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mercredi 1 avril 2026

EN FRANÇAIS!

En français, ce n'est pas si difficile!

1. Une langue internationale, mais si difficile?

2. Difficile : plus on le dit, plus ce le sera.
3. Déficit de motivation
4. «Une mer anglophone» : Faux
5. Jeux de l’esprit
6. Difficile pour de mauvaises raisons
 

Paysage de France: un champ de lavande
en Provence.

Me croirez-vous? Presque tous les titres de mes compositions sont en français! Il y a quelques exceptions pour des titres en «italo-latin musical» comme, par exemple: Missa feminina, Sonata Angelica ou Credo. Est-ce que cela pourrait affecter négativement la diffusion de mes œuvres? Je ne le sais pas. Mais j'observe que d'autres compositeurs de musique classique contemporaine utilisent l'anglais même s'ils ne sont pas anglophones. J'observe aussi que des musiciens qui font ce que je pourrais appeler de la «musique semi-classique» recourent souvent aux titres anglais, à nouveau même lorsqu'ils ne sont pas anglophone. Un petit diable me susurre à l'oreille que je rate peut-être quelque chose.

Je n'ai rien contre l'anglais, ni contre telle ou telle langue. Les langues sont des outils extraordinaires de communication. Mais ma langue est le français. Je trouve que le français n'est pas considéré à sa juste valeur, pas même ici au Québec. 

Je ne suis pourtant pas un «ayatollah de la langue»! Je tolère sans problème une certaine marge d’erreur pour autrui et pour moi. Mais j’avoue mon agacement d'entendre dire qu'apprendre et écrire le français, c'est «difficile»! Je ne parle pas ici d’étrangers qui désirent apprendre le français, mais des Québécois et des Québécoises dont le français est la langue maternelle. Des gens qui ont été scolarisés en français pendant plusieurs années! Je me demande si les Hongrois, les Lithuaniens ou les Laotiens ont de tels complexes face à leur langue. On dirait que de plus en plus de Québécois sont mal-à-l’aise d’utiliser cette langue qu’ils semblent percevoir comme un dialecte régional. 

Impératif français | Ensemble, on va plus loin (imperatif-francais.org)

J’ai malheureusement souvent assisté à des scènes où un Québécois «de souche» s’adresse, par réflexe, en anglais à toute personne qui ne lui semble pas être «de souche». J’ai même vu un «de souche» s’obstiner à parler en anglais à un Québécois d’origine vietnamienne parlant parfaitement français et ne connaissant pas un mot d’anglais! Quel message envoyons-nous à faire ainsi? «Le français est le petit dialecte des «de souche». La vraie langue commune est l’anglais». Or non, au Québec, c’est bel et bien le français. De par la loi, le Québec est un État francophone. Sans surprise, le français subit un certain déclin au Québec, sans parler du reste du Canada – le gouvernement fédéral exerce souvent une francophobie passive…
https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/812533/chronique-francophobie-passive?

Les Hongrois, les Lithuaniens, les Laotiens font-ils preuve d’aussi peu de fierté face à leur langue?

 

Une langue internationale, mais si difficile?


Le Château Frontenac à Québec.
Le Québec est un État officiellement
français, et la langue comme est sensé
y être le français...


Alors, je débute en donnant des faits bruts pour deux questions.

Le français est-il une langue locale ou internationale? Voyez :

 * En 2023, le français est parlé sur tous les continents par environ 321 millions de personnes: 235 millions l'emploient quotidiennement et 81 millions en sont des locuteurs natifs.

* En 2018, 80 millions d'élèves et étudiants s'instruisent en français dans le monde.
Selon l'Organisation internationale de la francophonie, il pourrait y avoir 700 millions de francophones sur Terre en 2050.
* Le français est la cinquième langue parlée au monde après le mandarin, l'espagnol, l'anglais et l'hindi.
* Le français est la deuxième langue apprise sur le globe et la troisième langue des affaires et du commerce.
* Le français se classe deuxième parmi les langues étrangères les plus fréquemment enseignées à travers le monde.
* Le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet après l'espagnol, le mandarin et l'anglais, langue dont le vocabulaire a été fortement enrichi par le français.  
* Dans le monde, 27 États ont le français comme langue officielle. 

Donc : oui, le français est une langue internationale.

Le français est-il une langue difficile?

Cette fois, la réponse est plus nuancée.

