MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

mardi 4 novembre 2014

LE PROJET HAYDN (3). LA PÉRIODE BLEUE

Cet article est le troisième d’une série dans laquelle je vous initie à l’art de Joseph Haydn. Pourquoi Haydn? Tout simplement et subjectivement parce qu’il est mon compositeur préféré tout styles et époques confondus! Mais attention : il y a mon goût, il y a aussi la matière et celle que nous offre Haydn est d’une richesse rare.

Le premier article situait le génie du compositeur :

Le second article situait les «massifs» des genres musicaux qu’il a pratiqué sa carrière durant :

Haydn
Devant l’œuvre immense de Haydn, on peut facilement se sentir intimidé, à juste titre. Ses symphonies? Il y en a 104 : comment s’y retrouver?!! Et si encore il n’y avait que les symphonies… Alors, je vous invite à me suivre. Le présent article et les quelques suivants présenteront le cheminement créatif de Haydn à travers les différentes périodes de sa production. Si ma subdivision de l’œuvre de Haydn rejoint celle proposée par d’autres musicologues, j’y ai néanmoins apporté mes touches personnelles. La plus évidente sera celle d’une couleur représentant chaque période. Le présent article traite ainsi de la première période, celle menant des débuts à une première maturité et couvrant jusqu’à l’année 1766 incluse. Période des débuts et de l’éclosion du musicien, je la nomme sa «Période bleue».



LA PÉRIODE BLEUE  (jusque vers 1766)

Voilà la grande période largement et très injustement sous-estimée de Haydn! Comme une autre période ultérieure, la période bleue permet de séparer ceux et celles qui aiment Haydn de ceux et celles qui ne font que prétendre l’aimer. L’incompréhension de la période bleue indique aussi l’emprise trop grande du culte romantique aujourd’hui. Car la musique de la période bleue est tout sauf romantique. Pour ma part, j’avoue une certaine préférence pour cette période.

Quoi que vous puissiez lire qui sous-estime cette période, n'hésitez pas: cette musique est déjà géniale! Je passe rapidement sur les éléments biographiques que vous pourrez facilement trouver ailleurs. Je me contente de quelques faits saillants.


DE LA MISÈRE À LA COUR


Maison natale de Haydn à Rohrau.
Toile de Carl Bobbies
Né à Rohrau en Basse Autriche le 31 mars 1732, Haydn est issu d’un milieu campagnard modeste. Ce n’était pas la misère, mais la pauvreté. On raconte qu’enfant, il imaginait jouer du violon en frottant deux branches d’arbres l’une sur l’autre. Cette enfance est la source de l’intérêt marqué que Haydn conservera sa vie durant pour les musiques populaires. Remarqué pour sa belle voix de soprano, il entre à la maîtrise de la Cathédrale Saint-Étienne de Vienne. Sous l’enseignement de Georg Reutter le Jeune, il reçoit une bonne formation musicale et apprend à jouer du violon et du clavecin. Il est possible que ses premières compositions datent de cette époque. On dit souvent qu’il fut chassé de l’institution à 18 ans parce que sa voix avait muée. D’autres soutiennent que son comportement est la cause première de son renvoi. Parce qu’il faisait des mauvais coups, semble-t-il. En fait, je soupçonne que son comportement social a dû déconcerter en plusieurs occasions – parce que je suis presque certain que Haydn était autiste de type Asperger.



Nicola Porpora
Haydn choisit de demeurer à Vienne où il vivra dans une grande pauvreté pendant quelques années, incluant des périodes où il errera sans domicile fixe. Quelques contrats de musique et quelques cours donnés à de jeunes musiciens représentent alors ses maigres revenus. Il parvient à s’installer en appartement, en fait une petite mansarde de la Michaelerplaz. Dans la même maison habitait le poète Métastase par qui il fait la connaissance du compositeur réputé Nicola Porpora. Ce dernier l’engage comme «secrétaire» (c’est-à-dire homme à tout faire!), le maltraite mais, conscient de son talent, lui donne aussi quelques leçons de composition : ce seront les seules qu’aura Haydn. Pour le reste, il est essentiellement autodidacte, Dieu merci! Très bien branché, Porpora introduit Haydn dans les cercles cultivés et plus fortunés. Ainsi en 1757, le baron Von Fürnberg invite Haydn pendant quelques mois à participer aux séances musicales dans son château de Weinzierl, près de Melk. C’est là que Haydn invente littéralement le Quatuor à cordes, genre musical appelé à connaître une fortune exceptionnelle. En 1764, quelques-uns de ses premiers Quatuors seront publiés chez Chevardière à Paris : pour la première fois, Haydn voit sa musique éditée. Mais ces œuvres suscitent une polémique. Ici et là, surtout en Allemagne du Nord, on reproche vertement au musicien d’ignorer le contrepoint, de composer de la «musique paysanne» et de succomber au «goût comique»! 

