MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

jeudi 30 mai 2013

VIOLONCELLE / PARTITION GRATUITE: PSAUME

MISE À JOUR DU 9 JUIN 2013

*** AmiEs Autistes de la grande région montréalaise: surveillez mon site vers la mi-Juin pour un message important concernant un beau projet pilote à votre intention!

Sommaire du mois de Juin :

Récipiendaire de la Reine!
Ajout à L’Esprit envoûteur
Babillard
Psaume, pour violoncelle seul (avec partition gratuite)
Nouvelles du monde autiste : Tout en tendresse

RÉCIPIENDAIRE DE LA REINE!

Avec Justin Trudeau... et ma médaille!
Et voilà: j'ai reçu la Médaille du Jubilé de diamant de la Reine Élizabeth II jeudi dernier, 6 juin, lors d'une cérémonie avec d'autres récipiendaires. La médaille m'a été remise par celui qui me l'a décerné, Monsieur Justin Trudeau, député de Papineau et chef du Parti libéral du Canada. Je me sens vraiment honoré de recevoir cette distinction qui souligne mon travail de musicien et mon implication en faveur des personnes autistes. C'est tout de même la première fois qu'est ainsi souligné mon travail. Car, lit-on dans des documents officiels:
La médaille est attribuée en reconnaissance d’une contribution notable au savoir, à la science ou aux arts. La médaille est attribuée pour l’ensemble de la carrière ou pour une contribution pendant un laps de temps important. Avouez que c'est quand même mieux qu'un char de bêtises...
http://rsc-src.ca/fr/%C3%A0-notre-sujet/our-people/our-priorities/la-m%C3%A9daille-du-jubil%C3%A9-de-diamant-de-la-reine-elizabeth-ii


Après la célébration, mon épouse a pris la photo qui précède auprès de Justin Trudeau. Vous voyez mais vous n'entendez pas. Alors:
- Je suis vraiment fier et heureux que vous m'ayez décerné cette médaille, ai-je dit.
- Et moi, je suis fier de vous la décerner pour votre rayonnement international.
- Venant d'un futur Premier ministre, j'accepte le compliment.
Des amiEs pourraient dire: «Antoine, tu es flagorneur!». Pas du tout, je m'excuse! Tout le monde le sait, Monsieur Trudeau a effectivement de très bonnes chances de devenir Premier ministre du Canada, si Dieu le veut.

Merci aux gens qui m'ont nominé: Chantal Belhumeur,
docteure en psychologie (à gauche) et Robert Giroux,
directeur des Éditions Triptyque qui, absent du pays,
s'est fait représenter par Marie-Hélène Boucher de
Triptyque (à droite)
Pour d'autres amiEs qui seraient choquéEs que j'accepte une Médaille de la Reine, je ne vois pas du tout pourquoi je la refuserais, et puis rien de vous empêche de me décerner vous aussi une belle distinction. Quant à la monarchie canadienne, c'est un état de fait: nous vivons dans un tel régime, et il y a franchement pire, bien pire. Puisqu'il est des gens qui aiment la monarchie, pourquoi pas? Je n'ai rien contre. Même un Québec souverain pourrait demeurer dans le Commonwealth et en régime de monarchie constitutionnelle: il ne perdrait rien à conserver ces liens.


BABILLARD

Dimanche 7 juillet 2013. Je donne une causerie dans le cadre des activités d’inauguration de la nouvelle Bibliothèque du Boisé du réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal. Ce sera à 11h30. La Bibliothèque du Boisé est située au 2727 boulevard Thimens, dans l’arrondissement Saint-Laurent.


PSAUME, POUR VIOLONCELLE SEUL / PARTITION PDF GRATUITE
https://www.dropbox.com/s/6ykn2zubab10mh1/Psaume.pdf?dl=0