D’une part, selon l’UNESCO, le français est la dixième langue la plus difficile à maîtriser. Le classement va ainsi :

1. Chinois mandarin

2. Grec
3. Arabe 
4. Islandais 
5. Japonais 
6. Finnois
7. Allemand 
8. Danois 
9. Norvégien
10. Français 

Si vous trouvez le français difficile,
essayez le mandarin pour voir... 
Manuscrit du XVIIIe siècle.


Les critères de ce classement sont toutefois théoriques. Ils portent sur la structure de la langue et sur ses particularités. Mais les choses changent lorsque le critère devient la difficulté d’apprendre concrètement une langue. Ainsi, selon Global Lingua, les dix langues les plus difficiles à apprendre sont :

1. Gaélique écossais

2. Hongrois
3. Danois
4. Japonais
5. Finnois
6. Islandais
7. Thaï
8. Grec
9. Arabe
10. Chinois mandarin

Six langues sont communes aux deux listes : danois, japonais, finnois, islandais, grec, arabe et mandarin. Mais le français ne figure plus dans cette deuxième liste. Cela signifie que, dans la pratique, le français est plus facile à apprendre qu’il n’en a l’air. Cela signifie aussi que le français est plutôt simple dans ses principes généraux, mais subtil dans ses détails. L’art est d’apprendre ces nombreuses subtilités!

Les Hongrois parviennent pourtant à apprendre leur langue (qui n’est parlée que dans leur pays).

Quelle est la langue la plus facile au monde? Non, ce n’est pas l’anglais, même pas le «basic English» baragouiné de par le monde. La langue la plus facile serait le swahili, une langue africaine!

 

Difficile : plus on le dit, plus ce le sera.

Apprendre le français semble devenu
comparable à une pénible escalade!
Gravure de Gustave Doré, 1865


Mais ces temps-ci, tout semble TRÈS DIFFICILE en français. Ma génération était-elle si géniale d'avoir appris à écrire le français avec peu ou pas de fautes?! Comment en est-on arrivé à ce que les écoles fabriquent tant d'«analphabètes éduqués», y compris de niveau universitaire?! Comment un système éducatif peut-il justifier que tant de gens suivent 10, 15 voire 20 ans de scolarité sans arriver à bien écrire le français?

Que proposent des «spécialistes» en réponse aux gémissements d’élèves? Ils commencent par accuser le français d’être une langue «élitiste» - ce qui est complètement faux : au Québec, le français est une langue populaire depuis l’époque de la Nouvelle-France! Ensuite, ils proposent leur version personnelle de la «simplification» de l’orthographe et de la grammaire. Certains proposent d'éliminer les doubles consonnes, comme le n de consonne, et donc d'écrire «consone». B'en oui, en français, c'est «difisil». Pourtant, personne ne gémit lorsqu'il y a la même chose en anglais: full ou dull, par exemple - en passant, malgré la seule différence de la première lettre, le «ull» de ces deux mots ne se prononce pas de la même manière. Mais c'est de l'anglais, donc c'est «fasil».

En français, il faut éliminer les «ph». Il semble qu'il était TRÈS IMPORTANT d'écrire «nénufar» au lieu de «nénuphar» - mot que, comme vous le savez, nous employons tous les jours. Les «ph», c'est «difisil» en français. Pourtant, comment les anglos écrivent-ils ce mot? «Nenuphar». En français, il faudrait «éléfant» (et pourquoi pas «éléfan»?); pourtant, en anglais, c'est «elephant» et c'est bien plus «fasil»! Pouvez-vous me dire la différence?!?! Faudrait-il écrit «filozofi» pour faire plus «fasil»? Pourquoi alors est-ce «philosophy» en anglais? Les anglophones sont-ils plus intelligents que nous?

Parvenir à bien écrire le mot «éléphant»
est un exploit surhumain en français!
Mais écrire «elephant» en anglais est tellement facile!


Tant qu’à y être, certains revendiquent de pouvoir «écrire au son», sur la base qu’avant la fondation de l’Académie française au XVIIe siècle, les divers auteurs écrivaient au son. La belle affaire! Ce n’était pas plus simple. Chaque mot pouvait s’écrire d’une multitude de manières et, souvent, on les truffait des lettres fantaisistes. Je vous suggère l’expérience de lire du français médiéval – je vous souhaite bonne chance à l’avance! Comment écrire au son «Ils ont deux ans»? «Il zon deu zan»?! Le français ne peut pas s’écrire au son – l’anglais non plus, soit dit en passant. D’ailleurs, plusieurs particularités du français écrit sont des conséquences du français parlé. Par exemple, plusieurs noms communs se prononcent de la même manière au singulier et au pluriel; à l’écrit, il fallait modifier la graphie pour signifier le pluriel.

