords isolés, comme des récifs où un navire pourrait s’échouer… Méduses est une section vive qui emprunte à la deuxième mesure de la mélodie initiale, mais dont elle transforme les notes en sortes de tourbillons, interrompus par quelques décharges émotionnelles. 
Extrait de Méduses, Aigue-marine (C) 2017 Antoine Ouellette


Sources des illustrations: Wikipédia et Collection personnelle