Début du Psaume 1, en Hébreu
Il me fait plaisir de vous offrir cette partition en PDF. Mais n'oubliez tout de même pas que cette pièce est:
(C) Antoine Ouellette.
Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée).
Si vous désirez une impression de calibre professionnel de la partition, je vous invite à contacter le Centre de musique canadienne à Montréal:
416, rue McGill, Montréal, QC, H2Y 2G1
T: +1 514-866-3477 / F: +1 514-866-0456 / quebec@centremusique.ca
Après quelques années d’études du piano, j’ai opté pour le violoncelle. Ma sœur Catherine, elle, jouait de la flûte traversière. De septembre 1979 à juin 1983, nous avons formé un duo et joué aux messes du dimanche à notre paroisse Saint-Joseph-de-Bordeaux. Notre répertoire était constitué de musique de l’époque baroque, d’un peu de style classique et du XXe siècle. Pour varier le menu, j’ai composé quelques pièces. L’une de ces pièces est un solo de violoncelle : Psaume. Dans sa forme première, la pièce durait environ 3’20, soit la durée approximative de la communion lors d’une messe.
Début de Psaume (opus 5) (c) Antoine Ouellette SOCAN
Dans la partition à laquelle vous avez accès, elle se terminait après les pizzicatos du début de la deuxième ligne de la page 4. J’en ai moi-même donné la première en novembre 1982, de manière totalement anonyme! Rien n’avait été dit comme quoi il s’agissait d’une de mes compositions. Je l’ai redonnée à quelques reprises, tout aussi anonymement. À mon souvenir, je la jouais fort honorablement.

Le Roi hébreu Salomon et sa cour en Inde. Il est l'auteur de
 plusieurs psaume du Livre des Psaumes de la Bible. Vous
remarquez ici que Salomon n'était pas réputé pour la modestie
de ses goûts et de son train de vie...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Salomon_(Bible)
Comme elle est née dans un contexte liturgique, je lui ai donnée le titre de Psaume, mais ce n’est pas vraiment de la musique sacrée. Par contre, elle emprunte aux 150 Psaumes de la Bible l’irrégularité de sa forme poétique. Originellement écrits en hébreux, les psaumes de la Bible sont des poèmes, mais non rimés et avec des vers de longueur variable. Ma pièce, elle aussi, semble très libre de forme et irrégulière, notamment sur le plan rythmique : elle ne contient d’ailleurs pas de barres de mesure. 

Mais je savais que cette pièce était incomplète. Elle semble débuter en la mineur, mais il y a des excursions vers do mineur, avant la conclusion provisoire revenant en la mineur. Je l’ai laissée de côté quelque temps. En y revenant en 1988, Psaume s’est mis à s’épanouir, sans difficulté, pour devenir une pièce d’environ 12 minutes. Là, elle était complète. Deux grandes sections se sont ajoutées. La première, méditative, fait entendre un dialogue interrogatif entre des phrases jouées à l’archet et des réponses énigmatiques en accords pincés.
Extrait de Psaume. (c) Antoine Ouellette SOCAN

La seconde est plutôt sportive, avec des traits brillants écrits sur deux portées et une alternance entre le jeu normal et le jeu sul ponticelli, près du chevalet. Chers amis violoncellistes, n’hésitez pas à jouer vraiment sul ponticelli! Que votre son soit alors électrique et saturé d’harmoniques, pas juste une petite couleur timide!
Extrait de Psaume. (C) Antoine Ouellette SOCAN

Peu à peu, un thème en accord s’impose jusqu’à la conclusion où il fait rayonner la sonorité du violoncelle presque à la manière d’un orchestre à cordes.

Dans cette version finale, le germe «do mineur» porte ses conséquences, et la pièce évolue de la mineur à do majeur : c’est de la tonalité évolutive ou, plus caractéristique dans ma musique, de la tonalité aérienne.

Depuis, un bon nombre de violoncellistes ont joué Psaume, et Sylvie Lambert (de l’Orchestre symphonique de Montréal) l’a enregistré sur disque. À ce que j’ai constaté, qui en joue se mérite un beau succès. Alors, c’est à votre tour?!

En 1991, une de mes pièces était jouée en public pour la première fois. J’avais 30 ans et je dois ajouter avoir été le premier responsable de cette date tardive : jusque là, j’avais littéralement composé en cachette! J’en explique les raisons dans Musique autiste. Grosso modo, la composition était mon jardin secret. Donc en 1991, Paysage cassait la glace : c’était atypique sur toute la ligne puisque Paysage est écrit pour quatre pianos (les quatre points cardinaux…), effectif loin d’être évident à rassembler et imposant des défis logistiques pour les répétitions.