Plus on répète que quelque chose est difficile à apprendre, plus la chose sera effectivement difficile à apprendre. Cela vaut pour l’apprentissage de n’importe quoi. Taper sans cesse sur le clou du «C’est difficile» rend l’apprenant mal-à-l’aise. Cela crée des tensions, de la raideur psychologique et jusque des blocages de longue durée. Au final, une telle attitude est complètement contre-productive. Imagine-t-on une professeure de piano répéter à satiété au petit enfant de 7 ans à qui elle enseigne que «Tu sais, le piano, c’est très difficile, vraiment très difficile»? De même, enseigner les exceptions avant que la règle générale ne soit assimilée est une très mauvaise pédagogie. Imagine-t-on la même professeure donner comme premier morceau à l’enfant une Sonate de Beethoven?! Tout domaine d’apprentissage exige du temps, du travail, de la patience et de la persévérance. Mais si la méthode pédagogique est valable, on y arrive – on sait bien écrire le français après quelques années d’étude. Si plusieurs élèves n’y arrivent pas, ce n’est pas la langue qui est fautive : ce sont les méthodes qui sont défectueuses, ou alors des éléments contextuels divers qui sont défavorables, ou encore des problèmes de santé (dyslexie et autres) qui entravent la progression.

 

Déficit de motivation

J’ai devant moi une grammaire française (langue «difficile») et une grammaire espagnole (langue «facile»). Les deux ont pourtant à peu près le même nombre de pages. J’ai aussi devant moi un livre de conjugaison pour le français et un pour l’espagnol : le premier devrait être beaucoup plus volumineux que le second (la conjugaison française est plus irrégulière que l'espagnole) et pourtant non, eux aussi ont à peu près le même nombre de pages. C’est bien pour dire…

«Mais en français, il y a le participe passé d’avoir!». Je consulte ma Grammaire. La règle est plutôt simple : «Le participe passé conjugué avec avoir s’accorde en genre et en nombre avec son complément d’objet direct s’il en est précédé». Par exemple : J’ai acheté des fleurs / Les fleurs que j’ai achetées. D’accord, il y a cinq pages de règles particulières dans ma Grammaire. Mais franchement, bon nombre de ces cas particuliers concernent des tournures de phrases rares, voire très littéraires.

Quant aux mots et à leur orthographe, eh bien, on les apprend, tout simplement! Si je désire apprendre telle langue, je l'apprends. Je l'apprends telle qu'elle est. 

Pascal Zesiger, psycholinguiste à l’Université de Genève, affirme que, pour les enfants, il n’y a aucune langue qui soit plus difficile qu’une autre. Entre 18 et 24 mois, l’enfant apprend 8 à 10 mots nouveaux par jour, si bien qu’à 4 ans l’enfant maîtrise les bases de la langue, quelle que soit cette langue. À partir de l’âge de 7 ans, l’apprentissage de la langue est d’abord et avant tout une question de motivation : si la motivation n’y est pas, ce sera difficile.

Il se peut donc que plusieurs de nos élèves québécois ne soient pas très motivés à apprendre le français. Il faut se demander pourquoi.  

 

Une «mer d’anglophones». Faux.

Contrairement au mythe de la «mer anglophone»,
les langues latines sont bien représentées
en Amérique du Nord, et elles dominent largement
les Amériques (vue de Mexico)


