MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 2 septembre 2019

LES AUTISTES NE SONT PAS DES ANGES... EUX NON PLUS


Calendrier

Je serai en Bretagne pour participer aux Journées Culture partagée, en la ville de Dinan :
Vendredi 4 octobre, 18 heures. À la bibliothèque de Dinan. Je donnerai une conférence «Le bonheur d’être soi». Cette conférence sera agrémentée par trois de mes pièces : Bonheurs (François Schwarzentruber, piano), Danse boréale (Annick Renézé, violoncelle, et Alain Binet, piano), Rivages (Jean-Louis Touche, clarinette).
Samedi 5 octobre, 16 heures 15. Je donnerai une conférence «La musique des oyseaulx», à l’Abbaye de Léhon.
Samedi 5 octobre, à 20 heures, à l’Abbaye de Léhon. Concert où quelques-unes de mes pièces seront jouées, dont la première de mon Quatuor à cordes (par le Quatuor Icare). Aussi : Au jardin de Gethsémani (par l’Ensemble Guy-Ropartz), Bourrasque (Florian Beau, flûte), Rivages (Jean-Louis Touche, clarinette).
Dimanche 6 octobre, 13 heures: Échange avec le public sur le thème «Existe-t-il une créativité autiste?». Abbaye de Léhon.
Mais il y a plusieurs autres activités offertes durant cet événement! Pour le programme complet : 
 https://culturepartageerance.home.blog/?utm_source=sortir-en-bretagne.fr&utm_medium=sortir-en-bretagne&utm_campaign=sortir-en-bretagne-page-evenement
Hors cadre :
Lundi 7 octobre. Rencontre avec l’équipe du Conservatoire de Dinan.
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Les autistes ne sont pas des Anges… eux non plus

1. Déception autistique

2. Utopie autistique

3. L’action sans (trop d’)idéalisme


4. Péché originel




En novembre 2017, un journal a fait grand cas d’Omar Bulphred. Cet homme alors âgé de 32 ans venait d’être arrêté pour avoir proféré des menaces de mort sur trois personnes dont son père. Ce n’était pas sa première arrestation. Il y a onze ans, il avait été condamné pour avoir incendié une école juive à Montréal, puis pour avoir fomenté un attentat contre un centre communautaire juif une année plus tard. En prison, il était considéré comme dangereux et avait tenté de poignarder un codétenu et de blesser un garde. Ses comportements ont souvent alerté entourage et policiers. L’article de novembre 2017 montrait sa photo et, en-dessous d’elle, un commentaire pas du tout anodin : «En 2013, Omar Bulphred avait été diagnostiqué avec le syndrome d’Asperger, un trouble de la famille de l’autisme». Le journaliste ne fait pas un lien direct, mais cette mention toujours reprise lorsqu’il est question de monsieur Bulphred est à haut risque de créer un lien dans l’esprit du public : autiste = criminalité.  Surtout lorsqu’on ajoute au tout un commentaire d’«expert» du genre : «Il vit dans son monde». Quand une personne autiste dérape de manière criminelle, cela est explicitement rapporté; pourtant lorsqu’une personne non autiste commet un crime, personne n’écrit : «Un homme neurotypique a assassiné deux personnes». Le résultat est qu’une association tacite est créée entre autisme et danger, menace criminelle ou crime. Inévitablement, des gens seront convaincus que l’autisme «explique» les crimes : «Ah, il est autiste, c’est donc pour ça…».
Comment trouvez-vous cette manchette?

Sans surprise, j’ai reçu des questions sur le sujet, comme «Comment prévenir les crimes commis par des personnes autistes?». Soupir. La vérité est que les personnes autistes ne sont pas plus à risque que les autres de commettre des crimes. Le spécialiste de l’autisme de type Asperger Tony Attwood le souligne bien, en ajoutant que les personnes autistes subissent beaucoup plus de violence qu’elles n’en commettent. Je rappelle que les enfants autistes forment l’un des groupes d’enfants qui subit le plus d’intimidation dans nos écoles. L’immense majorité des crimes est le fait de personnes neurotypiques. J’ai même lu qu’une femme court moins de risque de subir de la violence conjugale si son conjoint est schizophrène que s’il est neurotypique… Autre point : les personnes autistes ne sont pas asociales; elles sont sociales, autrement et moins intensément oui, mais pas asociales. Lorsqu’une personne, autiste ou non, se mure dans son monde en changeant de comportement, c’est signe que quelque chose ne va pas. C'est un signal d'alarme que l'entourage doit prendre en compte. Autre point encore : oui les personnes autistes ont des intérêts spécifiques, pouvant ou non passer pour excentriques, mais non de tels intérêts ne font pas nécessairement décrocher de la réalité et augmenter le risque qu’elles commettent un crime. Vous n’avez absolument rien à craindre d’une personne autiste dont la passion est la recherche sur les espèces de libellules ou de lichens… 
Préférez-vous celle-ci?