Le château où Haydn a travaillé pendant une grande
partie de sa carrière
En 1759, Haydn devient directeur de musique chez le comte Carl Von Morzin  où il compose notamment ses premières symphonies, pour un petit orchestre de seize musiciens. Quelle promotion! Sauf que le comte est un beau jouisseur qui dilapide son argent sans compter. Fauché, il remercie ses musiciens et Haydn se retrouve au chômage dès 1761… Entretemps, Haydn s’était marié. Il était amoureux d’une jeune musicienne, Theresa Keller, qui se destinait plutôt à la vie religieuse. Haydn épousa alors sa sœur, Maria Anna Keller, le 26 novembre 1760. Un curieux mariage. Dans les livres, on fait un portrait peu flatteur de Maria Anna : on la dit acariâtre, contrôlante, sans intérêt pour la musique… Le couple n’aura pas d’enfant et vivra plus ou moins séparé de facto. Il semble néanmoins y avoir eu une sorte de complicité entre les deux… 

INTERLUDE MUSICAL 1
La concision de la Période bleue: le Scherzando #1. Une mini symphonie en 4 mouvements, avec tout ce qu'il faut, en à peine plus de 8 minutes (incluant les pauses entre les mouvements!). En voici une jolie et sympathique interprétation par un semble de jeunes musiciens étudiants: le Trinity Haydn Ensemble, de Greenwich en Angleterre, sous la direction de Dennis McCaldin.
https://www.youtube.com/watch?v=YxuEusW_Gp0 


Grâce à la Providence en qui il croyait fermement, Haydn trouve rapidement un nouvel emploi chez les princes Esterházy, une des plus grandes et fortunées familles de nobles hongrois. Subjugué par une symphonie de «ce Maure» (Haydn avait la peau très foncée semble-t-il et marquée de traces de petite vérole), le prince Paul Anton le met sous contrat le 1er mai 1761, en tant qu’assistant de Gregorius Werner, le vieux maître de musique en poste. 
Thayenganegea dit Joseph Brand (1743-1807),
leader Mohawk et contemporain de Haydn
Au décès de ce dernier en 1766, Haydn deviendra maître de chapelle à son tour. Commence alors une association exceptionnelle et fructueuse, surtout sous le règne du prince Nicolas II de 1762 au décès de ce dernier en 1790. Fou de musique, Nicolas était un original. Probablement bipolaire, il hébergeait chez lui toutes sortes de gens, dont des Tziganes (Haydn tombera amoureux de leur musique), des Noirs et même des Mohawks! Je serais bien curieux de savoir comment des Mohawks avaient bien pu aboutir là… Le prince aimait bien sa résidence d’Eisenstadt, près Vienne. Mais il voyait grand. Nicolas s’est donc fait bâtir un château, le château d’Esterhaza, dans une contrée marécageuse à la jonction de l’Autriche et de la Hongrie. C’est là qu’Haydn oeuvrera principalement à partir de 1769.

Le Prince Nicolas II, un «fan fini» de Haydn!
Le contrat signé par Haydn est célèbre. On s’en sert souvent pour dénoncer la condition des musiciens au 18e siècle et les faire passer pour des «valets». Or c’est tout faux : le poste occupé par Haydn serait, en termes d’aujourd’hui, un poste de haut fonctionnaire! Bien sur, certaines clauses sont restrictives : par exemple, Haydn ne peut communiquer ses partitions à qui que ce soit, sauf autorisation spéciale. Sa sécurité d’emploi est bien aléatoire. Mais il a à sa disposition un orchestre d’environ 20 musiciens de haut niveau avec qui il travaille chaque jour, des chanteurs et des chanteuses aussi. Puisque Nicolas admire sincèrement sa musique, il a grosso modo carte blanche pour composer ce qu’il désire. Dans ce contexte, il ne semble pas si abusif que Haydn soit chargé du bon état des instruments de musique et des habits de concert (incluant jusqu’aux perruques!) ou de veiller à la bonne tenue de ses troupes… Pour le reste, les termes du premier contrat seront régulièrement renégociés, toujours à l’avantage de Haydn qui, dans l’ensemble du personnel du prince, touchera le troisième meilleur salaire. La seule petite ombre au tableau est que le château se trouve relativement isolé. Il arrivera à Haydn, et à ses musiciens, d’éprouver un sentiment de solitude. Par contre, comme Haydn le reconnaîtra lui-même, cette situation l’a stimulé à être original en tant que compositeur. Malgré la clause apparemment très restrictive de son contrat à ce sujet, ses œuvres circuleront rapidement dans toute l’Europe.