Nous justifions avec l’argument voulant que «Nous sommes une petite minorité dans un océan anglophone». C’est une demi-vérité. On oublie fréquemment le fait qu’il y a non pas deux mais bien trois pays sur le continent nord-américain : le Canada, les États-Unis et, oui, le Mexique. Or, le Mexique compte quelques 127 millions d’habitants qui parlent espagnol. Donc, en Amérique du Nord, les langues latines sont bien présentes. Au niveau des Amériques, les langues latines prédominent largement sur l’anglais, et le français lui-même est bien implanté dans les Antilles. L’espagnol est la deuxième langue la plus parlée au monde, après le mandarin. 
L’espagnol se répandant de plus en plus aux États-Unis, 29 États américains se sont senti la nécessité de déclarer l’anglais comme étant leur langue officielle et de le protéger par des lois. En fait, 50 États des États-Unis ont des lois protégeant l’anglais! Curieusement, des gens sont fâchés que le Québec ait une telle loi pour protéger le français. Même l’ambassadeur des États-Unis au Canada s'est permis de faire la morale au Québec pour sa loi protégeant sa langue! Ce qui vaut pour l’anglais aux États-Unis ne vaudrait donc pas pour le français au Québec, le seul État officiellement francophone sur le continent! Curieuse logique…
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/usa_3pol-etats.htm
 

Jeux de l’esprit

Le français a été une langue de littérature
avant même d'avoir été codifié pour l'écrit!
Par exemple, La Chanson de Roland, écrite
dès la fin du XIe siècle. Miniature inspirée
de cette œuvre épique qui compte
pas moins de 4000 vers! 

La langue espagnole a bénéficié d’un extraordinaire concours de circonstances qui lui a donné d’être plus régulière et simple dans son orthographe et dans sa grammaire. Au début du Xe siècle, dans les monastères bénédictins de San Millán de la Cogolla et de Santo Domingo de Silos, des moines de génie ont codifié l’espagnol d’une manière exemplaire – il faut le dire : plusieurs langues, incluant des langues amérindiennes, ont été mises par écrit par des religieux chrétiens, un apport culturel capital.
https://www.telemartin.tv/origines-espagnol/

Or, ce travail a été réalisé avant même que l’espagnol ne devienne une langue de littérature : les premières traces de littérature en espagnol datent du XIIe siècle.

C’est dire que lorsque des poètes et des écrivains voulurent utiliser l’espagnol pour leurs œuvres, ils avaient à leur disposition une codification écrite déjà bien rodée.

Tel ne fut pas le cas pour le français. Très tôt, le français a été une langue littéraire. Très tôt, c’est-à-dire longtemps avant sa codification. Il y a des masses d’exemples, dont… :

Les histoires animalières du
Roman de Renart (XIIe siècle).
Dessin d'Ernest Henri Griset (1869)

* Le poème épique La chanson de Roland. Fin XIe siècle.
* Le cycle romanesque de la Table ronde et du Graal. Entre autres, par Chrétien de Troyes, XIIe siècle.
* Les récits animaliers du Roman de Renart. XIIe siècle.
* Le Roman de la Rose. XIIIe siècle.
* Le satirique Roman de Fauvel. XIVe siècle.
* Les chansons des Trouvères. XIIe et XIIIe siècles.
* Les œuvres du poète Rutebeuf. XIIIe siècle.

À la fin du XIIIe siècle, c’est en français que Marco Polo a dicté les récits de ses voyages.

Le plus ancien poème, de même que le premier texte de loi écrits en français datent du IXe siècle.

La langue n’étant pas encore codifiée, l’orthographe et la grammaire variaient d’un auteur à l’autre. Le mot «auteur» lui-même pouvait s’écrire aucteur, acteur, auteur, autheur.

La première grammaire
du français n'a été publiée
qu'en 1530... par un Anglais!


Les choses ont commencé à changer au XVIe siècle. La première grammaire du français, intitulée Lesclarcissement de la langue francoyse fut publiée en 1530… par John Palsgrave, un Anglais! D’autres livres de même type se succédèrent au cours du XVIe siècle. Le tri devait se faire : tout un chacun ne pouvait pas accoucher de sa propre grammaire...
https://correspo.ccdmd.qc.ca/document/bon-chic-bon-genre-a-la-page/la-grammaire-du-francais-au-xvie-siecle/?action=genpdf&id=18551

C’est donc suite à la création de l’Académie française au XVIIe siècle que le français sera enfin codifié.

On a prêté toutes sortes d’intentions obscures ou malveillantes à cette institution – un relent de complotisme sans doute. Reste qu’il fallait élaguer et normaliser. Même si la grammaire française vous semble compliquée, sachez que c’est à sa simplification qu’a œuvré l’Académie!