Déception autistique
Deux fois dans ma vie, je n'ai pas réussi à décoder...
Néanmoins, ce genre d’association faite à la légère entre autisme et criminalité heurte profondément les personnes autistes. À juste titre. Aucun groupe de la société n’aime se voir associé gratuitement à la criminalité! Mais il y a autre chose qui heurte les personnes autistes : le fait qu’un des leurs commette un crime. Nous avons vécu une telle situation au sein d’Aut’Créatifs, collectif de personnes autistes que j’ai cofondé avec Lucila Guerrero. L’affaire remonte à 2016. Un de nos membres s’était servi du nom et de son appartenance à Aut’Créatifs afin d’approcher des enfants et produire du matériel de pornographie infantile. Détourner ainsi notre organisme était inacceptable et nous avons aussitôt renvoyé ce membre. Sorti de prison, celui-ci a récidivé l’année suivante. De si gentilles personnes luttant «pour plus de services en autisme» ont profité de l’occasion pour marteler leur message : «Voilà ce qui arrive quand un enfant ne reçoit pas de services!». Je me suis senti personnellement insulté car moi-même n’ai pas reçu de «services» dans mon enfance, ce qui ne fait pas de moi pour autant un pédophile ou un criminel. Bon, je confesse avoir été reconnu coupable de deux infractions légales dans ma vie : deux contraventions pour mauvais stationnement – c’était dans les toutes premières années où je conduisais alors que, faute d’expérience, je peinais à déchiffrer les multiples panneaux de stationnement ornant les poteaux montréalais. Parvenir à les déchiffrer est presque une science… La bonne nouvelle est que ce jeune homme s’est depuis impliqué dans une démarche de réhabilitation. Cela dit, des autistes ont encaissé un choc. J’ai ainsi reçu un message d’un autiste qui en avait les bleus : «Je pensais que les autistes sont francs, droits, incapables de malveillance...». Déception, tristesse, réveil brutal : les autistes ne sont pas des anges eux non plus.

Des démons, les personnes autistes?
Sur des faits beaucoup moins graves, il est arrivé par la suite d’autres incidents posant question. Ce fut le cas pour un certain débat en 2018. Un observateur autiste a ressenti la même déception : «Certains font passer leur image avant les objectifs de la cause. Être dans un groupe d’autistes est comme si cela leur servait d'abord d'interface de pub pour vendre leur truc. Certains se font bien voir de tels spécialistes afin de vendre leurs services ou leurs conférences. Ce comportement est finalement assez neurotypique. Je suis un peu dégoûté, et je ne vois plus aucune différence avec le monde de la neurotypie». J’avais remarqué la même chose dans divers groupes d’autistes, sans avoir osé le dire. J’ai même vu des groupes d’autistes se déchirer entre eux, dans le même esprit de compétition que l’on voit chez les neurotypiques. Eh oui, en vérité, les autistes sont, eux aussi, capables de comportements stratégiques, manipulateurs et intéressés. Ils y sont peut-être moins habiles, mais ce n’est pas le manque d’habiletés qui les empêchent de s’essayer, eux aussi. La bonne nouvelle est que cela prouve hors de tout doute que les autistes sont bel et bien des humains, à part entière. On nous a souvent dénié notre humanité, mais nos petites hommeries en tous points semblables à celles des personnes neurotypiques est un autre argument de poids pour réaffirmer le fait que nous sommes humains, entièrement humains. La moins bonne nouvelle est que des illusions tombent, que des espoirs s’évanouissent. Car certains d’entre nous croyaient sincèrement que les autistes démontrent davantage d’honnêteté, voire même, rêvons un peu, que les autistes forment l’amorce d’une nouvelle humanité. Et là, il faut prendre acte que ce n’est guère le cas. Cela n’enlève rien de notre potentiel et de nos talents trop rarement reconnus, mais cela nous ramène à la réalité de la simple condition humaine, et au fait que nous partageons celle-ci avec nos frères et sœurs neurotypiques.


