MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!



jeudi 1 mai 2014

SERAIS-JE PARISIEN?!

SERAIS-JE PARISIEN?!
 
Cet article fut écrit à la suite d'un séjour en France et en Suisse en 2014, durant lequel j'ai participé à des salons du livre.

Le Musée Marmottan. à ne pas manquer!
Des gens m’avaient gentiment prévenu peu avant mon départ :
«Oh, Paris, ce n’est plus comme avant…». Ou encore pire : «La France se meurt! On veut détruire la France!». Que diable! Ce n’est pas drôle, ça… Mais je suis parti sans m’arrêter à ces propos. J’ai donc participé au Salon du livre de Paris (21-24 mars) où mon éditeur m’a envoyé en pénitence (mais non, je blague). Mes activités au Salon m’ont laissé du temps pour flâner dans Paris, et pour visiter le Musée Marmottan Monet, visite que je recommande aux amoureux de la peinture impressionniste. C’est un musée magnifique et, wow!, j’ai vu LA toile, Impression, Soleil levant (1872), celle qui a donné le mot Impressionnisme. Vous savez que cela vient d’un critique qui, avec l’élévation spirituelle caractéristique de sa haute caste, avait levé le nez sur l’œuvre : «Hum… Du barbouillage… Ils ne savent même pas dessiner, ces nuls! Que du flou, juste des impressions…». On connaît la suite de l’histoire. La collection du musée est fabuleuse et méritait amplement l’heure que j’ai dû attendre en queue à l’extérieur.
Quant à Paris… C’était la quatrième fois que j’y allais. Les fois précédentes, malgré de belles découvertes, la ville me donnait le tournis. Des autos, trop d’autos, du monde, plein de monde, partout, une densité qui m’est inhabituelle, et, malheureusement, du smog. Je dois par contre avouer ne pas être très «grande ville», même si je suis né et ai vécu jusqu’à maintenant dans une grande ville (Montréal). Et cette fois-ci? Eh bien, j’ai adoré Paris! Pour la première fois, sa magie a opéré. Je logeais dans un petit hôtel sur une toute petite rue tranquille, à quelques coins de rues du Salon, dans le XVe arrondissement. Je ne connaissais pas cet arrondissement qui n’est pas touristique parce qu’essentiellement résidentiel et familial. Il est donc plus calme, avec plusieurs parcs, et une ancienne voie ferrée que l’on a transformée en parc linéaire de 1,8 km, où l’on laisse la nature reprendre ses droits. Il paraît que des espèces végétales rares y ont repris racine. C’était l’Hôtel Lutèce, à ne pas confondre avec l’Hôtel de Lutèce sur l’Île Saint-Louis ; un hôtel deux étoiles, pas luxueux mais très bien tenu, où j’ai dormi comme un loir. Le personnel y est d’une gentillesse extrême, dévoué et souriant.
 
Petite rue verte du XVe arrondissement de Paris
 
Souriant, oui. Il semble que les Parisiens n’ont pas très bonne réputation. On en dit tant de choses que, la première fois où je suis allé à Paris, je m’attendais au pire… Ma foi, je dois toujours bien tomber et être très chanceux (pourtant je ne suis pas particulièrement chanceux), je n’ai eu que de bons contacts avec les gens de Paris! Cette fois encore, partout où je m’adressais pour demander un renseignement, à l’hôtel, au Salon, dans les transports : zéro problème. Dans deux restaurants, les patrons des lieux sont même venus me faire un brin de causette, comme ça. J’étais assis dans le métro. Le train a brusquement freiné dans un tunnel et deux dames qui se dirigeaient vers les sièges en face de moi me sont tombées dessus. «Mille excuses Monsieur! Avez-vous mal ?...» Nous avons jasé ensemble. Une vieille dame à côté de moi, Parisienne d’origine algérienne, s’est jointe à la conversation, puis un jeune couple aussi, avec plein de bonne humeur! C’était peut-être un peu à cause de mon accent québécois : un atout pour converser à Paris. Bref, ni cette fois ni les précédentes, je n’ai rencontré ces Parisiens ronchonneurs que l’on dit typiques. Peut-être sont-ils d’ailleurs imaginaires…

