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jeudi 1 octobre 2015

SYMPHONIES SACRÉES. Livre II. Pour choeur mixte a cappella (opus 48) / PARTITION GRATUITE POUR CHOEUR

PARTITION GRATUITE: NOTRE PÈRE
POUR CHOEUR MIXTE A CAPPELLA

Je vous offre la partition d'un des quatre motets pour choeur a cappella du Premier Livre des Symphonies sacrées. C'est le deuxième des quatre qu'il contient: Notre Père. Je pense qu'il contient de belles harmonies, et les choeurs qui l'ont chanté ont beaucoup aimé.
Pour obtenir la partition: 

Cette pièce est: (C) Antoine Ouellette. Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée). 
 
Les quatre motets du Premier Livre sont édités (Finale), tout comme quatre du Deuxième Livre (voir plus loin).
Les partitions sont disponibles au Centre de musique canadienne à Montréal:
quebec@centremusique.ca ou atelier@cmccanada.org

 
SYMPHONIES SACRÉES, DEUXIÈME LIVRE.
Sept motets pour chœur mixte a cappella (opus 48)
 
J’ai terminé mon Opus 48 à l'été 2015 : le Deuxième Livre des Symphonies sacrées, une série de sept motets pour chœur a cappella. C’est la première œuvre que j’ai composé à Sorel-Tracy. Comme pour le Premier Livre (opus 24), chacune des pièces peut être jouée isolément. Mais dans les deux cas, l’ensemble peut être donné ainsi en concert, dans l’ordre des pièces que j’ai prescrit (et qui n’est pas tout à fait celui de leur composition). Dans les deux cas aussi, il s’agit d’un «livre», c’est-à-dire d’un recueil de pièces composées (en partie) à des époques différentes mais toutes (ré)écrites pour l’occasion. Il y a cependant des différences entre les deux Livres, à commencer par le nombre de pièces - quatre pour le Premier, avec une pièce en deux versions, l’une en français, l’autre en latin, et sept pour le Deuxième. La durée totale diffère aussi, évidemment : autour de 24 minutes pour le Premier et 43 minutes pour son successeur. Toutes les pièces du Premier sont en français (sauf le cas mentionné précédemment); les pièces du Deuxième utilisent le grec, le latin, l’hébreu en plus du français. 
Bien qu’ils contiennent des éléments composés à différentes époques de ma vie, les deux Livres présentent chacun un grande forme cohérente lorsqu’ils sont chantés en entier. Le Premier Livre évolue de la monodie pure (Le Cantique des créatures) jusqu’à des sonorités larges, pleines, puissantes presque comme un orgue avec des cloches dans la dernière pièce (Hymne pascale). Le Deuxième Livre possède une forme en arche. Au centre, trois pièces intenses, précédées et suivies de deux pièces contemplatives, dont l’une de style psalmodique (une mélodie sobre répétée sur des strophes de textes différents). 
 
Pour le Premier Livre, avec une pièce en PDF gratuit: http://antoine-ouellette.blogspot.com/2021/04/symphonies-sacrees-livre-1-pdf-gratuit.html
 
La partition manuscrite compte 80 pages. Ce Deuxième Livre contient les pièces suivantes dont j’ai coté le niveau de difficulté sur 10 :

1. La procession des Anges. Motet en mouvement pour voix d’hommes (stationnaires) et 4 groupes de 3 femmes en déplacement libre. Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté : 5. Cette pièce est basée sur le Kyrie grégorien de la Messe des Anges, et les voix d’hommes le chantent, rythmé par mes soins.

2. À Marie, mère de Dieu. Motet psalmodique pour alto solo, ténor solo, et chœur mixte (chaque pupitre divisé en 4 parties). Durée : c.5’30 / Niveau de difficulté : 4. La première moitié de cette pièce provient de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie (opus 23, 1998), la seconde a été composée en 2015.

3. Credo [ce motet est édité via Finale]. Motet sur un texte latin, pour chœur mixte à 8 parties. Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté 7 ou 8. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. C’est la pièce la plus difficile du Livre, celle que je préfère aussi.

4. Ad celebres [ce motet est édité via Finale]. Motet en forme de monodie rythmée, pour chœur mixte, avec accompagnement ad libitum de tambour à cadre et tambour de basque. Durée : c.2’30 / Niveau de difficulté : 3 ou 4.

5. Le prophète indigné [ce motet est édité via Finale]. Motet en forme de Rap, pour voix de rappeur et chœur mixte. Durée : c.4’00 / Niveau de difficulté : 5. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. 

6. Shalom alekhem / Que la Paix soit avec vous [ce motet est édité via Finale]. Motet pour chœur mixte, sur un texte en hébreu. Durée : 4’40 / Niveau de difficulté : 4 ou 5. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions.