Utopie autistique

Ou des Anges?
Car il y a eu un espoir utopique dans la communauté autiste. Cet espoir a été nourri par le portrait que des spécialistes ont tracé de nos qualités. Dans mon livre Musique autiste, je citais la liste des forces que Tony Attwood attribuait aux autistes de type Asperger. J’en mentionne ici quelques-unes :

Leur relation avec les pairs est caractérisée par une loyauté absolue et le fait d’être totalement digne de confiance.

Ils ignorent le sexisme, l’âgisme ou les biais culturels parce qu’ils sont capables de prendre les autres tels qu’ils sont.

Ils disent ce qu’ils pensent avec franchise quel que soit le contexte social ou les modes du jour.

Ils écoutent les autres sans jugements ou suppositions continuels.

Ils évitent les conversations superficielles.

Ils possèdent une volonté déterminée de recherche de la vérité.

Leur conversation est exempte de sens caché ou de motivations inavouées.

Démon d'Orient
Ces belles qualités apportaient un baume bienvenu aidant à surmonter les nombreuses mauvaisetés proférées à notre sujet. Mais on a cru que cette liste valait pour l’ensemble des personnes autistes; on a aussi cru qu’elle nous distinguait des personnes neurotypiques. Dans l’enthousiasme, on a pensé être différents des neurotypiques que l’on a caricaturé comme instables, manipulateurs, jugeant sans cesse autrui, soupesant constamment leurs petits intérêts personnels, peu francs, peu loyaux, et aimant la superficialité. On s’est dit : «Nous, nous ne sommes pas ainsi!». Il se peut qu’être autiste favorise la présence plus fréquente chez nous des qualités nommées par Attwood, et je crois exact de dire que les autistes sont souvent plus candides. Mais il se peut aussi que nous ayons généralisé, que nous ayons fermé les yeux sur nos propres faiblesses et sur le fait qu’elles ressemblent étrangement à celles des neurotypiques. En vérité, rares sont les personnes prêtes à sacrifier un peu de leurs avantages et de leur confort au profit d’une grande cause, surtout lorsqu’il n’est pas certain que cette cause vaincra. Rien n’indique qu’il y ait davantage de personnes autistes parmi elles que de personnes neurotypiques. La majorité des gens sont derrière les téméraires qui prennent des risques : si ces risques s’avèrent payants, on se dira : «Je comptais parmi ces avant-gardistes!» («et je récolterai les fruits de leur dévouement»); mais si ces risques tournent mal, on dira : «ces gens sont fous et je ne les connais pas!». Telle est la nature humaine, peu importe que l’on soit autiste ou non. C’est ce que démontrent les incidents dont j’ai donné quelques exemples dans la section précédente. 
Par contre, je me dois de souligner ici l'extraordinaire détermination de la jeune Suédoise Greta Thunberg relativement aux bouleversements climatiques. Elle n'aurait pas eu à monter au front si les adultes avaient agi. Greta Thunberg affirme être aidée par le fait d'être autiste de type Asperger. Je crois que c'est vrai: Cela lui donne le juste focus sur la cause, la cohérence entre paroles et actions, et le fait de ne pas se faire endormir par de belles promesses. 

«Je ne vois plus aucune différence avec le monde de la neurotypie!», me disait donc quelqu’un. Pourtant, nous sentons bien que nous sommes différents du fait d’être autiste. L’erreur a été de penser que cette différence était d’une nature morale et résidait dans des valeurs différentes. Or, ce n’est pas là d'abord que se situe la différence autistique. Être ou non autiste n'a probablement aucun impact sur les qualités de coeur. Je crois toujours que cette différence est essentiellement de nature perceptive. Les autistes perçoivent le monde à partir des détails dans un premier temps, et en allant vers l’ensemble ensuite : c’est une perspective inverse de la perspective neurotypique qui va de l’ensemble tout d’abord vers les détails ensuite. Cette perspective inverse est à rapprocher du fait d’être gaucher plutôt que droitier, ou d’être homosexuel plutôt qu’hétéro. C’est une différence, une différence forte, de naissance, qui appartient à la personne, mais cette différence n’a rien à voir avec les valeurs ou la psychologie humaine de base. Cette différence fait voir les choses et le monde autrement, mais elle n’apporte aucune supériorité – aucune infériorité non plus du reste.