LA MUSIQUE BLEUE

Le chef d'orchestre Adam Fischer qui a signé une intégrale
exemplaire des symphonies de Haydn, peut-être insurpassable
dans les symphonies bleues.
Dès les premières œuvres, des lignes de forces s’imposent, comme la marque des musiques populaires (d’Autriche bien sur, mais aussi de Hongroie, des Tziganes et, plus tard, de France, d’Angleterre, d’Écosse…). De ces sources populaires, on lui fera souvent reproche. Il y a aussi la marque du Baroque italien. Ce dernier style était alors influent à Vienne et dans ses environs par la force des choses : plus de 10% de la population viennoise était d’origine italienne. Ce style, c’est celui de Porpora mais aussi, plus connu certainement, de Vivaldi. La musicothèque d’Esterhaza comptait une copie de la partition des Quatre saisons, et il s’agissait, semble-t-il, d’une œuvre très aimée du patron de Haydn. Il y a des «vivaldismes» dans la musique du jeune Haydn, et il y en aura encore dans ses dernières œuvres. Si vous êtes curieux, il y en a un magnifique et survoltant vers la fin du premier mouvement de la Symphonie 104, la dernière de Haydn. La marque du style concertant italien se retrouve aussi dans le fait que certaines des symphonies de cette époque sont de véritables concertos pour orchestre, bien avant Bartók qui composera au 20e siècle une œuvre portant ce titre. Elles contiennent même quelques mouvements lents qui sont comme des mouvements de concertos pour un instrument soliste (flûte, violoncelle). De plus, deux symphonies requièrent 4 cors (au lieu des 2 habituels), qui forment un groupe concertant au sein de l’orchestre. Ces deux symphonies (#31 et 72) se terminent par un finale en forme de thème et variations dont chaque variation met en vedette un instrument soliste (incluant, chose rarissime, la contrebasse). Significativement, la quasi-totalité des concertos composés par Haydn date de cette période, et le plus substantiel est probablement le Concerto en do majeur pour violoncelle, œuvre rapidement devenue célèbre suite à la redécouverte… en 1961 de cette partition que l’on croyait jusqu’alors définitivement perdue. 

INTERLUDE MUSICAL 2
Une des oeuvres les plus connues de la Période bleue (et pourtant rédécouverte uniquement en 1961), jouée ici par Mstislav Rostropovitch et l'Orchestre de la Radio Espagnole: le Concerto #1 pour violoncelle, en do majeur. Si Haydn n'était pas lui-même violoncelliste, l'écriture de la partie soliste exploite avec superbe maîtrise les particularités et les possibilités de l'instrument. Rostropovitch a vraiment imposé cette oeuvre dans le répertoire. 
 https://www.youtube.com/watch?v=eU5KdY_04kU


Dix Sonates complètes en un CD: la concision radicale
de la période bleue! Sur l'illustration, la Cathédrale
Saint-Étienne de Vienne où le jeune Haydn a étudié.
Une chose est frappante : la musique de la période bleue tend non seulement à la concision, mais à la concision extrême. Par exemple, les dix premières Sonates pour piano tiennent sur un seul disque. Sans se presser, Jenő Jandó les joue en à peine 71 minutes (voir plus loin). En quatre mouvements complets, la Première Sonate dure 4’44! Alors que la symphonie deviendra une «grosse affaire», Haydn compose vers 1761 un groupe de six symphonies qu’un éditeur rebaptisera Scherzandos dont aucune n’atteint les dix minutes de durée. Le premier Scherzando dure à peine 7 minutes, avec ses quatre mouvements complets (dont une section de développement dans le premier mouvement, et un Trio au centre du Menuet) : rien ne manque! Est-ce un record?: en cinq mouvement, la FeldPathie en do majeur pour deux clarinettes et deux cors atteint 5’45, son premier mouvement affichant fièrement ses 38 secondes! Les compositeurs néoclassiques du début du 20e siècle valorisaient la concision comme antidote aux excès du Romantisme, mais aucun n’ira aussi loin que Haydn (qui, lui, réagissait peut-être contre les excès du Baroque allemand), pas même Darius Milhaud, pourtant auteur d’«opéras minute». Voilà pour l’extrême : ne croyez toutefois pas qu’il n’y a que de telles miniatures dans la période bleue, puisqu’elle compte aussi quelques œuvres longues.

