MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

jeudi 1 octobre 2015

SYMPHONIES SACRÉES, POUR CHOEURS MIXTE A CAPPELLA (1) / PARTITION GRATUITE POUR CHOEUR

CALENDRIER OCTOBRE 2015

En tournage pour L'Autisme autrement
À cause d'une blessure «au haut du corps», comme on dit dans le monde du sport, ma conférence du 4 octobre au Salon de l'autisme, Cosmodôme de Laval, est annulée.
Par contre, le 22 octobre, je rencontrerai un groupe d'étudiants en éducation spécialisée à l'Université de Sherbrooke. Cette rencontre n'est pas ouverte au public.
La série télé L'Autisme autrement est en cours de diffusion, sur MATV. En juin dernier, j'ai tourné 12 chroniques pour cette série conçue par Marie Josée Cordeau et réalisée par Josée Labonté. Il y a plusieurs heures de diffusion. Vous trouverez l'horaire sur: matv.ca/sorel-tracy
Un refuge animalier a ouvert ses portes en 2015 à Sorel. J'en reparlerai un jour. Je salue le travail de ces gens et je relaie ici leur pub spéciale pour l'Halloween, qui souligne aussi que les chats noirs suscitent de la méfiance encore aujourd'hui. Sans raison, évidemment. Mon Napoléon est noir!  
Page Facebook du refuge:
https://www.facebook.com/Centre-animalier-Pierre-De-Saurel-1450753551857460/
Adresse : Local 109, 1681 Route Marie Victorin, Sorel-Tracy, QC J3R 4R4
Téléphone :(450) 746-7272

*     *     *

PARTITION GRATUITE: NOTRE PÈRE, 
POUR CHOEUR MIXTE A CAPPELLA
Ce mois-ci, je vous offre GRATUITEMENT la partition d'un des quatre motets pour choeur a cappella du Premier Livre des Symphonies sacrées. C'est le deuxième des quatre qu'il contient: Notre Père. Il est très beau, avec de superbes harmonies, et les choeurs qui l'ont chanté ont beaucoup aimé.
Pour obtenir la partition: 
https://www.dropbox.com/s/mj0yhg7n3vdgde8/Symphonies%20sacr%C3%A9es.%202.%20Notre%20P%C3%A8re.pdf?dl=0

Il me fait plaisir de vous offrir cette partition en PDF. Mais n'oubliez tout de même pas que cette pièce est: (C) Antoine Ouellette. Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée). Si vous désirez une impression de calibre professionnel de la partition, je vous invite à contacter le Centre de musique canadienne à Montréal: 416, rue McGill, Montréal, QC, H2Y 2G1
T: +1 514-866-3477 / F: +1 514-866-0456 /  
quebec@centremusique.ca



SYMPHONIES SACRÉES, DEUXIÈME LIVRE, 
OPUS 48 (Première partie)
Eh bien voilà : en cet été 2015, j’ai terminé mon Opus 48, très précisément le 8 août : le Deuxième Livre des Symphonies sacrées, une série de sept motets pour chœur a cappella. C’est la première œuvre que j’ai composé à Sorel-Tracy. Comme pour le Premier Livre (opus 24), chacune des pièces peut être jouée isolément. Mais dans les deux cas, l’ensemble peut être donné ainsi en concert, dans l’ordre des pièces que j’ai prescrit (et qui n’est pas tout à fait celui de leur composition). Dans les deux cas aussi, il s’agit d’un «livre», c’est-à-dire d’un recueil de pièces composées (en partie) à des époques différentes mais toutes (ré)écrites pour l’occasion. Il y a cependant, vous vous en doutez, des différences entre les deux Livres, à commencer par le nombre de pièces - quatre pour le Premier, avec une pièce en deux versions, l’une en français, l’autre en latin, et sept pour le Deuxième. La durée totale diffère aussi, évidemment : autour de 24 minutes pour le Premier et 43 minutes pour son successeur. Toutes les pièces du Premier sont en français (sauf le cas mentionné précédemment); les pièces du Deuxième utilisent le grec, le latin, l’hébreu en plus du français. Bien qu’ils contiennent des éléments composés à différentes époques de ma vie, les deux Livres présentent chacun un grande forme cohérente lorsqu’ils sont chantés en entier. Le Premier Livre évolue de la monodie pure (Le Cantique des créatures) jusqu’à des sonorités larges, pleines, puissantes presque comme un orgue avec des cloches dans la dernière pièce (Hymne pascale). Le Deuxième Livre possède une forme en arche.
Au centre, trois pièces (très) intenses, précédées et suivies de deux pièces contemplatives, dont l’une de style psalmodique (une mélodie sobre répétée sur des strophes de textes différents).

