SOMMAIRE DU MOIS DE MAI 2013
Babillard
Nouvelles du monde autiste : «Nous avons tout faux».
Daniel Darc (1959-2013) : le chanteur qui aimait [trop] le noir
Autres nouvelles du monde autiste : Salutations et solidarité
Le Pape François et les esclaves modernes
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BABILLARD
En mai, pas de conférences, mais je poursuis une collaboration amorcée en septembre 2012 avec La clé des champs, réseau d’entraide pour personnes avec troubles anxieux :
… et j’entreprends une nouvelle collaboration, cette fois avec l’organisme AlterGo
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L’autisme n’est en rien un «problème de santé publique» :
Il en est un d’accueil.
J’ai rencontré une dame lors d’une de mes récentes conférences. Mère d’un ado autiste, elle avait écrit un livre «noir» sur l’autisme il y a quelques années. Sa vision a évolué depuis et, après ma conférence, elle est venue me dire ceci : «Le problème, c’est que nous, Neurotypiques, avons tout faux par rapport à l’autisme». Je n’aurais pas osé dire cela moi-même, mais je pense que c’est vrai : toute cette panique à la seule mention du mot autisme, ce dépistage de plus en plus précoce (on vise maintenant diagnostiquer vers 2 ans!), ces dérapages idéologiques en faveur d’avortement sélectif des enfants autistes par «prévention», ces multiples «pédagogies» aux résultats aléatoires, ces innombrables «traitements» aux résultats plus que douteux, ces recherches subventionnées qui ne mènent souvent qu’à des mirages, cet acharnement à noircir le portrait au point de nous faire passer comme des invalides complets, etc., oui, c’est tout faux.
Mon interlocutrice ajouta : «C’est à vous d’abord, Autistes adultes, qu’il faudrait faire appel pour guider les jeunes Autistes». Combien y a-t-il d’Autistes employés par les nombreux organismes en autisme – ces organismes qui souvent sont les premiers à déplorer le haut taux de chômage des Autistes?! Le nombre tend malheureusement vers le Zéro absolu. Comment se fait-il qu’il y ait des personnes trisomiques salariées dans les organismes pour la trisomie, que les organismes pour aveugles soient essentiellement l’affaire de personnes aveugles, etc., et que les Autistes, eux, soient tenus à l’écart des organismes relatifs à leur condition? J’attends vos suggestions de réponses à cette énigme.
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DANIEL DARC (1959-2013) :
L’HOMME QUI AIMAIT [TROP] LE NOIR
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| Source: http://www.rfimusique.com/actu-musique/chanson/album/ 20111110-daniel-darc-drames-miracles |
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| Source: Amazon.fr |
Daniel Darc est né Daniel Rozoum dans une famille juive, originaire de Russie et de Lituanie. Ses grands-parents ont fui
En entrevue au Monde en 2004, il expliquait : «J'ai voulu être rabbin - il deviendra plutôt anarchiste libertaire avant de se convertir au Protestantisme. Dans les années 1970, je n'écoutais que du rock des années 1950. Le punk a changé tout ça. J'y retrouvais la même excitation, mais la musique était connectée à la réalité». Chez les Punks, beaucoup d'artistes de la scène ont adopté une attitude nihiliste exprimée par la devise des Sex Pistols – le groupe Punk culte : «No Future». [Je sens que vous commencez à vous demander ce que je fais là-dedans ! Mais attendez voir…].