Dès cette période bleue apparait un aspect ludique dans la musique de Haydn, que plusieurs jugent caractéristique. Outre l’influence des musiques populaires, un mouvement de danse est souvent inclus, le Menuet. Aussi, on trouve déjà une manière presque entièrement nouvelle de jouer avec des mélodies, de les morceler en petits fragments, de métamorphoser ceux-ci avant de reconstituer les mélodies initiales. Cette manière de faire n’existait pas dans la musique baroque : elle marque les débuts d’un nouveau style, que l’on nommera «le style classique», dont Haydn est sinon l’inventeur du moins un des pionniers.

Manuscrit d'une des premières Sonates pour piano de Haydn
En revenant à la symphonie, il est assurément possible de considérer la trilogie des Symphonies 6, 7 et 8 (surnommées respectivement Le matin, Le midi et Le soir) comme l’acte de naissance de la symphonie moderne. Chose certaine, Haydn a pris la mesure des immenses possibilités du genre comme nul autre avant lui. Les 39 symphonies de la période bleue offre une très grande liberté formelle : par exemple, pas moins de 6 débutent par un mouvement lent, chose totalement inhabituelle et qui le restera très longtemps. À noter : dans plusieurs enregistrements discographiques, les interprètes utilisent un clavecin d’accompagnement comme il était usage dans la musique baroque. Ce choix tourne ces œuvres vers le passé alors qu’elles le sont vers l’avenir! En effet, il n’y a aucune évidence justifiant un tel choix : les manuscrits de Haydn ne comportent même pas de basse chiffrée. Pour moi, c’est à éviter : le clavecin est ici non seulement superflu mais carrément disruptif, surtout dans certaines versions qui le font pétarader en avant-plan de l’orchestre, l’horreur!



Dernier point symphonique pour vous aider à vous y retrouver si vous désirez aborder cet univers : Haydn n’a pas numéroté ses symphonies. Cela sera fait bien après son décès. La numérotation toujours en vigueur date du 20e siècle. Elle n’est pas parfaitement chronologique, tout particulièrement en ce qui concerne les symphonies bleues. Voici donc un ordre plus réaliste :

Symphonies datant d’avant l’engagement chez les Esterházy, donc composées de c.1757 à 1760 :

1 à 5, 10, 11, 15 à 20, 25, 27, 32, 33, 37, et les deux non numérotées dites A et B.

Symphonies datant d’après l’engagement chez les Esterházy :

1761 : 6 (Le matin), 7 (Le midi), 8 (Le soir)

1762 : 9, 14, 36

1763 : 12, 13, 40, 72 (avec 4 cors)

1764 : 21, 22 (Le philosophe), 23, 24

1765 : 28, 29, 30 (Alléluia), 31 (Hornsignal, avec 4 cors), 34

Les Symphonies 26, 35, 38 et 39 sont postérieures.


L’interprétation des symphonies bleues que je préfère, et qui me semble vraiment incontournable tant elle l’emporte sur ses rivales, est celle de Adam Fischer à la tête de son Orchestre Haydn Austro-hongrois (Austro-Hungarian Haydn Orchestra, en latin) – si vous voulez vous payer la traite en musique, n’hésitez pas à vous procurer cette intégrale des symphonies de Haydn (33 disques Brilliant Classics; oui, 33 CDs, mais à petit prix et qui vous combleront. Il en existe une édition à plus petit prix encore sur disques MP3). 

INTERLUDE MUSICAL 3
La Symphonie 22, en mi bémol majeur, dite «Le Philosophe». Une oeuvre très originale qui est l'une de celles commençant par un mouvement lent que Haydn a composé. L'instrumentation inclut deux cors anglais («hautbois alto»), un instrument que Haydn affectionnait. La symphonie débute en faisant dialoguer cors anglais et cors français (ces derniers feront entendre un trille sonore et insolent peu après le début!).
Tomas Netopil et un orchestre de Florence
https://www.youtube.com/watch?v=eJw5hScVMAU 
Marc Minkowski, plus (trop...) lourd surtout dans le premier mouvement, mais avec des prises de vues sur les divers instruments
https://www.youtube.com/watch?v=xqXJmmAzFyM