Comme toujours, mon Opus 48 est écrit à la main, avec des encres noire, bleue et rouge – ma copiste me l’éditera un jour à l’informatique. La partition compte 80 pages en format 11 X 14 pouces (environ 28 X36 centimètres). Quelles pièces y trouve-t-on? Voici en gros – j’ai coté le niveau de difficulté sur 10 (10 représentant le plus que l’on peut exiger d’un bon chœur amateur) :

1. La procession des Anges. Motet en mouvement pour voix d’hommes (stationnaires) et 4 groupes de 3 femmes en déplacement libre. Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté : 5. Cette pièce est basée sur le Kyrie grégorien de la Messe des Anges, et les voix d’hommes le chantent, rythmé par mes soins.

2. À Marie, mère de Dieu. Motet psalmodique pour alto solo, ténor solo, et chœur mixte (chaque pupitre divisé en 4 parties). Durée : c.5’30 / Niveau de difficulté : 4. La première moitié de cette pièce provient de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie (opus 23, 1998), la seconde a été composée en 2015.

3. Credo. Motet sur un texte latin, pour chœur mixte à 8 parties. Cette pièce porte une dédicace : «Dédié aux 200 millions de Chrétiens qui, de par le monde, ne peuvent pratiquer librement leur foi, et tout particulièrement aux Chrétiens persécutés au Moyen Orient et en Afrique». Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté 7 ou 8. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. C’est la pièce la plus difficile du Livre, la plus belle aussi je pense.

4. Ad celebres. Motet en forme de monodie rythmée, pour chœur mixte, avec accompagnement ad libitum de tambour à cadre et tambour de basque. Durée : c.2’30 / Niveau de difficulté : 3 ou 4.

5. Un océan de justice. Motet en forme de Rap, pour voix de rappeur et chœur mixte. Durée : c.4’00 / Niveau de difficulté : 5. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. Oui, vous avez bien lu : un motet en forme de Rap, avec une voix de rappeur (mais non, il ne dit pas Yo). Et super plaisant à chanter!

6. Shalom alekhem / Que la Paix soit avec vous. Motet pour chœur mixte, sur un texte en hébreu. Durée : 4’40 / Niveau de difficulté : 4 ou 5. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. La musique de cette pièce dérive d’un Psaume pour orgue que j’avais composé à 18 ans. L’hébreu se prononce facilement ici, et la pièce se termine avec deux phrases en français, récitées et non chantées.

7. Le cantique d’Isaïe. Motet psalmodique pour chœur mixte à 8 parties, avec accompagnement ad libitum de carillons éoliens métalliques en coulisse. Durée : c.10’30 / Niveau de difficulté : 4, mais cette pièce exige du souffle! Texte et musique proviennent de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie. En éliminant les parties orchestrales, j’ai dû réécrire les voix chorales.

Je reprends chacune des pièces pour vous faire faire une sorte de tour guidé dans ce Livre. Dans cet article, je vous présente les trois premières, les quatre suivantes iront dans mon article de novembre.