7. Le cantique d’Isaïe. Motet psalmodique pour chœur mixte à 8 parties, avec accompagnement ad libitum de carillons éoliens métalliques en coulisse. Durée : c.10’30 / Niveau de difficulté : 4

Je reprends chacune des pièces pour en donner un aperçu. 

1. La procession des Anges
Gravure de Gustave Doré
Motet en mouvement pour voix d’hommes (stationnaires) et 4 groupes de 3 femmes en déplacement libre. Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté : 5.
 
 Cette pièce est basée sur le Kyrie grégorien de la Messe des Anges, que les voix d’hommes chantent, rythmé par mes soins. Les voix d’hommes sont stationnaires, mais quatre groupes de trois femmes (sopranos et altos) sont dispersés dans le lieu où la pièce est chantée. Ces groupes se situent aux quatre coins et doivent être aussi loin que possible du chœur des hommes. Ces douze voix de femmes ont une partition spéciale qui consiste en une variante du Kyrie divisée en 16 petites phrases, numérotées de 1 à 16. Au début de la pièce une voix de chaque groupe commence à tour de rôle à chanter cette mélodie. Le tempo est très lent (40 à la noire) et les 16 phrases doivent être chantées très librement, séparées les unes des autres d’une respiration de durée brève mais indéterminée. Lorsque les hommes chantent la première phrase du Kyrie (sur les mots Kyrie eleison, Bis), les quatre femmes continuent leur chant, mais en se déplaçant, lentement et librement dans tout l’espace, si possible même dans les allées au sein du public – l’idéal est de donner cette pièce dans une église. Idéalement aussi, chaque femme doit tenir à la main un petit cierge allumé. Le tempo du Kyrie des hommes est un peu plus vite (44 à la noire pointée). Avant et pendant la deuxième phrase du Kyrie (sur les mots Christe eleison), une autre femme de chaque groupe commence la mélodie, puis se met en mouvement. Même chose lors de la troisième, et dernière, phrase des hommes. 
À ce moment, la musique mesurée des hommes est entourée par le contrepoint libre et non pulsé des douze femmes en déplacement. Lorsqu’une femme aura terminé le cycle de ses 16 petites phrases mélodiques, elle doit rechanter ces phrases, mais cette fois dans l’ordre qu’elle désire, avec la possibilité de répéter telle ou telle phrase. La musique des femmes doit donner l’impression d’une improvisation. Vers la fin, les femmes rejoignent les hommes puis, lorsque ceux-ci ont terminé de chanter, les femmes, tout en continuant leur chant, s’en vont en coulisse, tranquillement, et disparaissent à la vue du public. Cela peut sembler compliqué dit comme ça, mais en fait c’est simple à mettre en place, et les parties vocales ne sont pas très difficiles. La grande difficulté est psychologique : il faut oser monter la pièce telle qu’elle doit être, incluant le chant en déplacement!

2. À Marie, mère de Dieu
Marie et Jésus enfant. Miniature persane.
Motet psalmodique pour alto solo, ténor solo, et chœur mixte (chaque pupitre divisé en 4 parties). Durée : c.5’30 / Niveau de difficulté : 4. 
 
Comme la dernière pièce du Livre, cette pièce est un motet psalmodique, c’est-à-dire que la forme consiste en une mélodie très simple, répétée sur des strophes de paroles différentes. Cette pratique est courante dans le chant monastique, justement pour chanter les Psaumes (livre de l’Ancien Testament contenant 150 poèmes sacrés, dits psaumes). Le dépouillement mélodique et la répétition créent un climat hautement contemplatif, car ce type de chant ne vise aucunement à «exprimer» ou «décrire» le sens littéral des mots. La première moitié d’À Marie, mère de Dieu provient de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie (opus 23, 1998), et les paroles sont celles du Magnificat, le cantique que Marie a prononcé lorsque l’Ange lui annoncé qu’elle aura un fils (Évangile selon saint Luc, premier chapitre, versets 46-55). Ces paroles sont douces («Le Seigneur s’est penché sur son humble servante»), mais avec des phrases fortes aussi : «Le Seigneur disperse ceux qui s’élèvent dans les pensées de leur cœur; il renverse les puissants de leurs trônes»
Une voix d’alto soliste chante ce texte. Derrière elle, des notes s’ajoutent une à une, lentement, dans les chœurs où tous les pupitres sont divisés en 4 parties. Ces notes tenues en douceur forment progressivement une immense harmonie (diatonique). Lorsque la voix d’alto a terminé, cette harmonie s’ouvre en crescendo, descend de note, puis redevient douce. Je n’ai pas voulu faire là un équivalent de ce fameux tunnel lumineux où les Anges accompagnent les âmes des défunts qu’a peint Jérôme Bosch vers 1500 (un de mes peintres préférés), mais la sonorité de ce motet en est très proche. La deuxième partie du motet a été composée en 2015. Sur l’harmonie tenue des chœurs, un ténor soliste entonne une nouvelle mélodie psalmodique, plus étrange, avec des paroles tirées des Nocturnes de la fête de sainte Marie (du Psautier bénédictin). En parallèle, la grande harmonie chorale s’estompe lentement jusqu’à disparaître, alors que le ténor chante sa dernière strophe suivie d’un Alléluia vocalisé. Tout ce motet, sauf l’Alléluia final, est en rythme verbal, donc en rythme sans mesure ni pulsation.