Le Roi Salomon. Icône russe.
Le temple qu'il tient symbolise
celui qu'il a fait construire pour
Yahvé Dieu à Jérusalem.
Cela dit, cette première a donné le diapason pour la suite. Ce sont de jeunes musiciens qui ont créé Paysage – d’excellents jeunes musiciens mais pas des professionnels établis. Le public a accueilli la pièce avec une grande ovation et, pourtant, elle n’a pas été rejouée depuis. Les professionnels, les musicologues et la critique ont boudé et passé sous silence. Oui, depuis 22 ans maintenant, ce schéma n’a guère changé. Ce sont surtout de jeunes musiciens qui jouent mes pièces, rarement des professionnels sinon certains qui se situent dans les marges de ce milieu. Oh, il doit bien y en avoir qui les jouent à l’occasion : je reçois des redevances, mais ces gens ne me contactent pas. J’en ignore la raison. Le public apprécie mes pièces – vous aurez cependant compris que je ne compose pas dans le but de plaire, sinon j’aurais fait connaître ma musique bien avant mes 30 ans! Tout de même, le public aime, en général, et les musiciens qui me jouent se méritent souvent de belles ovations du public. Cela devrait les inciter à me rejouer, à inciter d’autres musiciens à me jouer. Mais non! Ma symphonie L’Esprit envoûteur a beau avoir été bissée en concert en 2002, elle n’a toujours pas été rejouée depuis. Elle n’est pas une exception. Du train où vont les choses, je crois bien que nos orchestres professionnels d’ici épuiseront le bassin mondial de chansonniers pour les inviter en concert avant qu’ils ne touchent à une de mes pièces.

Rouleau manuscrit du livre des Psaumes,
tradition hébraïque. À noter que Handel a
composé un oratorio splendide inspiré du
Roi Salomon (Solomon, 1748)
Alors que se passe-t-il au juste? Est-ce qu’en vieillissant les musiciens s’éteignent ou troquent la musique au profit de la recherche du prestige? Est-ce que je fais peur?! Allez savoir. En avril dernier, la jeune violoncelliste Karine Bouchard a joué Psaume en concert. C’est son prof qui lui avait montré la partition : il y a plusieurs années, je lui avais donné la partition, sans aucune suite. Je crois qu’elle n’a seulement pas été ouverte parce que Karine m’a dit que lorsqu’elle déchiffrait Psaume avec son prof, son prof disait : «Que c’est beau ce passage!», puis à la page suivante : «C’est don’ bien beau cette pièce-là!», puis encore une page plus loin : «Mais c’est toujours aussi beau! Combien y a-t-il donc de pages dans cette pièce?!». J’ai bien ri lorsque Karine m’a raconté cela! Pourquoi donc me donnerais-je la peine d’écrire de la musique que je ne trouve pas belle (la beauté pouvant être étrange au demeurant). Karine a donc joué Psaume en concert, et vraiment très bien. Résultat : beaucoup de bravos et d’applaudissements. Un violoncelliste professionnel était présent et m’a parlé après le concert : «Je suis surpris parce qu’elle date des années 1980, ta pièce, et qu’elle sonne encore très bien, toute fraîche, comme si elle venait d’être composée!». Que voulez-vous répondre à cela, sinon «Et bien, joue-la à ton tour!», ce qui me ferait passer pour un maudit baveux! Alors je me contente d’un sourire en coin… qui en dit peut-être autant. Mais ce musicien ne jouera vraisemblablement pas Psaume, trop occupé à interpréter d’obscurs compositeurs qui n’ont jamais eu, eux, leur chance, comme Bach ou Beethoven…

Il faut que je vous en raconte une bonne dans le genre douce-amère. À l’occasion d’un voyage récent (je ne dis pas où), j’avais préalablement contacté de nombreux violoncellistes du lieu pour leur présenter mes trois Sonates avec piano et leur envoyer la partition en PDF. Silence radio complet. Sauf un : j’étais comblé! Ce violoncelliste dit être très intéressé par ma musique qu’il pourrait jouer. Je lui envoie donc de mes partitions imprimées, pour quelques 80$. Puis il me réécrit en ajoutant qu’il cherche à vendre un violoncelle pour se renflouer financièrement. Il me donne le prix (dans les six chiffres) de l’instrument et m’envoie des photos avec son pedigree. Il s’avance un peu plus en me confiant s’être récemment séparé de sa femme et vivre des moments difficiles avec un procès coûteux sur les bras… Vous commencez à voir, non? Je m’aperçois enfin qu’il s’adresse à moi au féminin. Sur le coup, je m’étais dit que c’était une simple erreur de sa part, le français n’étant pas sa langue usuelle. Mais non : je me rends compte qu’il me prend vraiment pour une femme! Mettez tout cela ensemble et saisissez-vous le portrait? Évidemment, je l’ai détrompé sur mon genre. Depuis, pas de nouvelles! Ah, cette élévation d’esprit chère à tant de musiciens classiques : elle m’épate toujours…