1. La procession des Anges
Cette pièce est basée sur le Kyrie grégorien de la Messe des Anges, que les voix d’hommes chantent, rythmé par mes soins. Les voix d’hommes sont stationnaires, mais quatre groupes de trois femmes (sopranos et altos) sont dispersés dans le lieu où la pièce est chantée. Ces groupes se situent aux quatre coins et doivent être aussi loin que possible du chœur des hommes. Ces douze voix de femmes ont une partition spéciale qui consiste en une variante du Kyrie divisée en 16 petites phrases, numérotées de 1 à 16. Au début de la pièce une voix de chaque groupe commence à tour de rôle à chanter cette mélodie. Le tempo est très lent (40 à la noire) et les 16 phrases doivent être chantées très librement, séparées les unes des autres d’une respiration de durée brève mais indéterminée. Lorsque les hommes chantent la première phrase du Kyrie (sur les mots Kyrie eleison, Bis), les quatre femmes continuent leur chant, mais en se déplaçant, lentement et librement dans tout l’espace, si possible même dans les allées au sein du public – l’idéal est de donner cette pièce dans une église. Idéalement aussi, chaque femme doit tenir à la main un petit cierge allumé. Le tempo du Kyrie des hommes est un peu plus vite (44 à la noire pointée). Avant et pendant la deuxième phrase du Kyrie (sur les mots Christe eleison), une autre femme de chaque groupe commence la mélodie, puis se met en mouvement. Même chose lors de la troisième, et dernière, phrase des hommes. 
Gravure de Gustave Doré
À ce moment, la musique mesurée des hommes est entourée par le contrepoint libre et non pulsé des douze femmes en déplacement. Lorsqu’une femme aura terminé le cycle de ses 16 petites phrases mélodiques, elle doit rechanter ces phrases, mais cette fois dans l’ordre qu’elle désire, avec la possibilité de répéter telle ou telle phrase. La musique des femmes doit donner l’impression d’une improvisation. Vers la fin, les femmes rejoignent les hommes puis, lorsque ceux-ci ont terminé de chanter, les femmes, tout en continuant leur chant, s’en vont en coulisse, tranquillement, et disparaissent à la vue du public. Cela peut sembler compliqué dit comme ça, mais en fait c’est simple à mettre en place, et les parties vocales ne sont pas très difficiles. La grande difficulté est psychologique : il faut oser monter la pièce telle qu’elle doit être, incluant le chant en déplacement! Mais l’effet global sera magique : la voix des hommes, solide et comme bien ancrée sur Terre, entouré par ce chœur angélique en mouvement, hors gravité et hors pulsation. J’ai eu l’idée de cette pièce il y a des années : durant une répétition de mon chœur grégorien, les choristes pratiquaient en marchant librement. Dans l’acoustique réverbérante de l’église, les voix se répondaient, se fondaient; telle voix émergeait, puis telle autre, en divers points des lieux. C’est ce que j’ai reconstitué et mis en forme ici. Initialement, la pièce durait 5 minutes 10, mais j’étais insatisfait de cette durée. Elle n’était pas suffisante. Donc, j’ai corrigé les durées des chants des femmes, et j’ai complètement réécrit la fin de la pièce. Je me suis souvenu d’un commentaire de Bruce Mather, compositeur qui était sur le jury lors de la soutenance de ma thèse. Pour mon œuvre symphonique Joie des Grives, il m’avait suggéré d’allonger certains passages hors pulsation. Selon lui, ces passages réussissent mieux lorsqu’on leur donne du temps. Pour Joie des Grives, je ne l’ai pas fait, mais pour La procession des Anges, oui. La pièce dure donc 8’30.

2. À Marie, mère de Dieu
Marie et Jésus enfant. Miniature persane.
Comme la dernière pièce du Livre, cette pièce est un motet psalmodique, c’est-à-dire que la forme consiste en une mélodie très simple, répétée sur des strophes de paroles différentes. Cette pratique est courante dans le chant monastique, justement pour chanter les Psaumes (livre de l’Ancien Testament contenant 150 poèmes sacrés, dits psaumes). Le dépouillement mélodique et la répétition créent un climat hautement contemplatif, car ce type de chant ne vise aucunement à «exprimer» ou «décrire» le sens littéral des mots. La première moitié d’À Marie, mère de Dieu provient de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie (opus 23, 1998), et les paroles sont celles du Magnificat, le cantique que Marie a prononcé lorsque l’Ange lui annoncé qu’elle aura un fils (Évangile selon saint Luc, premier chapitre, versets 46-55). Ces paroles sont douces («Le Seigneur s’est penché sur son humble servante»), mais avec des phrases fortes aussi : «Le Seigneur disperse ceux qui s’élèvent dans les pensées de leur cœur; il renverse les puissants de leurs trônes»
Une voix d’alto soliste chante ce texte. Derrière elle, des notes s’ajoutent une à une, lentement, dans les chœurs où tous les pupitres sont divisés en 4 parties. Ces notes tenues en douceur forment progressivement une immense harmonie (diatonique). Lorsque la voix d’alto a terminé, cette harmonie s’ouvre en crescendo, descend de note, puis redevient douce. Je n’ai pas voulu faire là un équivalent de ce fameux tunnel lumineux où les Anges accompagnent les âmes des défunts qu’a peint Jérôme Bosch vers 1500 (un de mes peintres préférés), mais la sonorité de ce motet en est très proche. La deuxième partie du motet a été composée en 2015. Sur l’harmonie tenue des chœurs, un ténor soliste entonne une nouvelle mélodie psalmodique, plus étrange (que je l’aime!), avec des paroles tirées des Nocturnes de la fête de sainte Marie (du Psautier bénédictin). En parallèle, la grande harmonie chorale s’estompe lentement jusqu’à disparaître, alors que le ténor chante sa dernière strophe suivie d’un Alléluia vocalisé (et lui aussi troublant – que je l’aime!!). Tout ce motet, sauf l’Alléluia final, est en rythme verbal, donc en rythme sans mesure ni pulsation.