3. Credo
Les Pères du Concile tenant le texte du Credo chrétien.
Motet sur un texte latin, pour chœur mixte à 8 parties. Durée : c.8’30 / Niveau de difficulté 7 ou 8. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions.
 
Motet sur un texte latin, pour chœur mixte à 8 parties. Cette pièce porte une dédicace : «Dédié aux 200 millions de Chrétiens qui, de par le monde, ne peuvent pratiquer librement leur foi, et tout particulièrement aux Chrétiens persécutés au Moyen Orient et en Afrique». Le Credo est pour chœur mixte à huit voix (2 parties de sopranos, d’altos, de ténors et de basses). La partition manuscrite compte 16 pages, pour 122 mesures (contrairement aux deux motets précédents, celui-ci est entièrement mesuré) et une durée d’environ 8’30. J’ai fait une réduction pour piano, à n’utiliser que pour les répétitions.
La pièce compte parmi ce que j’ai écrit de plus intense : j’ai rarement autant de forte et de fortissimo dans une partition! Intense, la musique est aussi tendue: je crois que c'est cet aspect qui me fait dédier cette pièces aux Chrétiens persécutés. Credo signifie Je crois: Je crois avec vous et je prie pour vous! C’est la pièce la plus difficile à chanter des sept, et les sopranos grimpent jusqu’au si bémol… La grande difficulté appartient surtout au chef de chœur, puisqu’il doit négocier pas moins de 13 changements de tempos, sans parler de quelques rallentendos

Début du Credo. Partition éditée / (c0 2015 Antoine Ouellette Socan

Credo ne compte cependant aucun chromatisme ajouté. Par contre, l’armure change 8 fois. Mais l’armure correspond rarement à celle d’une tonalité établie. Il s’agit ici d’une tonalité aérienne qui se refuse à l’affirmation d’une tonalité, tout en étant parfaitement diatonique! Une tonalité mystérieuse pour chanter les mystères de la Foi.
La musique est plus proche du texte que dans les deux pièces précédentes. Le mot Crucifixus («il a été crucifié»...) s'orne de dissonances âpres; le Saint Esprit (et in Spiritum Sanctum Dominum) gambade joyeusement aux sopranos comme une mélodie de trompette; les mots «avant tous les siècles» (Ante omnia saecula) reprennent la construction progressive d'une immense harmonie à 16 parties du motet précédent, mais télescopée sur quelques secondes seulement - et la pièce se termine de la même façon, immense et tonalement indéterminée. Je ne pouvais pas terminer ce motet sur un accord parfait, alors il se conclut avec un effet de tunnel vers la lumière mystérieuse. 


4. Ad celebres.  
Motet en forme de monodie rythmée, pour chœur mixte, avec accompagnement ad libitum de tambour à cadre et tambour de basque. Durée : c.2’30 / Niveau de difficulté : 3 ou 4. 
Je dirige Grégoria, en plein air, au centre-ville de Montréal.
Texte et mélodie proviennent d’un manuscrit anonyme du XIIe siècle : il s’agit d’une séquence en l’honneur de l’Archange saint Michel. Mon ami Mario Lord l’avait transcrite, et je l’avais rythmée à ma manière : un rythme ternaire affirmé. Lorsque je dirigeais du chant grégorien avec l’Ensemble Grégoria, nous l'avons chantée plusieurs fois.
Une séquence fonctionne ainsi : une première mélodie répétée deux fois sur des paroles différentes; une deuxième mélodie répétée deux fois sur des paroles différentes; une troisième mélodie répétée deux fois sur des paroles différentes; une quatrième, etc., et ainsi de suite. Habituellement, il n’y a pas de retour d’une mélodie déjà chantée. La rythmique des séquences demeure débattue et mystérieuse. Mais comme il s’agissait de recréer la pièce, j’ai décidé de lui donner un rythme ternaire affirmé : la noire pointée à 60. Cela peut paraître lent, mais la pièce possède une grande force motrice. Surtout qu’il faut la chanter forte (ou mezzo forte, mais pas en-dessous). De manière optionnel, je suggère qu’on la chante avec deux percussions : tambour de basque et tambour à cadre.
Fin d'Ad celebres / (c) 1992 - 2015 Antoine Ouellette Socan
 

5. Le prophète indigné. 
Motet en forme de Rap, pour voix de rappeur et chœur mixte. Durée : c.4’00 / Niveau de difficulté : 5. 

