MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

jeudi 11 juillet 2013

UNE MUSIQUE D'ÉTÉ: DANDELION (Hautbois solo)

 Sur Musique autiste:
«Voici (enfin!) un livre positif sur l’autisme, écrit de l’intérieur, sans apitoiement,
et porteur d’un authentique message d’espoir […]. Un ouvrage unique et touchant»
- Nuit blanche. #131, juillet 2013

Armoiries de Lettonie
Bonjour et bienvenue à mes lecteurs et lectrices de Lettonie qui me visitent en grand nombre ces temps-ci! Je vous offre mes salutations amicales.

Hautbois ancien
(Wikipédia)
Que faites-vous cet été? J'espère que vous aurez l'occasion de vous reposer, de prendre un peu congé et de passer de beaux moments. Je l'avoue: l'été n'est pas ma saison préférée. Je n'aime pas la chaleur et l'humidité. C'est mon problème! Je préfère donc l'automne et l'hiver. Par contre, l'été m'offre davantage de temps pour composer et, le 4 juillet dernier, j'ai achevé une pièce pour hautbois solo intitulée Dandelion et qui dure environ 8'30. Elle fait partie de ma série de «pièces boisées», des pièces pour un instrument à vent soliste. À ce jour, il y en a cinq: Bourrasque (pour flûte, opus 16), Présence (pour saxophone alto, opus 22), Musique sous les étoiles (pour basson, opus 25), Auberivière (aussi pour flûte, opus 44), et la petite dernière. Peut-être que d'autres s'ajouteront au fil du temps...

Pour en savoir plus sur le hautbois:
http://es.wikipedia.org/wiki/Oboe
[L'article en Espagnol est mieux que celui en Français, si vous lisez cette langue]
Dandelion est donc une monodie: de la pure mélodie, sans accompagnement. En fait, il s'agit de musique modale, tout comme le chant grégorien et, comme dans ce dernier, il n'y a pas d'harmonie (du moins au sens habituel) ni, bien sur, de contrepoint. J'adore! Et rien ne me manque. Cela dit, composer une monodie n'est pas plus facile que de composer une oeuvre pour grand orchestre. C'est moins «fastidieux» parce qu'il n'y a pas tous les détails de chaque partie instrumentale à noter, mais c'est la seule différence. Dans une monodie, tout est à nu: l'erreur ne pardonne pas!

Esquisses pour Dandelion
(C) Antoine Ouellette, 2013. Socan
C'est ainsi qu'à la fin de l'hiver, au printemps et au début de l'été, j'ai griffonné ça et là les idées qui me venaient en tête pour cette pièce et que, peu à peu, la musique s'est mise en forme. Ces idées, je les notais à vif, comme il m'arrive toujours, sur de petits bouts de papier, sur une vieille feuille de musique récupérée, sur un morceau de page du journal Métro lors de mes trajets en métro. Certaines se sont révélées bien vivantes alors que j'ai abandonné telle autre. Je les ai jouées, chacune, en boucle, dans ma tête et au piano: c'est là que s'est opéré le tri. C'est là aussi que les idées se sont mises à se décliner en variantes et que, de ces variantes, la forme de la pièce a émergée. Vous pouvez voir ci-contre quelques-uns de ces petits papiers: certaines idées sont verbales, d'autres sont faites de notes avec diverses indications. Vous n'y comprendrez pas tout mais, moi, je m'y retrouve! Du moins, je finis par m'y retrouver.

En Vieux-Français, «dents de lion» était le nom donné à de petites plantes de la famille des Composées, comme le Léontodon (qui signifie d’ailleurs littéralement «dent de lion» en latin), cela à cause de leurs feuilles découpées, dentelées.

Le mot Dandelion est resté, mais en Anglais, pour désigner le Pissenlit. On trouve l'équivalent en Espagnol, en Portugais, etc. Comme la fleur du Pissenlit est la fleur préférée des enfants et que la présente pièce est champêtre, enjouée et même taquine (j’ai failli écrire coquine mais je me suis retenu!), je lui ai donné ce titrer. Aussi parce que ses mélodies sont anguleuses et découpées, comme avec des «pointes» et des «dents».