3. Credo
Une église copte d'Égypte détruite par les islamofascistes.
Motet sur un texte latin, pour chœur mixte à 8 parties. Cette pièce porte une dédicace, chose que je fais rarement (et que j’ai regretté d’avoir fait les fois que je l’ai faite…) : «Dédié aux 200 millions de Chrétiens qui, de par le monde, ne peuvent pratiquer librement leur foi, et tout particulièrement aux Chrétiens persécutés au Moyen Orient et en Afrique». Je n’ai pas (encore) osé écrire «persécutés par l’islamofascisme». Le Credo est pour chœur mixte à huit voix (2 parties de sopranos, d’altos, de ténors et de basses). La partition manuscrite compte 16 pages, pour 122 mesures (contrairement aux deux motets précédents, celui-ci est entièrement mesuré) et une durée d’environ 8’30. J’ai fait une réduction pour piano, à n’utiliser que pour les répétitions.
La pièce compte parmi ce que j’ai écrit de plus intense : j’ai rarement autant de forte et de fortissimo dans une partition! Intense, la musique est aussi tendue, comme rarement chez moi: je crois que c'est cet aspect qui me fait dédier cette pièces aux Chrétiens persécutés. Credo signifie Je crois! Je crois avec vous et je prie pour vous! C’est la pièce la plus difficile à chanter des sept. Pas extrêmement difficile, mais quand même, et les sopranos grimpent jusqu’au si bémol… La grande difficulté appartient surtout au chef de chœur, puisqu’il doit négocier pas moins de 13 changements de tempos, sans parler de quelques rallentendos

Début du Credo. Manuscrit original. (c) 2015 Antoine Ouellette SOCAN

Credo ne compte cependant aucun chromatisme ajouté – je déteste la musique chromatique : j’ai d’ailleurs déjà dit trouver que cela sonne «vieilli» et fatigué. Par contre, l’armure change 8 fois. Mais l’armure correspond rarement à celle d’une tonalité établie. En fait, je ne sais pas en quelle tonalité est vraiment Credo! Au début, on voit si bémol à l’armure, mais le mode initial serait plutôt sol mineur dorien (gamme de sol avec si bémol mais mi naturel). Pourtant, je n’avancerais pas que la pièce est en sol mineur. Un passage montre une armure «blanche» (aucun bémol ou dièse) et il pourrait sembler en la mineur. Pourtant, la musique pointe vers ré mineur ou même mi mineur… Le «point focal» de la pièce se trouve aux mesures 95-106. C’est le moment le plus rayonnant, le plus sonore (un fortissimo soutenu!), celui qui donne le plus une sensation de solidité tonale. Là, il y a 3 bémols à l’armure : cela ressemble à mi bémol majeur, mais la note do est si présente qu’il ne serait pas impossible de considérer ce passage comme étant en do mineur… Bref, il s’agit ici d’une tonalité aérienne qui se refuse à l’affirmation d’une tonalité, tout en étant parfaitement diatonique! Une tonalité mystérieuse pour chanter les mystères de la Foi.

Le texte latin du Credo avec mes annotations pour la musique (c) 2015 Antoine Ouellette SOCAN
Lorsque j’ai commencé Credo, je me suis rendu compte que ma première idée musicale boitait parce que je n’en avais pas encore saisi le caractère aérien de sa tonalité. Mais j’ai aussitôt changé quelques notes et, là, cela marchait! La pièce s’est imposée de soi par la suite, sans difficulté, et j’ai peu retouché mon premier jet.
En fait, l’étape problématique fut antérieure, à savoir me brancher sur le texte. Initialement, j’avais pensé à un texte en français. J’avais aussi envisagé un double texte : superposer le Credo traditionnel avec un Credo personnel. Mais j’ai renoncé à cette idée surtout par peur que l’entrecroisement des textes les rendent incompréhensibles. Par la même occasion, j’ai renoncé à un Credo personnel. Je vous entends me demander : «Mais Antoine! C’est quoi, un Credo?!». Le Credo est une partie de la Messe : c’est un texte que l’assemblée récite après la lecture de l’Évangile et l’homélie du prêtre. Les premiers mots sont : «Je crois en Dieu». Chose intéressante : c’est un texte au «je» mais récité par toute l’assemblée! Ce texte est l’énoncé abrupt et sans sentimentalité des vérités de la foi. J’ose même écrire le mot dogmes :