Oui, un motet en forme de Rap, avec une voix de rappeur (mais non, il ne dit pas Yo). Les choristes doivent frapper des mains ensemble et frapper des mains sur les cuisses, claquer des doigts, taper du pied, etc.! La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. Le texte est un montage de versets tirés principalement des Psaumes 57, 82 et 108; avec quelques emprunts aux Psaumes 58 et 109, de même qu’une phrase de livre d’Amos, le «prophète maudit» - tous des textes de l’Ancien Testament. J’ai délibérément choisi ces versets pour la violence extrême de leurs images, une violence à l’encontre des enrichis qui appauvrissent les petites gens, à l’encontre de ceux qui devraient faire régner la justice de par leurs fonctions dans la société mais qui trahissent sans vergogne cette justice et persécutent les justes. Des mots d’une force inouïe. Cela m’a rappelé le bouillant syndicaliste québécois Michel Chartrand (1916-2010), un socialiste convaincu mais catholique pratiquant. Lorsqu’il a été emprisonné (à quelques prises pour avoir défié les autorités), Monsieur Chartrand apportait avec lui sa Bible et récitait les Psaumes dans son cachot! Il disait qu’il n’y avait pas de textes plus forts contre les exploiteurs de tout acabit, et il avait bien raison! Jugez-en :

Vous bâillonnez la justice, vous qui jugez!
Vos cœurs commettent le crime!
Vos mains font régner la violence!
Vos paroles ne sont que mensonges!
Dans ta colère, détruis-les! Qu’ils disparaissent!
Dieu! Brise leurs dents et leur mâchoire!
Que leurs cadavres s’entassent!
Joie pour le Juste de voir la vengeance, de laver ses pieds dans le sang des meurtriers!

 
Je suis conscient que ce texte peut causer du malaise. Mais il doit être pris au second degré, car c’est un cri de l’âme devant l’injustice flagrante. Ce texte opère une catharsis, et j’avoue avoir trouvé jubilatoire de le mettre en musique! Cela dit, cette pièce pourrait être jumelée avec la suivante qui est son contrepoids tourné vers la paix. Une phrase d’Amos, d’abord entendue en filigrane comme un cantus firmus, s’impose, puissante et imprécatoire : «Que déferle sur nous un océan de justice, et l’onde éternelle d’un torrent de droiture».

La voix du rappeur est notée rythmiquement mais sans hauteurs, et je précise que le texte doit vraiment être scandé dans le style du rap.

Sur le plan tonal aussi, cette pièce est un combat. À l’armure d’un bout à l’autre, un si bémol. Mais la pièce est vraiment en mi bémol majeur! Ce mi bémol majeur ne sera gagné qu’à la toute fin, avec un lumineux accord de neuvième majeure.

Extrait du Prophète indigné / (c) 2015 Antoine Ouellette Socan

6. Shalom alekhem / Que la Paix soit avec vous

Motet pour chœur mixte, sur un texte en hébreu. Durée : 4’40 / Niveau de difficulté : 4 ou 5. La partition comporte une réduction pour piano qui ne doit servir que lors des répétitions. 
 
 
Shalom, Paix, en hébreu
Après la violence de la pièce précédente, le paradoxe d’une pièce toute axée sur la paix. La musique de cette pièce dérive d’un Psaume pour orgue que j’avais composé à 18 ans. J’avais retiré cette pièce très maladroite de mon catalogue, mais j’en avais tout de même conservé le manuscrit. J’en aimais bien quelques tournures mélodiques, quelques harmonies, mais cela m’a pris beaucoup de temps avant de me décider à en faire quelque chose qui me satisfasse. Et voilà, c’est fait et, ma foi, très joli. Contrairement aux autres pièces du Livre qui sont modales, celle-ci est la plus tonale, donc la moins «dépaysante». La pièce est dans un Ré majeur qui tend vers Si mineur. À deux reprises, une sorte de carillon intervient en Ré majeur qui fait rayonner le mot Shalom (Paix); il revient vers la fin en Ré bémol majeur, et la pièce se termine sur un accord de neuvième majeure sur Sol bémol majeur. 
L’hébreu se prononce facilement ici, et la pièce se termine avec deux phrases en français, récitées et non chantées. J’ai assemblé le texte chanté en allant chercher les expressions en hébreu / araméen que l’on trouve dans l’Évangile (Marana Tha, Effata, Talitha koum), avec des extraits du Psaume 23 : Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. Je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi. Avec aussi des extraits du Kaddish juif : Que Celui qui établit la paix au Ciel l’établisse aussi parmi nous; et la salutation traditionnelle qui donne à la pièce son titre : Shalom alekhem, La paix soit avec vous. 
Extrait de Shalom alekhem / (c) 2015 Antoine Ouellette Socan