Cette différence appartient au spectre de l’humanitude, ni plus ni moins. C’est comme me l’avait dit ce sage moine avec qui je discutais : «Tu es autiste? Cela n’a aucune importance». Cette phrase demeure l’une des plus justes que j’ai lue ou entendue au sujet de l’autisme.


L'action sans (trop d') idéalisme

Être soi!
Dans mon livre Musique autiste, je trace les lignes de ce que pourrait être le monde si les autistes étaient majoritaires. Ce monde ressemblerait au monde présent mais avec certaines différences. Voilà, il serait un peu différent, mais il n’est pas assuré qu’il serait meilleur, du moins pas meilleurs sur tous les points… Quoique je doive reconnaître que beaucoup de personnes autistes vivent déjà dans le mode de la simplicité volontaire, ce qui est d’avant-garde. Remarquez que cette simplicité n’est pas toujours si volontaire que ça : elle tient aussi à l’exclusion, à l’intimidation, au mobbing et autres choses du genre que nous impose la majorité trop souvent… Lorsque j’ai participé à la création de Aut’Créatifs, oui, il y avait en filigrane de favoriser les liens entre personnes autistes. Il s’agissait aussi de présenter ce que des personnes autistes font dans toutes les sphères d’activités humaines. Montrer que les autistes peuvent participer pleinement et positivement à la société, à la marche du monde. Montrer qu’elles possèdent des talents, des compétences, des habiletés, etc. Affirmer que nous sommes des personnes humaines à part entière. Aussi participer à une prise de parole dont les personnes autistes ont trop souvent et trop longtemps été privées – et elles le sont encore : tant de gens (non autistes) parlent en leur nom, à leur place – et non seulement parlent à leur place mais cherchent à penser à leur place, à leur imposer un discours qui n’est pas le leur. J’étais conscient que cette prise de parole sera un apprentissage, que cette parole pourra être maladroite, voire dure même. Mais il faut commencer quelque part et accepter qu’il y ait là un cheminement, et que ce cheminement est nécessaire.

Cela dit, je n’ai pas vraiment pensé que les autistes sont automatiquement des anges, je n’ai pas idéalisé la «communauté autiste» - je n'idéalise d'ailleurs aucune communauté. Mon idée était, et est toujours que les autistes sont des personnes humaines, qu’elles doivent être considérées comme telles (et non comme des «malades») et, que cela implique aussi le fait que, comme toutes personne humaine, la personne autiste est imparfaite, qu’elle a ses défauts, ses limites.



Péché originel

Le fruit interdit au Jardin d'Éden (Genèse, premier livre de la Bible)
En ce monde aux multiples sujets d’inquiétude que n’arrivent pas à apaiser totalement le flot des divertissements qu’il offre d’abondance, des gens cherchent de nouvelles voies. Mais comme l’espoir semble avoir certaines difficultés à s’incarner, on tend à le placer dans des groupes humains minoritaires, avec l’idée que de ceux-ci pourraient surgir de tels nouvelles voies. C’est possible que des éléments de solution résident de ce côté. Mais de là à idéaliser ces groupes minoritaires… Un homme me formulait ce commentaire : «Les solutions à ces problèmes viendront des autistes». C’est possible, mais je dirais plutôt que des solutions viendront de certaines personnes autistes, nuance. Néanmoins c’est mettre un gros poids sur les épaules de ces gens souvent marginalisés et exclus. Les personnes autistes sont-elles exemptées du péché originel? Visiblement non.

Mon cousin Louis que j’aime beaucoup est athée, mais sans être militant du tout. Eh bien néanmoins, mon cousin croit au péché originel! Dans la Genèse, premier livre de la Bible, Adam et Ève ont désobéi à Dieu qui leur avait donné à manger du fruit de tous les arbres sauf d’un seul, celui de la Connaissance du Bien et du Mal. Après en avoir mangé, ils se sont rendus compte qu’ils étaient nus et se sont cachés, ce qui les a trahi auprès de Dieu. Celui-ci les a expulsé du Jardin d’Éden, le Paradis, et a placé aux portes de celui-ci des Anges armés empêchant dorénavant de pouvoir y revenir.