Je ne sais pas pourquoi mais les paroles d’une chanson québécoise me trottent dans la tête :

[Lui] «Dis moé c’est quoi ta toune, qui me r’vient dans les oreilles tou’l’temps.
Tu sais, moé, j’ai pu b’en b’en l’temps, comme avant, pour remplir mes oreilles.»

[Moi] Heille! Toé, fais-en du pareil! Ôte tes doigts d’dans tes oreilles!

Oui, ôtez-vous donc les doigts de dedans vos oreilles, chers amis : cela aide à faire de la musique.


NOUVELLES DU MONDE AUTISTE:
TOUT EN TENDRESSE

Autisme et tendresse sont rarement associés. Imaginez: certaines gentilles personnes prétendent que nous n'avons pas d'émotions et que, si nous semblons en avoir, ce ne sont que des imitations apprises... C'est fou tous ces mots doux que nous nous faisons dire par des gens qui se surprennent après que plusieurs d'entre nous éprouvent des troubles anxieux ou démontrent des troubles de comportement. Un vrai mystère, chers amis et amies! Donc, j'ose, j'ose associer autisme et tendresse.

Mon amie Lucila Guerrero vient de publier un livre magnifique. Lucila est photographe et artiste visuelle. Elle est aussi autiste (Asperger) et mère d’un garçon, Luka, lui aussi autiste (Asperger). Merveilles de la vie! Le livre s’intitule : Lundi, je vais être Luka (Bayard Canada). Car, et oui, les Autistes peuvent être parents, de très bons parents, comme Lucila. Son livre est plein de belles photos tendres, ses propres œuvres.


Alors que je me dépense, en vain ces derniers temps, pour convaincre des orchestres vivant dans l’«élévation spirituelle» de jouer une de mes pièces, de la musique autiste, c’est un chanteur populaire qui démontre cette élévation spirituelle face à l’autisme. Sur le dernier disque de Nicola Ciccone (Pour toi, 2013), la septième chanson s’intitule L’autiste. Je trouve qu’il vaut la peine d’en citer quelques paroles :

L’Autiste est né bien différent
Des autres enfants de son école
Bien qu’il ne parle pas très souvent
Ses deux yeux brillent comme des étoiles
Il est distant avec les gens
Il préfère déchiffrer les choses
On dirait qu’il compare ce monde
Aux épines d’une rose

Son cerveau est mystérieux
Comme le vent, comme le ciel
À la fois abstrait et beau
Comme un tableau de Riopelle
Et malgré tous ses silences
On le découvre à chaque réveil
Comme on découvre un chef d’œuvre
Teinté de poussières de soleil

Que c’est joliment tourné! Merci cher Nicola. Une autre chanson du disque parle de l’impact terrible d’un diagnostic de cancer que reçoit une personne. Mais ses mots, ils sont aussi pour K…, jeune femme belle et intelligente dans la vingtaine, qui souffre profondément depuis qu’elle a reçu son diagnostic d’autisme Asperger comme une tonne de briques sur les épaules :

Les mots qu’on a peur d’entendre
Les mots qui brisent et qui renversent
Les mots qui inspirent la souffrance
Ne sont que des mots, non pas des laisses
Ta vie, c’est toi qui l’inventes
Toi qui la vies, toi qui la penses
Ta vie, c’est toi qui la crées
Toi qui la pleure, toi qui la chantes

(Faire la guerre à la mort, faire l’amour à la vie)

Ça aussi, c’est joliment tourné. Merci encore Nicola! Il y a des perles dans des chansons légères et tendres comme les tiennes. J’aimerais en trouver davantage dans l’univers musical que je fréquente, trop préoccupé de prestige…

Vous pouvez écouter ces chansons sur le site de l’artiste, et bien d’autres dont Marjolaine Bonjour, d’un chic superbe!