7. Le cantique d’Isaïe
Motet psalmodique pour chœur mixte à 8 parties, avec accompagnement ad libitum de carillons éoliens métalliques en coulisse. Durée : c.10’30 / Niveau de difficulté : 4
 
Isaïe. Vitrail d'église en Caroline du Nord
Texte et musique proviennent de l’oratorio L’Amour de Joseph et Marie. En éliminant les parties orchestrales, j’ai dû réécrire les voix chorales. Le texte chanté provient du Livre d’Isaïe de l’Ancien Testament : un passage visionnaire dans lequel le Prophète annonce longtemps d’avance la venue du Christ, sa Passion et sa Résurrection d’entre les morts. La psalmodie est ici à deux voix plutôt qu’une dans À Marie, mère de Dieu; deux voix agencées comme un organum médiéval, en mouvement contraire. La forme est strophique : 14 strophes, comme les 14 Stations du Chemin de Croix; avec un Alléluia conclusif. 
Cette pièce se situe à nouveau dans un univers modal. Sauf quelques mesures, Le cantique d’Isaïe est en rythme verbal non mesuré et non pulsé, ni lent ni rapide, proche donc du débit parlé, en respectant la ponctuation du texte et sa respiration. Je précise dans la partition que c’est à chanter dans un esprit contemplatif, avec peu de vibrato. Si possible, ce motet peut être «accompagné» par les douces résonances de carillons éoliens métalliques (de différentes tailles) en coulisse, qu’un choriste entretiendra du début à la fin de la pièce. Comme un avant-goût du Ciel...
Extrait du Cantique d'Isaïe. (C) 1998 / 2015 Antoine Ouellette SOCAN


Sources des illustrations: Wikipédia (Domaine public PD-US), collection personnelle, et sites commerciaux pour les couvertures de livres.


mardi 1 septembre 2015

LOUÉ SOIS-TU FRANÇOIS!


Loué sois-tu François!
Regards sur l'encyclique du Pape François sur l'écologie 
 
En 2015 paraissait la Lettre encyclique Loué sois-tu du Pape François, et qui porte comme son sous-titre le dit «sur la sauvegarde de la maison commune», c’est-à-dire sur l’environnement, l’écologie, la Terre, la Création. J’attendais depuis longtemps un texte de ce genre de la part d’un Pape car, comme vous le savez peut-être, je suis biologiste de première formation (baccalauréat complet en science écologique à l’Université de Montréal). Le prédécesseur du Pape François, Benoît XVI, que j’aimais beaucoup, avait déjà mis la table non seulement avec quelques déclarations et un texte plus substantiel, mais aussi en «verdissant» le Vatican où, entre autres gestes, il a fait poser des panneaux solaires. Mais en général, la portée écologique de la spiritualité catholique demeurait davantage implicite qu’explicite, et j’espérais que la situation change.

Alors voilà, c’est fait. L’encyclique Loué sois-tu est vraiment substantielle, avec ses 6 chapitres, 246 sections («paragraphes»), une Prière pour notre terre et une Prière chrétienne avec la création. Éditée par Médiaspaul, cela représente un livre de 184 pages. En passant, cette édition est très belle, avec une couverture magnifique, et ce livre coûte moins de $10 – vous pouvez aussi télécharger gratuitement l’encyclique en PDF : http://www.connect4climate.org/images/uploads/papa-francesco_enciclica-laudato-si_fr.pdf
Donc, pas de raison de ne pas la lire, sinon des mauvaises!


Mise au point féline

Mise au point. Il se dit et s’écrit tout et n’importe quoi au sujet de l’Église catholique! Non, Dan Brown n’est pas un historien crédible de l’Église catholique : c’est un romancier qui a trouvé un bon filon pour faire de l’argent. Tant mieux pour lui, mais c’est un peu drôle de se baser sur ses romans pour se faire une idée réelle. Pour l’encyclique du Pape, certains ont affirmé que l’Église tente de récupérer la vague écologiste. C’est un procès d’intention douteux, à nouveau. Le Pape François aborde des questions théologiques et spirituelles qui nécessitaient d’être précisées, en plus d’être particulièrement cruciales dans notre monde. Je vous invite aussi à parcourir ce site intéressant:
http://animal-respect-catholique.org/saints.htm