le Credo est l’énoncé des dogmes de la foi, de ces vérités auxquelles l’Église nous invite à croire et faire nôtres. Un dogme est une affirmation fondamentale, incontestable et intangible : quiconque conteste un dogme ne peut se dire Catholique. Dogme : un mot tabou! Il ne faut pas avoir de dogmes! Mais vous connaissez la rigidité des personnes autistes (car tous les livres en parlent, donc ce doit être vrai) : j’aime les dogmes. Religieux, du moins. Mais vous me faites rire, vous qui dites n’avoir aucun dogme! Essayez de contester une contravention pour excès de vitesse en argumentant que la loi n’est qu’un dogme! Je vis dans une société qui est pleine de dogmes… sauf en matière spirituelle : «La liberté d’expression ne doit avoir aucune limite», «Le droit d’une femme de recourir à l’avortement est sacré», «Tout le monde est égal» (mon œil!), «Avoir un téléphone cellulaire est indispensable», «Se mettre en colère est inacceptable», «Il ne faut pas fumer», «Il faut s’inscrire dans un gymnase pour s’entraîner», il faut ceci et pas cela, et mille autres «vérités» ou prétentions consensuelles.

Les Pères du Concile tenant le texte du Credo chrétien.

Donc, voilà la nature du Credo. Mais mon problème n’était pas entièrement résolu. Du côté catholique, il existe deux formules du Credo : la brève, dite Symbole des Apôtres, et la longue, dite «de Nicée-Constantinople» (fixée en 325). L’important est de savoir que le contenu du Credo est conciliaire : chaque mot a été pesé et soupesé, débattu (quelquefois très «virilement») et finalement adopté dans des Conciles, c’est-à-dire de grandes réunions de l’Église. Juste pour dire : il y a des siècles, l’Occident a ajouté un mot, un seul mot («filioque») et, depuis, l’Orthodoxie lui tient une rancune mortelle! Bref, le Credo est un texte d’Église, qui engage toute l’Église, c’est-à-dire l’ensemble des croyantEs. C’est pourquoi il est à la fois formulé au «je» et récité collectivement. Alors mon idée d’un credo personnel s’est révélée inappropriée, et j’y ai renoncé. Finalement, j’ai opté pour le long texte, celui des Conciles de Nicée et Constantinople, soit le texte utilisé le plus couramment. Mais encore : en quelle langue? J’ai choisi le latin plutôt que pour le français, le latin étant la langue d’origine du Credo (peut-être était-ce le grec? Mais la version latine est venue aussitôt). Donc, je me suis dit que cela permettrait à des chœurs de n’importe quel pays de le chanter plus commodément, qu’un tel choix plus universel est davantage au diapason de la nature même de ce texte. La musique de mon Credo est suffisamment capricieuse, je n’ai pas besoin d’ajouter des caprices linguistiques. Et puis, hum, je me souviens d’une choriste de mon chœur grégorien qui disait : «Au moins, quand c’est en latin, on ne comprend pas ce qu’on chante!». Dans son esprit, c’était positif! Parce qu’en français, elle ne pouvait éviter d’être confrontée à la dimension religieuse du texte chanté, ce qui l’énervait (oui, même si elle faisait partie d’un chœur grégorien), ce que lui évitait le latin auquel elle ne comprenait effectivement rien. Nous aurions aussi bien pu chanter uniquement des voyelles ou une langue fantaisiste que cela aurait été du pareil au même, et tout autant convenable… Peut-être même qu’un jour il y aura des messes sans la moindre référence à un dieu quelconque parce que, comme me l’a récemment dit un laïc impliqué dans l’Église, «il peut y avoir des gens non croyants à une messe, par exemple quelqu’un qui accompagne sa vieille mère, et il ne faudrait pas que cette personne se sente exclue». C’était dit sans rire. Cela me fait réaliser que la prétention de l’inclusion est un autre dogme de notre société. 
Extrait du Credo (c) 2015 Antoine Ouellette SOCAN
La musique est plus proche du texte que dans les deux pièces précédentes. Le mot Crucifixus («il a été crucifié»...) s'orne de dissonances âpres - chose à nouveau assez rare chez moi; le Saint Esprit (et in Spiritum Sanctum Dominum) gambade joyeusement aux sopranos comme une mélodie de trompette; les mots «avant tous les siècles» (Ante omnia saecula) reprennent la construction progressive d'une immense harmonie à 16 parties du motet précédent, mais télescopée sur quelques secondes seulement - et la pièce se termine de la même façon, immense et tonalement indéterminée. Je ne pouvais pas terminer ce motet sur un accord parfait, alors il se conclut avec un effet de tunnel vers la lumière mystérieuse.