Gutenberg, dont l'invention favorise
la normalisation des signes musicaux... 
et de certaines langues, dont le français


Il n’y a pas que l’Académie. Il y a aussi la technologie. En 1450, Johannes Gutenberg invente l’imprimerie ou, plus exactement, la presse mécanique à caractères alphabétiques mobiles métalliques. Cette invention révolutionnaire permet d’imprimerie plusieurs exemplaires identiques d’un écrit. Elle entraîne rapidement la création de maisons d’édition. Mais aussi, à cause du coût et du nombre de caractères mobiles à manier, elle force à la normalisation. L’imprimerie a donc contribué à normaliser des langues, mais pas que des langues : elle a aussi normalisé la notation musicale. À la fin du XVe siècle, il existait une multitude de systèmes de notation écrite de la musique et, du coup, une pléthore de signes musicaux. Plusieurs signes musicaux différents à l’écrit signifiaient pourtant exactement la même chose. Et c’était aussi ainsi dans le français écrit avec des mots qui pouvaient s’écrire de multiples manières. Sur le plan technique, l’imprimerie ne pouvait pas fonctionner avec tant de doublons. Il fallait élaguer et normaliser. Ce sera fait pour la musique et, sans surprise, ce le sera aussi pour le français écrit. Mais il a été conservé une part de son inventivité, dans les mots, les accords, les tournures – part héritée de sa longue tradition littéraire, d’où ces fameuses «exceptions». Ce sont moins des «exceptions» que des mots qui sont comme des êtres en eux-mêmes, chacun avec sa personnalité.

Marc Favreau et son clown Sol:
un virtuose du français!
La codification du français
n'a pas du tout entravé sa
prédisposition à la créativité.


Cette normalisation n’a pas brimé la créativité des écrivains et poètes de langue française, loin de là! Le français était une langue littéraire exceptionnelle avant sa normalisation, et il le restera tout autant après. De mon Québec, je pense à la fantaisie vertigineuse de Marc Favreau avec son personnage du clown clochard Sol, à celle de Réjean Ducharme, etc. ; je pense à nos nombreux mots inventés, les québécisme ou canadianismes – bleuet, traversier, poutine, courriel, coudon, dépanneur, etc.!
https://www.je-parle-quebecois.com/

En France, la virtuosité de Raymond Queneau (1903-1976) est incroyable! Mais ces possibilités infinies proviennent de la langue elle-même. Et il y a le français des Antilles, le français africain, etc. 

Le vocabulaire français semble, lui aussi, infini. Je me demande alors pourquoi tant de gens ici au Québec recourent à des mots anglais alors même que leur équivalent français existe. Comme ce «peak» que j’entends souvent : en français, c’est «pic» et il y a une lettre de moins…

Le français est tout autant une langue d'une
rigueur chirurgicale pour les sciences.
Marie Curie avec Henri Poincaré en 1911.


L’orthographe et la grammaire françaises reflètent la créativité de cette langue. Cela dit, le français est aussi une langue d’une précision exceptionnelle, une précision même chirurgicale, qui en fait une langue majeure de la science : Blaise Pascal, René Descartes, Denis Diderot (idéateur et rédacteur en chef de L’Encyclopédie, œuvre-phare du XVIIIe siècle), Louis Pasteur, Marie Curie, Henri Poincaré (fondateur de la théorie du chaos), l’abbé George Lemaître (créateur de l’idée d’«atome primitif» et d’univers en expansion), les vulcanologue Katia et Maurice Krafft, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, et combien d’autres encore. Si l’anglais a fini par coiffer les autres langues en sciences, il existe toujours de nombreuses revues et publications scientifique en français – voyez ceci :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_revues_scientifiques_francophones

Le français favorise les jeux de l'esprit. Il devrait donc être enseigné par le jeu!


Difficile pour de mauvaises raisons

Le saviez-vous? Pour bien chanter, les oiseaux doivent chanter:
ils doivent entretenir leur voix et leur technique. 
Étude ornithologique, Anonyme, Allemagne, c.1890

Alors, pourquoi le français semble devenu si difficile? Une explication me semble incontournable : le français devient difficile parce qu’on l’utilise moins. Au Québec, bien des gens travaillent au moins en partie en anglais; bien des gens écoutent surtout des chansons en anglais et regardent surtout des téléséries et des films en anglais; bien des gens lisent peu ou pas en français ; bien des gens écrivent peu – encore moins à la main, alors qu’il est su qu’écrire à la main favorise davantage l’intégration des connaissances, etc. 
Une langue rouille de plus en plus quand on l’utilise de moins en moins. Et plus elle est rouillée, moins motivant semble son apprentissage ou son perfectionnement. Au Québec, le français est la langue seconde, voire la troisième langue d'un certain nombre de personnes, ce qui ajoute des défis.