Le Frère Marie-Victorin, grand botaniste québécois du début du 20e siècle, a écrit ceci du Pissenlit : «Cette espère ubiquiste et dédaignée a néanmoins un cycle vital d’un extrême intérêt et bien digne d’attirer l’attention de l’observateur» (Flore laurentienne). De plus, la plante possède des vertus médicinales (sa racine est diurétique, d’où le nom Pissenlit, littéralement «pisse au lit»!). Ses feuilles sont excellentes en salade et ses fleurs donnent un très bon vin. C’est aussi du Pissenlit d’abord que provient la première miellée au printemps : la plante est donc très importante pour les insectes pollinisateurs qui, à leur tour, ont une importance capitale pour l’agriculture.

Dandelion est une pièce vive, une sorte de scherzo (sans la forme traditionnelle toutefois). Le temps ternaire y domine, les tempos rapides aussi. Comme dans le chant grégorien, le rythme est varié: certains passages sont mesurés alors que d'autres ne le sont pas. De plus, l'interprète doit négocier plusieurs changements de tempos.
Début de Dandelion. (C) Antoine Ouellette, 2013. Socan
À nouveau comme dans le grégorien et d'autres musiques véritablement modales, la pièce est essentiellement diatonique. Je l'ai déjà dit: pour moi, aujourd'hui, le chromatisme me parait vieux et fatigué. Mais il y a quelques chromatismes qui se glissent dans Dandelion: ce sont les dents ou les pointes! Ces chromatismes étant rares, ils offrent ici une couleur imprévisible, voire déstabilisante, comme le fa naturel dans cet exemple:

Extrait de Dandelion. (C) Antoine Ouellette, 2013. Socan.
Lorsque le chromatisme se fait envahissant ou total, de telles couleurs piquantes ne peuvent être créées.

Le cauchemar des amateurs de «belles pelouses»:
un champ de Pissenlits! Mais... (voir autre photo)
Le hautbois n'a pas une étendue semblable à la flûte. La première quinte de son registre est sonore, presque rauque (contrairement à la flûte dont le grave est peu sonore). À l'inverse, le registre aigu du hautbois (passé le do deux lignes supplémentaires en haut de la portée) est doux et un peu détimbré. J'ai vu une partition de Varèse ou il est exigé de l'instrument qu'il joue ff dans ce registre et avec un crescendo: c'est une erreur ou, du moins, le compositeur a été téméraire! J'espère ne pas avoir fait de même ici ou là dans ma pièce... Mais à la toute fin, j'ai délibérément exploité le grave du hautbois, pour qu'il donne ce que les Anglophones appellent des honk! C'est un peu moqueur, et la pièce ne se termine pas sur sa note modale principale:


... mais le joie des enfants!
Sans être facile, Dandelion n'est pas une pièce virtuose: j'avoue ne pas aimer la virtuosité comme telle. En général, le niveau technique de mes pièce est moyen. Même Bourrasque qui passe pour une pièce difficile à jouer l'est beaucoup moins que ce qu'elle semble à l'audition. Par contre, comme toutes mes œuvres je crois, Dandelion est exigeante en musicalité et, pour être bien rendue, l'interprète doit être virtuose sur ce plan: phrasés, dynamiques, souffle, esprit, couleurs, atmosphères, maîtrise des tempos, etc. Là, il a de quoi s'amuser et se donner un petit défi! Alors qui sera le premier ou la première hautboïste à la donner en concert?
Extrait de Dandelion. (C) Antoine Ouellette, 2013. Socan
Vous aimeriez voir la partition complète? Vous désirez que je l'édite via logiciel musical et que je vous l'offre comme mes pièces dont vous trouvez la partition sur ce site? Alors je relance mon invitation à soutenir mon travail grâce à du mécénat! Vous pouvez me contacter à ce sujet: mes coordonnées figurent en haut à gauche de la présente page.

Source des photos: Wikipédia, sauf exemples musicaux qui sont: (c) Antoine Ouellette, 2013