Néanmoins, on me dira : «Mais Antoine, l’Église catholique n’a pas été un modèle en écologie. Tu aimes les chats, et l’Église a voulu les exterminer!». Dans le numéro d’août-septembre de Québec Science, il est repris qu’en 1233 l’«Église a décidé d’exterminer le chat dans toute l’Europe». Plusieurs répètent (et enjolivent) cette idée au point qu’on la prend pour une vérité. Or, c’est tout faux encore une fois! Mais il faut aller vérifier dans des sources crédibles, ce dont on ne se donne pas la peine. Laurence Bobis est une chercheure sérieuse qui a dépouillé ce qui a été écrit au sujet du chat au fil des âges. Elle a écrit Une histoire du chat (Seuil, collection Points) très bien documentée. Sa conclusion? Voici : «Ne croit-on pas aujourd’hui encore que l’on massacrait les chats au Moyen Âge? Or je n’ai jamais rien trouvé de tel dans mes recherches, et cette affirmation ressemble fort à un préjugé ou une croyance». Dans son livre, elle donne même des exemples de lois du XIIIe siècle où voler ou tuer un chat était passible de peines. De toute évidence, tous les monastères possédaient quelques chats, ne serait-ce que pour contrôler les rongeurs – même si sainte Hildegarde de Bingen ne les aimait pas beaucoup, comme quoi les saints et saintes ne sont pas parfaits...

Renart, le personnage vedette du Roman portant son nom.
Le Roman de Renart a été écrit peu à peu, aux XIIe et XIIIe siècles.
Madame Bobis cite plusieurs textes d’époque où le chat est représenté positivement. Au 13e siècle, alors que l’on prétend que l’Église persécutait les chats, le Roman de Renart est très populaire avec ses animaux aux comportements humains, dont le chat Tibert qui en est un des héros. Le fameux texte du Pape Grégoire IX de 1233 n’est pas du tout dirigé contre les chats mais bien contre les Cathares, des gens du Sud de la France qui avaient une vision psychopathologique du Christianisme. Je ne jouerai pas à l’arbitre dans ce conflit, mais j’observe que les papes de l’époque ont été très patients avec les Cathares. Ils envoyaient des médiateurs pour discuter avec eux, mais ces médiateurs avaient la fâcheuse tendance à ne pas revenir de leur mission. Pas parce qu’ils s’étaient convertis à l’idéologie des cathares, mais parce que ces derniers les assassinaient! À un moment, il fut décidé que la patience avait été épuisée… 

En ce qui concerne les chats, si on les avait effectivement exterminés «par millions», l’espèce aurait disparu d’Europe, ce qui ne fut évidemment pas le cas, bien au contraire. C’est certain que les humains de l’époque n’ont pas toujours bien agi avec les animaux, mais je suis mal à l’aise que nous les jugions sans mesure, alors que la maltraitance envers les animaux est si présente dans notre propre société. Donc, tout cela est de la bouillie pour les chats, et je ne donnerais jamais de cette bouillie à Napoléon, mon chat! Autre précision : c’est ce même Pape Grégoire IX qui a reconnu la sainteté de François d’Assise qui prêchait l’Amour envers la Création de Dieu et toutes ses créatures. 


Un bond quantique

Retour au Pape François. J’avoue que j’avais crainte. Son encyclique précédente, La joie de l’Évangile, m’avait un peu laissé sur ma faim. Elle est très bien, mais je trouvais que la joie était approchée d’une manière volontariste : il faut être joyeux! Alors, quelle fut ma première impression face à Loué sois-tu? La joie, justement! Le texte est très bien documenté sur la question environnementale, très à jour, et peut donc être lu avec profit par quiconque même n’est pas croyant. Le Pape se fonde sur les Écritures saintes, sur la tradition catholique, l’œuvre de saints et de saintes; il puise abondement dans des documents provenant d’évêques de toutes les parties du monde; il puise aussi dans des textes de philosophes et des écrits profanes, ce qui donne à son texte une portée large. On y trouve un exposé de la situation telle qu’elle est, et de nombreuses pistes de solutions. Ces pistes recoupent souvent les propositions de mouvements écologistes, mais elles mettent l’accent sur le fait que la destruction de l’environnement porte atteinte aux pauvres en premier lieu. Dans l’optique catholique, le souci pour les démunis prime, ce qui est rappelé avec force en plusieurs passages de l’encyclique. Le seul point d’interrogation que j’ai est que François reprend à son compte la lubie du Pape Jean XXIII en faveur d’une sorte de gouvernement mondial, d’autorité politique mondiale (paragraphe 175 de l’encyclique). Personnellement, je suis sceptique et je me pose plus de questions que je ne trouve de réponses. Ce gouvernement mondial, qui le nommera? Qui le dirigera? Sera-t-il élu? De quelle façon? Ne risque-t-il pas d’être rapidement contrôlé par l’élite économique néolibérale? L’Organisation des Nations-Unies existe déjà, et il est difficile de dire qu’elle se distingue par son efficacité; alors qu’en serait-il de ce gouvernement mondial? Dans l’état actuel des choses, j’avoue ne pas croire au bien-fondé de cette proposition.

