MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 4 juin 2012

Violoncelle et piano: SONATE ROMANESQUE / Partition gratuite!

SONATE ROMANESQUE
Ou : Surmonter la violence et la fragmentation

Je poursuis le cycle de mes trois Sonates pour violoncelle et piano, en vous offrant maintenant la Sonate romanesque. Vous trouverez le matériel via les liens suivants:

Score (violoncelle et piano):

Cinq mouvements enchaînés :
1. Romantique
2. Ondoyant (Solo pour piano)
3. Intérieur
4. Fantasque (Solo pour violoncelle)
5. Avec élan
Durée approximative : 20 minutes
Niveau de difficulté: 7-8/10

N'oubliez tout de même pas que cette pièce est:
(C) Antoine Ouellette, 2011.
Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée).
Si vous désirez une impression de calibre professionnel de la partition, je vous invite à contacter le Centre de musique canadienne à Montréal:
416, rue McGill, Montréal, QC, H2Y 2G1
T: +1 514-866-3477 / F: +1 514-866-0456 / quebec@centremusique.ca

L’édition informatique de la partition des trois Sonates a été rendue possible grâce à une bourse de perfectionnement de l’Université du Québec à Montréal, que je remercie pour son soutien.

Caspar David Friedrich: Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818)
[Source: Wikipédia]

Non seulement la Sonate romanesque est la première de mes Sonates pour violoncelle et piano, mais c’est aussi la pièce la plus ancienne que j’ai conservée à mon catalogue : elle en constitue en quelque sorte le porche d’entrée. Je l’ai terminée en 1979, à l’âge de 18 ans. Mais j’avais composé plusieurs autres pièces auparavant! Au moins une vingtaine, peut-être davantage.

J’avais commencé à composer à 12 ans, soit au moment même où je subissais l’enfer de l’intimidation à l’école (vous pouvez lire les détails dans Musique autiste). J’avais trouvé dans la composition de quoi me créer un jardin secret, une oasis de beauté que je cultivais patiemment en marge de la violence. Dans ce monde imaginaire, personne ne pouvait m’atteindre. Sans lui, je ne sais pas si j’aurais pu survivre. Tout cela a marqué ma musique et constitue une des sources de sa singularité. Elle vient d’un rescapé, de quelqu’un qui n’aurait plus dû être là. Elle est rarement violente, mais la violence lui est ce que la Lune est à la Terre, une sorte de jumelle étrange en orbite autour d’elle et créant des marées.  Car ce refuge n’est pas un paradis rassurant : quelque chose en cette musique porte l’écho des souffrances liées au stress post-traumatique. Elle ne peut traduire un sentiment de confort sans nuage ni de paix parfaite.

J’ai commencé à composer avant d’avoir pris mes premières véritables leçons de musique. Tout ce que je possédais alors était le maigre bagage fourni par les cours de flûte à bec de l’école primaire. Maigre bagage en effet : je ne savais même pas que le piano se note sur deux portées! Vous devinez un peu à quel point ces pièces étaient naïves et maladroites. Tout de même, un trait curieux mais symptomatique s’y exprimait, notamment dans un Trio pour flûte à bec, xylophone et piano: plutôt que de présenter une mélodie de façon continue, je la morcelais en tout petits fragments que je confiais en succession aux trois instruments. Par exemple, cette brève mélodie…


… sera instrumenté ainsi :

Vers mes vingt ans, j’ai encore commencé une pièce pour orchestre utilisant le même morcellement mélodique. Cette technique se retrouve dans la polyphonie médiévale sous le nom amusant de hoquet, ou encore chez Anton Webern à propos de qui les musicologues parlent de pointillisme. Or, au moment où j’ai composé ce Trio, je ne connaissais pas ces musiques : il n’y a donc eu là aucune influence. Cela venait certainement de la tendance de l’esprit autiste à accorder davantage d’attention aux détails qu’à l’ensemble. C’est connu : les autistes s’intéressent d’abord aux détails plutôt qu’aux ensembles. Comme un faisceau laser, leur pensée se concentre en premier lieu sur des points, des «intérêts particuliers» dit-on dans la littérature médicale. Ils laissent le sens émerger progressivement de la lente addition des détails.

«Ce travail se compare au rassemblement des pièces d’un puzzle de mille pièces dont on n’aurait pas le modèle sur la boîte. Au fil du temps, des parties sont assemblées mais l’image globale n’apparaît pas encore. Puis, on finit par avoir suffisamment d’«îles» du puzzle pour reconnaître enfin l’image dans son ensemble et toutes les parties retrouvent enfin leur place» (Voir Tony Attwood : Le syndrome d’Asperger et l’autisme de haut niveau. Paris : Dunod; page. 142).

Mes premières pièces étaient donc, littéralement, des «collections de points».