Mon ancêtre parisien, et sa signature
Peut-être aussi est-ce parce que j’ai des gènes parisiens. En fait, je suis parisien! Pas personnellement, mais mon ancêtre, René Hoûallet – c’est ainsi que s’écrivait notre nom à l’époque, peut-être devrais-je reprendre cette orthographe? René Hoûallet est né à Paris, après le 1er juin 1639 (en ce temps, on était moins strict dans les registres…). Il a été baptisé dans l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas (252 rue Saint-Jacques, voisine des Jardins de Luxembourg, et qui existe toujours). Le quartier était alors habité par quelques célébrités, dont saint Vincent de Paul, le duc de Roannez, ami de Pascal, l’astronome Jean Dominique Cassini, la marquise de Sévigné, Bossuet et Jean de La Fontaine. Pas vilain, non? Mais les parents de René ont surtout vécu sur la rue des Ursins, à deux pas de la cathédrale Notre-Dame. Pas vilain non plus. Son père, François, était commis aux cinq grosses fermes de France, c'est-à-dire contrôleur général des finances du Royaume de France. Un des frères de René a été sculpteur professionnel. Voulez-vous bien me dire quelle mouche a piqué René pour qu’il décide, au début de la vingtaine, de quitter Paris pour s’établir en Nouvelle-France ??!!! Ça, personne ne le sait.

Armoiries des familles Ouellet-te
En passant, le nom Hoûallet, devenu Ouellette et pouvant prendre différentes formes orthographiques, aurait pour origine la houe, un instrument qui sert à travailler la terre, d’où la devise de nos familles : «Houe ton cœur pour renaître». Houer : travailler la terre. C’est intéressant : je suis biologiste, et plusieurs de mes pièces portent un nom de plante comme titre. C’est là un hommage aux beautés de la nature, mais cela correspond aussi au processus de composition qui est le mien. Je développe mes idées musicales à partir d’une petite semence ; ce peut être un bref motif mélodique, quelques notes seulement. Cette semence germe dans mon esprit. Une tige se développe, puis des feuilles naissent, des fleurs s’épanouissent : l’idée initiale croit, se déploie dans une forme qui sera la pièce elle-même, l’œuvre achevée.
Pour en savoir plus :
Bibliographie: OUELLET, JEANNINE, Une famille du Bas-du-Fleuve se raconte... Des Ouellet et des Lavoie... Plus de trois cents ans d'histoire, 1988, 1108 pages.

Avec Claude Abromont
au Salon du livre de Paris
Je suis très satisfait de mon passage au Salon du livre : Musique autiste s’est d’ailleurs classé dans le palmarès des meilleures ventes au stand Québec Édition. J’y ai fait plusieurs belles rencontres, de merveilleuses personnes autistes, mais aussi celle de Claude Abromont, un musicologue dont les livres sont particulièrement intéressants (entre autres ses Guides publiés chez Henry Lemoine et Fayard).
À Paris, j’ai été reçu chez des Autochtones : Claire et Philippe, avec leurs trois enfants dont deux garçons Asperger. Ils m’ont servi un souper royal, avec des fromages extraordinaires (j’adore les fromages, surtout ceux au goût puissant), dont l’un aux truffes, exquis! Avec depuis chez eux une vue imprenable sur le Sacré-Cœur de Montmartre. Claire m’avait contacté à l’automne 2013 parce qu’elle avait remarqué que l’un de ses garçons semblait s’intéresser avec insistance aux grandes orgues. À ce moment, Victor parlait très peu et était très introverti. Des médecins lui avaient asséné un pronostic négatif… Ses parents lui cherchaient un professeur d’orgue. Tous ceux contactés avaient refusé à cause de l’«autisme». Donc, Claire m’avait écrit pour me demander si par hasard je connaissais à Paris un organiste qui pourrait enseigner à Victor. J’ai fait quelques recherches et lui ai envoyé les résultats. 
Voir Paris autrement. Un livre
fascinant, aux Éditions Parigramme