Une langue, y compris une langue maternelle, doit être entretenue. Même les oiseaux doivent chanter pour entretenir leur chant! Cela vaut d’ailleurs pour beaucoup de choses : cessez de pratiquer un sport et vous allez rouiller…

Le français est une langue ludique: la meilleure
manière de l'apprendre et de le parfaire est
de jouer avec!


Cela nous met face à nos contradictions. En 2022, des employés des Francofolies de Montréal, un important festival de la chanson francophone, révélaient devoir travailler… en anglais! L’organisme, grassement subventionné, a répondu que c’est au nom de la «diversité» et de l’«inclusion»! Je ne comprends pas pourquoi l’anglais qui s’impose partout serait davantage inclusif. Je comprends encore moins qu’en un temps où l’on n’a que le mot «diversité» à la bouche, cette prétendue diversité se fait uniquement en anglais... Vive la diversité culturelle… en autant que ce soit uniquement en anglais! C’est le Québec, le Québec français, qui est un facteur de diversité en Amérique du Nord. Alors, si l’on tient tant à la diversité, nous devrions promouvoir le français, quitte à le protéger aussi par des lois fermes. Dans les faits, la diversité culturelle de l’humanité est en baisse, tout comme la biodiversité sur Terre – ces deux pertes sont interreliés.

L’anglais attire aussi (surtout?) à cause du «rêve américain», c’est-à-dire états-unien. Mais franchement, je vois mal en quoi les États-Unis sont enviables présentement (et depuis longtemps en fait). Le rêve n’est qu’un mirage.

Ladite «écriture inclusive» exclut
beaucoup de personnes en leur
compliquant l'accès au monde de l'écrit.
C'est une fausse bonne idée.


Le français n'a pas à être un terrain de guerre pour des groupes divers. Certaines personnes revendiquent une «langue écrite inclusive». Le français offre déjà plus de visibilité au féminin que d'autres langues comme, par exemple l'anglais. Mais il faudrait que ce soit la parité totale. Le français offre déjà toute la souplesse pour féminiser des termes et trouver des tournures inclusives. 

Mais oups! Ceci ne suffit pas car, selon les mêmes «progressistes», il faudrait aussi «dégenrer» le français! Réalise-t-on l'absurdité de demander À LA FOIS plus de féminisation et moins de «genre»?! La solution proposée (que l'on cherche à imposer souvent de manière agressive avec insultes à la clé pour qui contrarie) est une langue écrite malmenée et surchargée de points. Le français a déjà un orthographe et une grammaire imaginatives, il est contreproductif d'en ajouter. 
Pire: cet écrit «inclusif» exclut beaucoup de personnes en leur rendant encore plus problématique l'accès au monde de l'écrit. Les cas de dysphorie du genre se situent sous le 1% (Statistique Canada). L'écriture dite inclusive pose des problèmes aux malvoyants, aux gens ayant de la dyslexie et autres du genre - ces difficultés sont rapportées par de nombreux organismes. Les personnes dyslexiques représentent près de 20% de la population du Québec; les personnes ayant une déficience visuelle sont près de 5%. De plus, 19 % des Québécois sont analphabètes (niveaux -1 et 1 de littératie) et 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture et se situent au niveau 2 de littératie - le niveau 5 de littératie correspondant à une maîtrise élevée de la langue.

Plus la graphie de la langue écrite est lourde, plus ces gens sont exclus du monde de l'écrit et marginalisés. Je ne vis pas ce problème, ni les promoteurs de l'«écriture inclusive», mais je n'oublie pas les personnes, nombreuses, qui le vivent. L'accès à l'écrit, ne serait-ce que comme outil de communication, doit primer. Penser aux personnes dyslexiques et malvoyantes est moins sexy, mais cela concerne bien davantage de personnes. 
Voir notamment: 

Apprendre une langue est comme apprendre n’importe quoi : cela exige du travail, du temps, de la patience, de la persévérance. Ce sont des valeurs qui se raréfient…

Alors, il faudrait retrouver un plaisir fondamental du français : le jeu! Amusons-nous!

Sources des illustrations: Sites commerciaux pour les ouvrages suggérés, Impératif français, Wikipédia (Domaine public et PD-US)