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| Source: Amazon.fr |
En parlant généreusement, Wikipédia dit qu’ensuite «Daniel Darc poursuit une carrière solo», en fait une série d’échecs commerciaux et d’albums confidentiels, et une vie imbibée de multiplies toxicomanies qui passent proches de le laisser mort en plusieurs occasions.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Darc
Produit avec soins et paru en 1994, l’album Nijinsky aurait pu relancer sa carrière. Une tournée de concerts est amorcée, mais la forme physique pour le moins imprévisible du chanteur plombe le projet : le groupe Pure Sins (!) qui l’accompagnait le largue et, lui, complètement intoxiqué se ramasse en prison. Ouf ! [Vous vous demandez vraiment ce que je peux apprécier là ! Attendez encore un peu]
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| Source: Amazon.fr |
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| Source: Wikipédia |
Pauvre petit bonhomme ! Côté consommation, le succès ne lui valait pas mieux que les échecs... Ses obsèques ont eu lieu dans la matinée du jeudi 14 mars au temple protestant de l'Oratoire du Louvre de Paris suivies de l’inhumation en début d’après-midi au cimetière Montmartre. Le journal Le Monde écrit : «Ses chansons résonnaient de la conscience de s'être trop brûlé. Son parlé-chanté à la blancheur fragile possédait la lucidité du survivant, une élégance désespérée nourrie par ce que la vie lui avait donné, pris ou esquinté. "Quand je mourrai, j'irai au paradis / C'est en enfer que j'ai passé ma vie", chantait-il, en 2008, dans l'album Amours suprêmes». http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/28/daniel-darc-retrouve-mort_1840999_3246.html
Comment décrire Crève cœur? Vous pouvez l’écouter en streaming via le lien suivant :
http://grooveshark.com/#!/album/Cr+ve+Coeur/6185818
Une œuvre subtile, «miracle de délicatesse et de mélancolie» (Wikipédia). Avec de la luminosité aussi, voire du sourire ici où là. Lorsque je l’écoute, il m’arrive de trouver que ces chansons sont davantage déclamées, presque parlées, plutôt que véritablement chantées; d’autres fois, c’est leur musicalité qui s’impose à moi. Elles tiennent du chanté-parlé, quelque chose de gracile et fragile, en apparence du moins parce qu’il y a aussi là un je ne sais quoi de tragique, comme un fond de colère tamisée. L’instrumentation n’est jamais envahissante, quelques instruments seulement : la voix en est d’autant mise en valeur. Une utilisation raffinée de l’électro concourt à l’aspect lunaire du tout. La dernière plage consiste en la lecture du Psaume 23, le Psaume du Bon berger, où Darc s’accompagne à l’harmonica. Car en Crève cœur, le Punk désespéré rencontre Dieu, ce qui donne des textes très intéressants, avec des fulgurances de génie. En voici un exemple, celui de Un peu c’est tout, la septième des douze plages du disque :
Parfois je ne sens rien
je perds l’équilibre
et c’est tout
Parfois le matin
je me réveille à genoux
tout bascule en arrière
Quelques larmes de verre se brisent
Le dégoût me paralyse
un peu c’est tout
Parfois je me sens bien
au fond de mon corps
des va-et-vient
j’ai mal mais c’est bien
Lentement je joins les deux mains
espérant à peu près tout
pourtant rien ne vient
Un peu de vide et puis c’est tout
Les garçons verts
Les gestes bleus
Je chuchotte quelques mots :
«Pardonnez nos enfances
Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont enfantés»
… la dernière phrase étant une variation vertigineuse sur le Notre Père : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés». Superbe! C’est donc une rencontre magique entre Darc et Lo qui est proposée ici et dont jamais, tout au long du disque, ne fléchit la beauté.
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| Source: Amazon.fr |
Oui, pauvre petit bonhomme qui dit avoir vécu en enfer. En effet, mais pas l’enfer d’un désastre naturel ou celui d’un camp de réfugiés de guerre dans le désert : celui choisi par soi-même de l’alcool et de la drogue, d’une forme d’autodestruction finalement. Quant à moi, je ne crois pas du tout aux «vertus» de l’alcool et des drogues pour «stimuler» la créativité : un artiste authentique n’a besoin de rien de cela et, s’il en consomme néanmoins, il crée par son seul talent, habituellement contre le fait de s’intoxiquer. Pour ce qui est de la folie, qu’écrivais-je dans Musique autiste?