Ainsi, Victor a pu commencer à apprendre la musique, sur un grand orgue, en novembre. Peu avant mon passage à Paris, Claire m’écrivait que «Victor est complètement transformé». Le garçon que j’ai rencontré joue déjà très bien (je l’ai entendu sur le clavecin de son père – qui, lui, prend plaisir à jouer du Louis Couperin, compositeur merveilleux du 17e siècle); Victor parle d’abondance, se tiraille joyeusement avec frère et sœur… Parents d’enfants autistes : ne vous découragez jamais, soyez patients, confiants et très attentifs. Il y a une clé. Cette clé peut être étrange, surprenante, imprévisible. Repérez-la néanmoins. Ce n’est pas la clé d’une porte qui permettrait à l’enfant de «sortir de son autisme»; c’est plutôt la clé d’un moteur, le moteur de l’intelligence autistique, et ce moteur pourrait fort bien être un turbo aux performances décoiffantes et réjouissantes. Le défi est de trouver cette clé; et d’accepter sa forme toute inattendue qu’elle puisse être.
Oui, un turbo. Les personnes autistes, enfants et adultes, montrent souvent des pics d’habileté spécifiques (souvent aussi alliés à des pics d’inhabileté, notamment en communication sociale). Ce qui est drôle, c’est que même ces pics d’habileté inquiètent certaines personnes. Au Salon, un homme m’a parlé de son petit neveu : «À deux ans, il savait lire et écrire. Ce n’est pas normal du tout!». Je lui ai demandé ce qui s’est passé. «Des médecins l’ont évalué et l’ont diagnostiqué Asperger. Ce n’était vraiment pas normal, il est autiste!». Eh oui, ce n’est pas dans les normes du mode neurotypique mais, dans le monde autiste, ce sont des choses assez usuelles. Ne faites surtout pas de cet enfant un malade! Savoir lire et écrire si précocement est un pic exclusivement positif. Il faudra nourrir cet enfant à son niveau, sinon le risque est qu’il trouvera l’école bien ennuyante si on l’oblige à repartir de la base.

Voir l'autisme autrement. Voir Paris autrement: j'ai pris cette
photo non pas dans la forêt boréale québécoise, mais bien à Paris,
et intra muros [«dans les murs»] de surcroît! 
 
Dans mes conversations parisiennes, j’ai entendu un point que j’entendrai à nouveau à Lyon plus tard durant mon séjour : «En France, nous sommes très en retard sur le Québec en matière d’autisme». Honnêtement, je ne sais pas, et l’herbe semble toujours plus verte chez le voisin… Oui, il y a beaucoup en autisme au Québec, mais bien peu qui soit réellement validé. La quantité prime sur les bienfaits véritables, et la tendance, lourde, est d’attribuer tout progrès d’un enfant autiste aux «traitements» qu’il reçoit. C’est là une pure vue de l’esprit qui se base sur un sous-texte selon lequel un enfant autiste est incapable d’évolution. Or c’est faux : les enfants autistes évoluent, apprennent, développent des intérêts et des talents, comme tout enfant, traitements ou non. Pour moi, c’est un effet d’éducation, car c’est en terme d’éducation, non de traitement, que l’on devrait concevoir les choses. Mais nous nous développons, à notre manière, plus imprévisible, en dehors des normes usuelles, et quelquefois même dans un silence radio qui inquiète nos parents. Je ne les juge pas du tout. Mais voyez Victor. Auparavant, il semblait totalement impassible, sans réaction, sans contact apparent avec le «vrai monde». Pourtant, maintenant qu’il parle, il remémore à ses parents des événements, des lieux et jusqu’à des paroles qu’il a entendu lors de cette phase. Bref, malgré les apparences, il était bel et bien là : il écoutait, il voyait, il entendait, il pensait et sentait. Parents d’enfants autistes, faites attention à ceci : même si nous donnons l’impression d’être emmuré, nous sommes là, tout là.

Toujours à Paris: un arbre avec des boules de gui.
Pour en savoir davantage sur cette plante étrange:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gui_(plante)
Je reviens à cette idée du «retard» français en autisme. Lors de mon séjour, je n’ai pas noté de retard. Peut-être parce que mon séjour a été trop court? Néanmoins, j’ai vu le travail, le dévouement, l’humanisme (qui manque souvent ici) de très nombreuses personnes et organismes. AmiEs de France : il y a de très belles choses en autisme chez vous, n’en doutez pas. Tout n’est pas parfait? Ici non plus : il s’agit d’un work in progress, d’un travail toujours en chantier. Que manquerait-il alors? Mettre davantage à contribution les personnes autistes elles-mêmes : selon moi, nous impliquer est la meilleure voie d’avenir. 