Manfed Huss dirige les Divertimentos de la période bleue
de Haydn: un feu d'artifice musical et un incontournable
de la discographie de la période bleue
Que trouve-t-on aussi dans cette période bleue? Notamment, les premiers recueils de Quatuors à cordes (le Quatuor dit «0», les opus 1 et 2, l’opus 3 dont l’attribution reste discutée). Haydn dira avoir inventé le quatuor presque par accident, et les commentateurs s'acharnent à répéter niaisement que ses premiers quatuors donnent trop la prédominance au premier violon, au détriment de ses trois partenaires. Ce n'est qu'en partie vrai et, de toute façon, pourquoi pas? Reste que ces œuvres méritent amplement l'écoute pour la joie, l'émerveillement qu'elles offrent. Je signale que dans leurs intégrales, les Quatuor Angeles et Kodaly sont enthousiasmants ici. On trouve aussi dans la période bleue de nombreux Divertissements pour formations diverses : un festival de couleurs et de fantaisie! Les Feld-Parthien pour ensemble à vents. Les Scherzandi – 6 «Symphonies minutes». Des Concertinos pour piano et cordes. Les Trios pour piano, violon et violoncelle #1 à 17, et des Trios à cordes. Les 19 premières Sonates pour piano. Pour ces dernières, on soutient souvent qu’elles ont plutôt été composées pour le clavecin, un instrument alors plus répandu. Néanmoins, elles procèdent d’un langage qui n’est déjà plus celui du clavecin. Pour dire franchement : elles sonnent plutôt mal et maigres au clavecin, même si Haydn écrit le nom de cet instrument sur certains manuscrits. Au piano, c’est une toute autre affaire. Il ne faut pas oublier qu’encore au début du 19e siècle, les trois Sonates opus 31 de Beethoven ont été éditées avec la mention «pour clavecin ou piano» : la Sonate dite Tempête au clavecin, quelle horreur!



La version de référence de la Messe Sainte-Cécile,
chef d'œuvre rayonnant de la période bleue
On trouve aussi des œuvres religieuses couronnées par la Messe de sainte Cécile, œuvre extraordinaire qui représente l’apogée de l’influence baroque chez Haydn. De plus, sainte Cécile étant la patronne des musiciens, Haydn semble s’en être donné à cœur joie : contrairement à la tendance bleue, la Messe dure 65 minutes, mais pas une seule de trop! À nouveau, Haydn a scandalisé quelques puristes avec une section pour soliste (avec plein de vocalises) et deux trompettes concertantes et flamboyantes. Il paraît que cela ne peut convenir à de la musique sacrée…


INTERLUDE MUSICAL4
La Messe Sainte-Cécile. Voici une version complète (71 minutes!) de ce chef d'oeuvre dirigé par Rafael Kubelik. J'ai des réserves sur l'adéquation stylistique de certaines voix, mais bon...
https://www.youtube.com/watch?v=1TgyXGS9fxs&list=PL6WIWapSWYkegFO7B68k3VmEj8YjjoB59


Pas des œuvres essentielles et un orchestre légèrement acidulé,
mais un pianiste génial qui a composé les cadences
de ces concertos, certaines carrément sublimes.
Il reste quelques énigmes dans cette période.

Des œuvres perdus, dont bon nombre de concertos : c’est particulièrement dommage dans le cas du Concerto pour contrebasse (très très rare au 18e siècle, mais Haydn aime et aimera toujours écrire pour toutes sortes d’instruments). Les retrouvera-t-on un jour?

Les Quatuors opus 3, que Haydn lui-même a reconnu siens à la fin de sa vie mais que l’on attribue plutôt à Roman Hoffstetter. Cette dernière attribution n’est pas plus satisfaisante comme l’a démontré le musicologue Alan Badley. Ces œuvres merveilleuses sonnent bel et bien comme du Haydn de la période bleue. S’il n’en est pas l’auteur, ce dernier a réussi un parfait mimétisme. Or ce n’est pas si simple : on dit, par exemple, que les symphonies d’Ignaz Pleyel, un élève de Haydn, «sonnent comme du Haydn» mais ce n’est qu’une ressemblance superficielle : aucune trace du génie haydnien ici.

La FeldParthie en si bémol majeur, portant l’entrée Hob. II :46 au catalogue des œuvres de Haydn. Tous la disent apocryphe même si elle contient un mouvement célèbre que Brahms utilisera pour ses Variations sur un thème de Haydn. Ce mouvement est digne de Haydn, mais l’instrumentation de l’œuvre est tellement extravagante que tous doutent de son authenticité, à tout le moins sous cette forme : 2 hautbois, 2 cors, 3 bassons et serpent; ce qui donne une section de basse vraiment lourdaude! Pourrait-il s’agir d’un arrangement d’une œuvre perdue de Haydn? Pourrait-elle être le fruit d’une commande très spéciale qu’il aurait reçue? Mystère.