Constatant ma nouvelle passion, mes parents m’ont offert de suivre de véritables cours de musique. En septembre 1974, j’ai commencé l’étude du piano avec Aline Pigeon qui enseignait en privé chez elle, tout près de chez nous. Madame Pigeon m’a aussi initié à la théorie, au solfège et me donnait des dictées musicales pour former mon audition. Toutefois, même si je pratiquais avec assiduité, c’était toujours la composition qui constituait mon objectif véritable. En fait, je ne désirais pas bien jouer d’un instrument : à travers l’apprentissage du piano puis, deux ans plus tard, du violoncelle, je voulais d’abord mieux comprendre comment la musique était construite afin d’arriver à en composer de la nouvelle, à composer de la musique qui n’existait pas encore. En bon autiste, je ne disais à personne que je composais, pas même à mes professeurs. C’était vraiment mon monde, mon jardin secret. Et il en sera ainsi pendant de nombreuses années. Je composais littéralement en cachette! Ce n’est qu’à la veille de mes trente ans qu’une de mes œuvres sera jouée en public et, à vrai dire, il s’en est fallu de peu pour que cette situation se prolonge bien davantage.

L’apprentissage du violoncelle a été bénéfique : jouer d’un instrument mélodique, c’est maîtriser la continuité, la grande ligne, non seulement de la mélodie mais aussi de la forme. Dès lors, mes compositions sont devenues plus fluides et continues. L’intérêt pour les petits détails demeurera : ils foisonnent dans ma musique, mais mieux intégrés à une grande forme. Lorsque mon style aura mûri, il présentera une sorte de mariage entre des moments directionnels (lignes mélodiques soutenues, montées vers des sommets d’intensité, etc.) et des moments non directionnels (contrepoints et polyrythmes complexes, passages suspendus de contemplation sonore, ce qui donnera l’impression à certains que ma musique est «orientale»).

C’est dans ce contexte que j’ai écrit la Sonate romanesque qui réunissait les deux instruments de mon premier apprentissage musical. Quelques années après le Trio, la Sonate présente des lignes autrement soutenues, comme en témoignent déjà ses premières mesures :

Ou encore le début du troisième mouvement, avec sa mélodie grave, presque de style russe :


Dans sa version de 1979, la Sonate présentait encore de nombreuses maladresses. Je l’ai donc un peu «dégrossie» en 2001, en corrigeant et resserrant certains passages. Il y subsiste, volontairement, ici et là, quelques «accords errants» ou quelques passages menant loin, loin, très loin, comme ces mesures du même troisième mouvement :


En 1979, la Sonate se présentait sous la forme d’un bloc unique subdivisé en trois sections enchaînées, avec une cadence de violoncelle solo faisant le pont entre les deux dernières. En 2001, j’ai conservé cette forme, mais j’ai eu l’idée d’y intégrer du matériel datant d’environ la même époque et que j’avais laissé de côté, pour en faire deux mouvements «solistes» intercalés entre les sections de la version initiale : Ondoyant (pour le piano seul)…


… et Fantasque (pour le violoncelle seul: un scherzo un peu fou qui prolonge la cadence de la version initiale) :


Désormais, la Sonate se présente comme un bloc d’environ 20 minutes, subdivisé en cinq sections, les deuxième et quatrième étant les sections solistiques. Elle occupe une drôle de place dans l’ensemble de mes pièces : elle est le point de départ (Opus 1.1), mais elle fut en réalité un point d’arrivée marqué par la fragmentation surmontée. Son apparent «romantisme» est un leurre : la Sonate n’est pas «romanesque» par nostalgie mais par accomplissement. Je crois que, sous sa forme actuelle, elle ne manque pas d’allure : si elle demeure peu représentative de ce que sera ma musique par la suite, certains interprètes la préféreront peut-être aux deux suivantes. Chose certaine, elle forme un premier chapitre adéquat à ce «journal intime» que constitue l’ensemble des trois Sonates pour violoncelle et piano.

PS. Juste pour vous amuser et vous dérouter un peu plus, je précise un point. Pour «romantique» que paraisse cette Sonate, la musique romantique (19e siècle : Chopin, Liszt, Wagner, Brahms, Verdi, Tchaïkovski, Mahler, etc.) n’est pas du tout ma préférée. En fait, j’en écoute très rarement, et les compositeurs que j’apprécie le plus de ce 19e siècle n’en sont pas les plus typiques, à l’exception de Schumann que j’aime bien (évidemment, c’était un fou lui aussi). Je l’ai écrit précédemment, le romantisme apparent de la Sonate est un leurre.

POUR LA PARTITION DES AUTRES SONATES DU CYCLE:

Prélude aux trois Sonates
Sonate boréale
Sonate liturgique

OU: Voir la page Partitions