Je vais peut-être vous surprendre mais j’ai très bien mangé pour pas cher à Paris, et sans perdre du temps à chercher des restos modestes. Lors de ma dernière journée à Paris, je suis allé dîner (déjeuner dit-on là-bas) dans un petit restaurant, et le patron est venu discuter avec moi. Il me confirmait que Paris vit un important problème de pollution. Selon lui, la faute principale en revient aux trop nombreux autobus qui sillonnent la ville en tout sens : «Ils viennent même de commander 200 nouveaux autobus! C’est plutôt le tramway qu’il faudrait développer : cela ne pollue pas et c’est très sympa comme mode de transport». C’est un fait : le transport collectif, particulièrement le transport électrifié (métro, tramway, trolleybus) est génial à Paris: aucun endroit de Paris n’est à plus de 500 mètres d’une bouche de métro! Vous manquez votre métro? Un autre passe quelques toutes petites minutes après. Vivre à Paris, je ne m’y déplacerais qu’en transport collectif. Pourquoi faire une auto?! Comme toutes les grandes villes (y compris la mienne), des mesures de réduction de la place de l’automobile devront assurément être prises, car Paris se classe en tête des villes les plus embouteillées d’Europe.
(Source : Antoine Pascal : Paris en chiffres. Éditions Ouest-France).

Bâtiment du XVe arrondissement de Paris.
Ce ne sont pas des plantes grimpantes:
ce sont des plantes fixées  dans un substrat.
Un mûr vert. 
J’ai vu des édifices parisiens avec des toits verts, et même un avec des murs verts! Là encore, la France ne retarde pas. Je m’amuse. Être maire de Paris, j’amorcerais un virage pour faire de la ville une Ville lumière pour le 21e siècle, en associant la tradition du lieu (Paris est dite la Ville lumière) avec les exigences environnementales et les technologies contemporaines. Je prendrais des mesures pour que, peu à peu (cela ne se ferait pas d’un coup), la pollution lumineuse soit réduite et qu’à terme l’on puisse y voir beaucoup plus d’étoiles dans le ciel la nuit. C’est techniquement faisable, sans sacrifier la sécurité des citoyens. Comme pour la réduction du smog avec la limitation de l’auto, ce type d’éclairage aurait des retombées positives sur la santé des gens : moins de stress, moins d’insomnie, etc.

En juin, je vous parlerai de mon passage en Suisse et, en juillet, de mon passage à Lyon. 


SOURCE DES IMAGES: COLLECTION PERSONNELLE  ET ASSOCIATION DES OUELLET-TE D'AMÉRIQUE

jeudi 3 avril 2014

Y A-T-IL UNE SPIRITUALITÉ AUTISTE?

Y AURAIT-IL UNE SPIRITUALITÉ AUTISTE?

À QUOI JE CROIS
En 2014, j’ai été reçu par un groupe d’universitaires qui m’avaient envoyé des questions à l’avance, dont celle-ci : «Sachant que les capacités d’abstraction des personnes ayant un TSA [Trouble du spectre autistique] sont plus limitées, comment en êtes-vous venu à adhérer et à croire en la religion?». Chers amis, chères amies, vos questions sont souvent surprenantes! Mais cela fait tout le plaisir de leur répondre, je vous assure!

L'Échelle de Jacob, selon William Blake.
Jacob (lire plus loin) a vu en songe une échelle
reliant le Ciel et la Terre, le monde visible et
le monde invisible.
Ma réponse est en trois temps. Tout d’abord, je récuse toujours l’appellation de «personne ayant un TSA». Je sais qu’elle est convenue, si l’on adhère au DSM-V (ce qui n’est pas mon cas), mais je la rejette franchement. Je n’ai pas un TSA : je suis autiste. C’est être, pas avoir. Aussi, je constate que je ne suis pas une personne plus troublée que quiconque. La deuxième partie de ma réponse corrige cette idée : «Sachant que les capacités d’abstraction des [personnes autistes!] sont plus limitées…». Vraiment?! Qui donc sait cela??? Je signale que des entreprises informatiques n’engagent désormais uniquement que des personnes autistes, précisément à cause de notre bonne capacité pour l’analyse de systèmes. Nous avons, au contraire, souvent beaucoup d’aisance avec les codes (donc l’abstraction) : lettres, chiffres, programmes informatiques, notes de musique, etc. Finalement, je rappelle qu’il n’y a pas bien des années encore, les «spécialistes» juraient que les personnes autistes sont incapables d’activités imaginaires et symboliques. J’ai appris que le DSM-V a éliminé toute trace de cette idée, peut-être parce que beaucoup d’artistes ont fait un coming out à titre de personnes autistes et que quelqu’un a compris, enfin.