Dans la vision qu’a mon cousin Louis du péché originel, il s’agit d’une sorte de défaut génétique que les êtres humains se transmettent de générations en générations; un défaut qui cause cette propension à user de violence contre nos semblables ou, encore, à n’oser traiter les problèmes que lorsqu’il est quasi trop tard. Mon cousin y croit plus que bien des chrétiens en fait, comme Lytta Basset qui a publié un livre dénonçant cette doctrine qu’elle rend responsable de tous les maux de l’humanité ou presque. La mode est à se dire «bienveillant» et à se déculpabiliser. Mais nul besoin d’être chrétien pour avoir la lucidité de reconnaître l’existence de la souffrance en ce monde : c’est le fondement du bouddhisme tout autant. Depuis, le monde va comme le dit saint Paul : je commets du mal que je ne voulais pas commettre, et je n’arrive pas à faire tout le bien que j’aimerais faire. Qui donc n’a pas vécu cette souffrance, de faire du mal involontairement, et de ne pas avoir tendu la main à quelqu’un qui demandait notre aide? Qui donc? Youhou, où êtes-vous?

La Veillée pascale. www.rouencatholique.fr
Mais la foi catholique en est-elle restée à ce constat désespérant? Non, parce que cette faute originelle nous a aussi valu un Sauveur, et cette foi célèbre ce Sauveur dans des mots qui n’ont rien de ténébreux. Tenez, ceux du chant de l’Exultet chanté lors de la nuit de Pâques : 
«Bienheureuse faute de l’homme, qui valut au monde en détresse le seul Sauveur! Voici la longue marche vers la terre de liberté! Ta lumière éclaire la route. Voici maintenant la Victoire, voici la liberté pour tous les peuples. Le Christ ressuscité triomphe de la mort. Ô nuit qui nous rend la lumière. Qu’éclate dans le ciel la joie des anges! Qu’éclate de partout la joie du monde! La lumière éclaire la terre, peuples, chantez! Demain se lèvera l’aube nouvelle d’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils! Et que règnent la Paix, la Justice et l’Amour!». 
Le fait du péché originel devient heureux! Drôle de retournement des choses.


Cela dit, en ce monde, la condition humaine demeure. Notre exil aussi, qui ne se terminera qu’à la fin du temps. 
L'espoir reste là. L'homme autiste dont je parlais plus haut et qui s'était fait prendre dans une affaire de pédophilie, eh bien, cette personne  s'est impliquée dans une démarche de réhabilitation et, aux dernières nouvelles, il chemine positivement.


SOURCES DES PHOTOS: WIKIPÉDIA, SITES COMMERCIAUX ET RELIGIEUX

mardi 2 juillet 2019

MOTS D'ÉTÉ 2019

Calendrier Été 2019

Le nouveau numéro du magazine musical Trémolo présente un dossier «Ce que la musique doit aux autistes». De quoi alimenter ceux qui croient à un complot d'autistes afin de prendre le contrôle du monde, à l'exemple de l'extraordinaire Greta Thunberg!
Dans ce numéro, des articles me citent et on présente aussi une entrevue avec moi. Je remercie Emmanuelle Bordon, créatrice et directrice de Trémolo, pour son accueil et son magnifique travail! Je la félicite aussi pour son courage, car ce n'est pas un mince défi que de se lancer dans la publication d'une nouvelle revue.
À noter que Trémolo est un magazine électronique, donc sans version papier. Pour vous informer:  https://tremolo-mag.com/
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Des mots d'été 2019

Comme tous les ans, je ne publie qu'un seul article pour les mois de juillet et août. Ce sont les vacances: je vous souhaite un bel été!

Mon Paris 2019. 
Du brut et de la gentillesse.


1. Des Champs-Élysées
2. Billets de métro
3. Complaintes
4. Donald Trump est-il le Président de la France??!
5. La Cathédrale blessée