Saint Séraphim de Sarov, un ermite russe du XIXe siècle
qui partageait sa vie contemplative avec un ours.
Pour ma part, ce que j’attendais surtout de ce texte n’était ni le portrait de la situation actuelle ni des pistes concrètes de solution. Tout cela est ici, à mes yeux, un supplément heureux. Ce que j’attendais en premier lieu est de rendre explicite la vision spirituelle catholique de la Terre et de la Création, tout comme celle sur la place de l’Humain dans cette grande œuvre. Et là, l’encyclique mérite une note parfaite. À mon avis, le discours catholique vient de faire un bond quantique dans l’explicitation du Mystère chrétien. Je dirais même que ce texte est en première ligne de la réflexion sur le sujet aujourd’hui.

Pourquoi avais-je cette attente? Parce qu’actuellement prévaut une vision venue d’un certain protestantisme. Selon cette vision, la Terre a été donnée à l’Homme pour qu’il la domine, la soumette et en fasse ce que bon lui semblera. La Terre est inerte : l’Homme peut en faire ce qu’il veut, jusqu’à la surexploiter et la polluer au max, il n’y aura pas de conséquences. Comme croyant mais aussi en tant que biologiste, je n’ai jamais accepté cette vision. Mais l’Église catholique a tardé à expliciter son point de vue, ce qui laissait toute la place à cette optique protestante. 


Je suis frère de l’eau et de ce joli millepatte!

François le fait maintenant, et les chapitres 2, 4 et 6 de Loué sois-tu sont précisément consacrés à cela. Le premier point fort est de préciser le sens véritable du livre de la Genèse où Dieu dit à l’Homme de dominer et soumettre la Terre – des propos que les adversaires de l’Église aiment à lui mettre sur le nez. François rappelle que ces propos doivent absolument être mis en perspective avec ce que la Genèse elle-même écrit aussi : il s’agit non pas d’exploiter sauvagement la Terre, mais bien de «cultiver et garder le jardin du monde» (paragraphe 67). Il écrit : «Alors que «cultiver» signifie labourer, défricher ou travailler, «garder» signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature». Cette interprétation correcte de l’Écriture sacrée est très bien explicitée dans le chapitre 2, et elle donne enfin l’heure juste.

Saint François d'Assise parlant aux
oiseaux. Peinture de Giotto.
François répudie l’anthropocentrisme, cette tendance de l’être humain à tout voir en fonction de lui seul. Le Pape écrit que les autres espèces vivantes ont une valeur ainsi qu’une beauté en elles-mêmes et non au seul titre d’«éventuelles ressources exploitables». Il rappelle ce qui était déjà dans le Catéchisme de l’Église catholique publié sous Jean-Paul II : «Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinie de Dieu. L’Homme doit respecter la bonté propre de chaque créature». Nous sommes les frères et les sœurs des fleurs, des oiseaux, de l’eau, du Soleil! Ce n’est pas là un propos nouveau chez les Catholiques, c’est ce qu’enseignait et vivait saint François d’Assise en son temps, le saint qui fut le plus proche du Christ. Jésus lui-même vivait en parfaite harmonie avec la nature : il parlait au vent, et le vent l’écoutait. Mes amis amérindiens le voient comme le Grand Chaman, ce qui n’est pas faux. Le Pape écrit : «Pour la tradition judéo-chrétienne, dire «création», c’est signifier plus que «nature», parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère. Mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle» (paragraphe 76). Cette communion universelle, c’est celle entre les Humains, mais aussi, et le texte est très explicite, c’est celle entre tous les êtres, humains et non humains, vivants et non vivants.

Le Grand Chaman: le Christ qui parle au vent et marche
sur les eaux. Saint Pierre va à sa rencontre.
Peinture d'Ivan Aivazovsky (Russie)
Il est à la mode ces temps-ci d’affirmer que l’Homme n’est qu’une espèce comme les autres et parmi d’autres. Un simple animal, quoi. Curieux paradoxe parce que, tout en disant cela, nous nous arrogeons des droits sans limite sur les autres êtres en nous donnant toutes sortes de justifications! Mais selon l’Évangile et la foi catholique, l’Homme est différent : «Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts. Chacun de nous a, en soi, une identité personnelle, capable d’entrer en dialogue avec les autres et avec Dieu lui-même. La capacité de réflexion, l’argumentation, la créativité, l’interprétation, l’élaboration artistique et d’autres capacités inédites montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique». Chaque être humain est un sujet, non un objet, une personne. Et il ajoute aussitôt : «Il serait aussi erroné de penser que les autres êtres vivants doivent être considérés comme de purs objets, soumis à la domination humaine arbitraire»
D’où cette conclusion magnifique : «La fin [le but] ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout» (paragraphes 81 à 83). Ce qui me permet de rappeler que l’Église catholique n’a pas condamné les idées de Charles Darwin : la Bible étant l’Histoire sainte, l’Univers est un projet d’amour de Dieu qui est en marche, donc en cours d’évolution. C’est pourquoi le frère Marie-Victorin, grand botaniste québécois du début du XXe siècle, était un chaud partisan de la vision évolutive du monde issue des travaux de Darwin.