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| Obsèques de Daniel Darc. Source: Le figaro http://www.lefigaro.fr/musique/2013/03/14/03006-20130314ARTFIG00553- daniel-darc-son-ultime-hommage.php?cmtpage=0 |
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MOT DE SALUTATIONS ET DE SOLIDARITÉ POUR SUZANNE BAZINET
Récemment, une dame, Suzanne Bazinet, m'a demandé de participer à un évènement public pour l'autisme en Outaouais. À cause de mon horaire, je n'ai pu y être. Mais elle m'a invité à écrire un court texte qui serait lu lors de la soirée bénéfice. J'ai accepté avec plaisir, et je vous partage ce texte:
Ne pouvant être avec vous de corps, je me joins à vous en pensée, en vous offrant mes salutations sincères et en espérant que cette soirée remporte un beau et grand succès.
J’ai eu mon diagnostic en novembre 2007, à 47 ans : un diagnostic tardif donc, ce qui n’est pas rare du tout pour les autistes nés, comme moi, dans les années 1960. En 2011, j’ai choisi de faire un coming out avec la parution de mon essai-témoignage Musique autiste, un livre publié aux Éditions Triptyque de Montréal. Je jugeais important de le faire.
Car, oui, j’ai le syndrome d’Asperger. Non. Je recommence : je suis Asperger. Je suis autiste de type Asperger. Cela fait partie de moi. Cela ne me limite pas, mais c’est ma manière naturelle d’être. Pour moi, c’est spontané. Je ne fais aucun effort; je ne cherche pas du tout à avoir l’air original; je n’en ai aucun regret; je ne désire changer de place avec personne et je ne crois pas que l’herbe est vraiment plus verte chez le voisin. Mes chers voisins! Si vous saviez : de pauvres non-autistes… Que la vie est difficile pour eux!
Vivre Asperger est mon quotidien depuis ma naissance il y a 52 ans. Vivre ainsi peut vous sembler déroutant mais, pour moi, c’est banal : je me réveille Asperger, je mange Asperger, je donne des cours Asperger, je dors Asperger, je rêve Asperger, j’ai des joies Asperger, je ris Asperger, je m’émerveille Asperger, etc. Et c’est très bien ainsi.
Une chanson dit : «On a mis quelqu’un au monde, faudrait peut-être l’écouter»… Je rencontre de nombreuses personnes autistes, je reçois des courriels de témoignages. Je peux vraiment dire qu’il y a chez elles un grand potentiel, une belle énergie, une créativité qui ne demande qu’à s’exprimer; et bien des personnes autistes finissent par réussir à l’exprimer, en sciences, en arts, dans des métiers divers, comme parents, etc. Mais cela se fait à notre rythme (souvent plus lent et imprévisible), et avec nos manières déconcertantes comme, par exemple, de ne pas trop regarder dans les yeux quelqu’un qui nous parle…
Même si notre différence peut déranger - bien des personnes autistes ont subi de l’intimidation à l’école, cette différence ne doit pas devenir une montagne : il y a en elle beaucoup de richesse. Il est important que, vous, personne autiste, ou vous encore parents, le sachiez.
Mais il y a aussi un danger à trop s’attarder : celui d’être identifié et réduit à l’autisme, celui aussi de m’y identifier, de m’y réduire moi-même. Car nous, autistes, sommes d’abord des personnes, tout comme vous. Et je me dis: «Tu es autiste, mais ce n’est qu’un aspect de toi. Tu n’es pas un malade, encore moins une maladie : tu es une personne. Ne l’oublie jamais. Et rappelle-le à qui l’oublierait».
Autrement, il reste toujours une belle part de mystère dans une personne, dans ce qu’elle offre, dans son cheminement en cette vie.
Et il est bien qu’il en soit ainsi.
Avec toutes mes amitiés complices et solidaires. Bonne soirée à vous tous et toutes!
Antoine Ouellette
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| Source: http://www.lanouvellerepublique.fr |














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