Des Champs-Élysées
Avec l'unique Sofia Paz, militante pour l'autisme
Du 13 au 20 mars dernier, j’étais à Paris pour le Salon du livre. Ce court séjour a ressemblé à celui que j’avais fait en 2014 dans la même ville et pour le même événement. J’ai résidé au même hôtel, le Lutèce Hôtel où j’ai été aussi bien accueilli – ce petit hôtel est à quelques coins de rues du Salon; il est simple, bien entretenu, avec un personnel super gentil et, atout majeur pour moi, il est calme et situé sur une rue calme dans un quartier calme! Que demander de plus? Je ne demandais tout de même dans quel état serait Paris car depuis, il y a eu des attentats terroristes (notamment ceux de Charlie Hebdo et du Bataclan en janvier et novembre 2015). 
40 000 personnes et les médias en ont à peine parlé...
De plus, la crise des Gilets jaunes était à son comble : j’étais à Paris lors des émeutes du 16 mars, celles où le célèbre restaurant Fouquet’s a été vandalisé et incendié sur l’avenue des Champs-Élysées. Les médias ne parlaient que de ça, ou presque. Pourtant, ce même 16 mars s’était aussi tenue à Paris une grande marche pour le climat qui a réuni pas moins de 40 000 personnes dans le calme. Mais cette grande marche n’a pas fait le poids médiatiquement face aux quelques dizaines de têtes chaudes qui ont causé du saccage. Je pense que ce traitement journalistique serait le même au Québec. Et c’est une très mauvaise chose. Car quel groupe a gagné en fait de temps-médias? Quel groupe a le mieux réussi à se faire entendre? Quel groupe est parvenu à soutirer du gouvernement des politiques en sa faveur d’une manière quasi immédiate? Celui qui a usé de violence. Alors la question se pose : faut-il recourir à la violence pour être entendu? À mon avis, les médias auraient dû beaucoup plus parler de la marche pour le climat qui, encore une fois, a réuni 40 000 personnes, et l’État aurait dû annoncer de nouvelles mesures pour l’environnement. De cette manière, le message aurait été reçu qu’il vaut mieux de manifester pacifiquement pour obtenir des gains, plutôt que d’opter pour le saccage. 
Musée de la vie romantique, Paris: la maison de George Sand.
Pour ma part, je ne suis pas allé à la marche pour le climat et je n’ai pas eu l’inconscience d’aller jeter un coup d’œil sur les Champs-Élysées ce jour-là! Le mardi suivant, j’ai profité d’une journée libre à la veille de mon retour pour me promener dans Paris. Je suis allé visiter le Musée de vie romantique et le Petit Palais – ce dernier est situé à l’entrée des Champs-Élysées; je ne suis pas allé me rincer l’œil des dégâts causés, mais il y avait une manifestation de syndicats sur l’avenue. Vous devinez qu’il y avait aussi une forte présence policière ici et là… 

Billets de métro
Non loin de Paris, lors d'un souper chez Claude Abromont
À mon retour, on m’a demandé «Et les Parisiens?!», comme à chaque fois que je reviens de Paris, une petite question qui sous-entend presque toujours un préjugé à l’égard des habitants de cette ville. Alors, il me fait plaisir de dire qu’encore une fois, oui encore une fois, je n’ai rencontré à Paris que des gens aimables et gentils. Je le redis pour qui aurait des doutes: je n’ai rencontré à Paris que des gens aimables et gentils. Oui oui. Tenez. Il me restait des billets de métro de mon séjour précédent. Ces billets avaient donc cinq ans. Étaient-ils encore valides? Je tente d’en passer un premier dans une station. Entrée refusée. Je vais donc voir le contrôleur dans sa cabine, et je lui explique. Gentiment, il me dit que les billets sont toujours valides mais qu’ils se sont juste démagnétisés avec le temps. Il me donne aussitôt un nouveau billet en précisant que je dois procéder ainsi à chaque fois, car il ne pouvait me changer six billets d’un coup. Eh bien, ce fut ainsi chaque fois. En une occasion, c’était un drôle de monsieur Noir qui m’a répondu avec un merveilleux sourire : «Les billets ont augmenté de 75 centimes depuis! Vous avez bien fait de les conserver, vous avez fait une bonne affaire!», et il a ri en me donnant un nouveau billet, et moi aussi! Un soir, je suis revenu tard d’une visite chez mon ami le musicologue Claude Abromont en banlieue Est. J’ai dû prendre le train RER puis, arrivé au métro, mon billet était encore refusé. Mais là, les guichets de service étaient fermés. Voyant mon trouble, un jeune homme m’a demandé s’il pouvait m’aider – incroyable non?! Puis il a osé : «Passez en même temps que moi!». Ce n’était pas vraiment légal, J'en suis un peu honteux, mais bon j’étais mal pris et je l’ai suivi – j’ai conservé mon billet défectueux au cas où j’aurais été contrôlé. 
https://www.helene-traiteur.com/
Ce n’est pas tout! Il m’est arrivé quelques fois de demander un renseignement à quelqu’un sur la rue; toujours, on m’a toujours répondu avec gentillesse, et des fois avec un «Oh! Mais vous êtes Canadien! Quel bel accent!». Et encore! Je ne fréquente pas les restos huppés, cela ne m’attire pas. Alors, j’ai repéré les petits restos près de mon hôtel. Et j’ai trouvé celui tenu par Hélène et Sotirios, un couple d’origine grecque, le Traiteur Hélène, qui sert des plats typiques, dont plusieurs végétariens. Tout est fait maison et franchement délicieux, à prix très correct. Il n’y a là que trois ou quatre tables; autrement, c’est surtout un comptoir pour plats à emporter. Je m’installe à une petite table, à l’heure nord-américaine, soit 18h30. Le propriétaire me dit qu’habituellement, il n’y a pas de service aux tables à cette heure-là, mais il accepte tout de même que je mange, et il me sert une succulente moussaka, wow! Et puis, nous parlons, nous parlons, nous parlons, je m’informe de la Grèce, il s’informe du Canada. J’y suis donc retourné quelques fois, pour acheter des plats à emporter pour ne pas abuser quand même. Toujours le même accueil bienveillant. Et j’ose à peine vous le confier, j’ai eu droit à quelques desserts gratuits! Ne parlez plus contre les Parisiens! 