Dans la tradition bouddhiste, les animaux sont respectés, voire vénérés. Mais parce que tel lion, tel buffle, est peut-être la réincarnation de mon arrière-grand-père. Le Catholicisme est incompatible avec le concept de réincarnation, purement et simplement. La création et tous les êtres doivent être respectés avec compassion et amour en eux-mêmes, et en tant qu’œuvre de Dieu. 


Deux points d’achoppement parmi d’autres

Bien des chrétiens et des catholiques l’ont oublié en sainte punaise : l’obsession pour la consommation n’est pas une valeur chrétienne! Or, cette obsession est au cœur du défi écologique. Le Pape François écrit ce rappel : «La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas» (paragraphe 222). Aussi, «une écologie intégrale est faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. Le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes les formes» (paragraphe 230). Le Pape invite donc à la gratuité.
Hubert adorait chasser, même le Vendredi Saint.
Cette fois-là, le cerf s'est arrêté et une voix a dit:
«Hubert, Hubert! Jusqu'à quand poursuivras-tu
les bêtes dans la forêt?». Ce fut le début de la
conversion de saint Hubert qui ne chassa plus.
Au paragraphe 120, le Pape ose écrire ce que personne ne veut lire ou entendre : «La défense de la nature n’est pas compatible avec la justification de l’avortement». Là, je raconte quelque chose qui m’est arrivé. Une dame œuvrant en autisme me mène en auto à un lieu où je dois donner une conférence. Chemin faisant, nous discutons librement. À un moment, la dame s’est échappée : «Savoir que mon enfant serait autiste, je me ferais avorter». Elle me disait ça à moi qui suis autiste! Elle avait oublié et baissé la garde. Il paraît que les non autistes sont extraordinaires d’empathie et que, nous, autistes, l’empathie n’est pas notre fort. Mais c’est bizarre combien de fois il m’arrive de ne pas voir dans les non-autistes des maîtres à suivre en ce domaine. J’étais tellement assommé de ce propos que j’ai à peine réagi, sinon en disant que je n’ai pas été un enfant particulièrement difficile. Plus récemment, cette fois lors d’un échange de courriels, quelqu’un s’est échappé exactement de la même manière. Mais là, j’ai réagi : «Te rends-tu compte de ce que tu écris?! De ce que tu m’écris, à moi? Tu me dis que ma mère aurait dû se faire avorter. Tu me dis que je ne vaux pas de vivre. Que toi, par contre, tu mérites de vivre. Parce que tu vaux plus que moi». Nous vivons un complet dérapage éthique - l’avortement est utilisé jusque pour avorter des filles, parce qu’on veut des garçons; cela se passe même au Canada où il n’y a aucune balise pour l’avortement. J’ai la nette impression que l’Église catholique est seule aujourd’hui à oser dénoncer ces dérives et à défendre les «gens imparfaits», dont je fais partie. Et encore, je sais qu’il y a bien des catholiques, même pratiquants, qui exigent de l’Église qu’elle «s’ouvre». C’est à chacun et chacune de nous à nous ouvrir : «Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l’on ne protège pas l’embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés» (paragraphe 120). Je rejette toute vision de la personne humaine qui octroie davantage de valeur à telle personne plutôt qu’à une autre; une vision qui condamne à mort et qui juge dans l’abstrait («il faut avorter les trisomiques et les autistes»), sans pouvoir savoir d’avance ce que la personne pourra apporter. L'Évangile n'enseigne pas la détestation du corps, mais bien le fait que ce corps est un temple.
C’est aussi sur de tels enjeux que le rétablissement de l’harmonie entre l’humanité et la Terre se jouera. Se jouera : se gagnera ou sera perdu. 

PS. Le Docteur Harold Koenig de l'Université Duke aux États-Unis (Caroline du Nord) a publié en juillet dernier les résultats d'une méta-analyse regroupant parmi les meilleures études portant sur les liens entre religion et santé mentale, des études menées entre 1990 et 2010. Selon le travail du Docteur Koenig, 72% des études montrent que l'engagement religieux ou spirituel diminue le risque de troubles psychiatriques, alors que seulement 5% démontrent le contraire. Les deux seuls types de troubles mentaux pour lesquels les résultats sont mitigés sont la schizophrénie et la bipolarité. Les risques de développer une religiosité malsaine sont nettement inférieurs aux bienfaits apportés par la pratique religieuse (La Presse, lundi 27 juillet 2015). Alors si vous êtes attiré par la pratique religieuse, laissez de côté les discours dénigrants et les préjugés, et ne vous privez pas!

Source des illustrations: Wikipédia (Domaine public PD-US) et sites de vente en ligne pour les couvertures de livres.