Complaintes
Avec Emmanuelle Bordon, de la revue Trémolo
Le samedi, j'ai rencontré Emmanuelle Bordon, de la revue Trémolo, pour une entrevue très agréable: https://tremolo-mag.com/. Le dimanche après-midi après ma séance de dédicaces au Salon, je suis allé rencontrer Olivier Brisson et Julien Bancilhon pour enregistrer une entrevue vidéo qui sera diffusée le samedi d’après lors des Troisièmes rencontres internationales des pratiques brutes autour de la musique, à Paris. Olivier et Julien font un travail remarquable avec des personnes, comme on dit, «neuroatypiques», notamment auprès de la clientèle de l’Hôpital de Jour d'Antony, toujours à Paris. Mais leur vision n’est pas musicothérapeutique. Si l’art peut aussi être thérapeutique, tant mieux, mais leur mission est créative et artistique en premier lieu : donner la parole à ces artistes marginaux sans chercher à la «polir» ou à la formater. Je leur lève mon chapeau, sincèrement. Leur exemple me permet de signaler que, non, la France n’est pas «40 ans en retard sur le Québec», par exemple, en autisme. C’est un mythe. Il y a des défis, en France comme au Québec, mais il se fait vraiment de très belles choses en France. Olivier et Julien m’ont offert quelques disques de «musiques brutes» qu’ils éditent à travers leur maison La Belle brute. http://www.vertpituitelabelle.org/collection-la-belle-brute/ Je vous jure que ces musiques ne passent pas souvent sur les ondes des radios! Ma grande découverte fut celle de Jean-Marie Massou, dont j’ai hérité du CD et de l’album double-vinyle! Je vous laisse découvrir le personnage via ces deux liens : https://www.youtube.com/watch?v=bEQfkna_GcE https://www.lesinrocks.com/2017/10/30/arts/arts/lart-brut-de-jean-marie-massou/ 
Le CD de Jean-Marie Massou
Les paroles de sa Complainte contre la maternité sont données dans le CD. Elles ont de quoi heurter certaines sensibilités, car l’artiste est contre la sexualité et l’enfantement : «Femmes et hommes du monde entier, il est grand temps d’arrêter de procréer complètement (…). Vous êtes trop jolies, même à partir de 30 ans, alors je vous en supplie ne retournez jamais à la maternité (…). Vaut mieux, si vous voulez faire l’amour, vous prenez des petites voitures dans vos bras. La plus jolie, c’est la Fiat Panda. Vaut mieux que vous preniez une petite voiture dans votre propre lit que vous mettiez sur votre propre figure, que vous cajolerez tant que vous voudrez. C’est plus propre qu’un amant qui voudra voir subir la salissure des accouchées…». Ayoye! Après l’entrevue, Julien, Julie et Olivier m’ont conduit à l’arrêt de tramway menant à mon hôtel – un long trajet commenté en auto à travers Paris. J’ai vu deux manifestations, décidément : une d’Africains pour je ne sais quoi, et une autre contre le régime en Syrie. Mais tout était calme dans le quartier où je résidais. On y entendait même quelques oiseaux.

Donald Trump est-il le président 
de la France???
Source: Reuters, 6 mai 2019
Nos politiciens parlent beaucoup de climat..., mais ils n'agissent pas ou, quand ils agissent, ils prennent souvent des décisions qui aggravent la situation. Mais le défi climatique n'est qu'un des enjeux environnementaux actuels. Un autre est la protection de la biodiversité, et cet enjeu est au moins aussi important. Là encore, nos politiciens nous servent un discours mais agissent à l'inverse. Tout État devrait aujourd'hui posséder une loi cadre qui priorise la lutte contre les bouleversements climatiques ET la protection de la biodiversité dans toutes ses décisions, y compris par rapport à l'économie - il faut être aveugle pour ne pas voir que le système économique dont nous sommes captifs et esclaves est la cause première de la dégradation écologique de la planète. 
Mais voilà, il semble que pour le gouvernement français «trop de biodiversité nuit à l'économie». En conséquence, «Alors que l’alarme sur l’effondrement du vivant n’a jamais été aussi forte, le gouvernement  veut priver le Conseil national de protection de la nature de sa capacité à protéger les espèces menacées (...). Le Conseil national de protection de la nature (CNPN) est en train de perdre son droit de regard sur les demandes de dérogation à la protection des espèces protégées» (https://www.mediapart.fr/journal/france/050519/pour-le-gouvernement-trop-de-biodiversite-nuit-la-croissance?onglet=full). Or pour rappel, «On note de 80 % à 90 % de déclin des populations d'Oiseaux en France depuis le milieu des années 1990 (...)». Les populations d'insectes et d'amphibiens se sont effondrées dans la même proportion.
https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html
https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/alerte-mondiale-sur-la-biodiversit%c3%a9/ar-AAAYk3t?li=AAgh0dy
Alors, où ça «trop de biodiversité»?! Coudon, amiEs de France, qui donc dirige votre pays? Donald Trump?! 
À mes yeux, de telles décisions constituent des crimes contre la planète - le Québec et le Canada ne font guère mieux. Et malheureusement, cela me renforce dans le fait que le scénario du pire est inévitable. Les changements nécessaires ne viennent tout simplement pas.
Alors, amis et amies de France: vous avez un pays magnifique, extraordinaire, unique! Aimez-le autant que vous le pouvez! 

La Cathédrale blessée
Croix et autel intacts sous les décombres. Un miracle. Photo de Philippe Wojazer, AFP
Je n'étais pas à Paris quand est survenu l'incendie de la Cathédrale Notre-Dame, le 15 avril dernier. Successivement, j'ai été choqué, puis un peu rassuré  - car je m'attendais à ce que les dégâts soient bien pires, émerveillé par la solidarité et les dons, fâché de la petite mesquinerie de certaines personnes - comme cette syndicaliste qui a éructé des insultes racistes contre les Blancs (le seul racisme qui semble correct) en disant se «foutre de l'histoire de France», super édifiant. C'est une évidence à mes yeux que Notre-Dame doit être restaurée rapidement: je ne vois aucune raison rationnelle en faveur d'un autre choix. Notre-Dame est le centre de Paris, son bâtiment les plus visité et un lieu très vivant sur le plan spirituel: 30 000 personnes par jour et 50 000 lors de certains pèlerinages, 13 millions de visiteurs et 2000 messes par an. Sans parler des concerts et autres événements. La question de restaurer ou non ne se pose même pas.
Il y aura cependant des discussions pour savoir comment restaurer. Si je peux me permettre de donner mon opinion, j'opterais pour une restauration à l'identique... ou à peu près. Comme la charpente complexe de bois de la voûte n'était pas apparente, j'y irais pour un matériau à l'épreuve du feu. Même chose pour la flèche: quelque chose de médiéval et proche de celle qui existait, mais en des matériaux non inflammables, ce qui lui donnerait une touche contemporaine. Certains ont suggéré une voûte en verre. Outre que le poids d'une telle structure risquerait d'être trop lourd, la lumière diffusée à l'intérieur de la Cathédrale viendrait interférer et réduire la poésie des vitraux et des grandes rosaces. De toute façon, comme il s'agit d'un lieu classé jusque par l'UNESCO dans son Patrimoine mondial, il ne doit pas y avoir beaucoup de marge pour faire une restauration fantaisiste.
https://fr.unesco.org/news/incendie-cathedrale-notre-dame-paris-lunesco-se-tient-aux-cotes-france-sauvegarder-rehabiliter

Source des photos: collection personnelle et sites commerciaux.