Vous voyez, des questions aussi riches ne peuvent trouver réponse en une phrase, en un «clip». Alors j’arrive au nœud de la question : «Comment en êtes-vous venu à adhérer et à croire en la religion?». Pour être franc, je n’ai pas souvenir d’avoir vraiment adhéré à la religion : j’ai plutôt l’impression, forte et proche de la certitude, d’être né croyant. Cela, cela aussi, fait partie de ma personne. Ensuite, je ne crois pas en la religion. Je crois en l’Évangile, au Christ Jésus, le Fils du Père qui forment un Dieu trinitaire (c’est-à-dire relationnel) avec le Saint-Esprit. J'aime beaucoup ces mots du Pape Saint Léon le Grand : «Personne n’approche autant de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, même s’il avance beaucoup, il reste toujours quelque chose à chercher». Chercher, être en marche, se tromper, se relever, méditer les belles choses que l’on trouve…

Lors de la rencontre, l’étudiante a précisé sa question : «Dieu, c’est une abstraction. On ne le voit pas, il n’est pas démontrable». C’est curieux mais, pour moi et depuis ma petite enfance, le monde est de Dieu et ne serait sans lui. Donc, il n’y a rien d’abstrait là. Je ne crois pas au «Dieu des philosophes» - si ces derniers coquins en ont toujours un… «Oui, mais où est-il donc?!». Je crois en Dieu, mais pas en n’importe quel dieu : je crois en celui de l’Évangile. Les autres, je ne les déteste pas, mais je ne crois pas en eux, pas même au gentil Ganesha avec sa belle trompe d’éléphant… En mode Chrétien, Dieu s’est fait homme : c’est «Dieu parmi nous» (un blasphème pour d’autres religions). «Où donc était Dieu lors de l’Holocauste perpétré par les Nazis?!». Il était dans une chambre à gaz. Il s’est fait méprisé, torturé, assassiné. C’est là qu’il était. C’est cela, la Croix du Christ. Pas un Dieu calé tout confort au Nirvana : un Dieu qui est avec nous, dans nos joies et nos peines, même dans les pires expériences. Qui nous devance dans sa Résurrection, selon sa très ancienne Promesse.

Mais attention! Je crois en mode autiste; je suis catholique en mode Asperger. Le bon Pape François a déclaré, maladroitement pour une rare fois, que l'Église ne doit pas être autiste. Pourtant, je ne peux que croire à partir de qui je suis, chose qui a des implications.

LA SPIRITUALITÉ DE JACOB

Delacroix: Le combat de Jacob avec l'Ange
(lire plus loin).
Curieusement, il n'y a pas d'Ange dans le récit,
mais un homme qui est en fait Dieu
Je reçois beaucoup de correspondance et de témoignages de personnes autistes d’ici et d’ailleurs. Je suis des plus heureux de pouvoir échanger avec vous! Je ne dis pas d’où ni rien pour l’identifier : un médecin m’a contacté. Appelons-le Camille. C’est un expert mondialement renommé dans le traitement d’une grave maladie organique souvent mortelle. Et oui, ce médecin est autiste de type Asperger comme moi. Vous voyez : nous pouvons tout faire… si on nous en donne la chance, si on ne nous discrimine pas (là, j’en demande beaucoup à certaines personnes, je le sais). Camille trouve toute sa joie à accompagner ses malades, à les aider, à les soigner, avec immense compassion. Les Autistes sont personnalistes : nous voyons des personnes, avant de voir des représentants de tel ou tel groupes communautaires. Nous vivons dans le «Je» et le «Tu», mais peu dans le «Nous» (vous comprenez mon ennui face aux débats identitaire autour de la charte des valeurs québécoise!). Tout à ses patients, Camille souffre de voir quotidiennement des malades traités en numéros, des médecins à l’ego surdimensionné qui ne ratent aucune occasion de bullshiter leurs collègues, des cadres et des fonctionnaires atteints de réunionite, de colloquite, de réglementite aigües et chroniques, etc. Camille en est écoeuré. Certains jours il désire tout lâcher, d’autres jours il rêve à s’exiler pour pratiquer la médecine ailleurs. Mais aux dernières nouvelles, il tient bon. À cause de ses patients. Uniquement.

J’entends dire que «le sens de la vie, c’est d’être heureux». Je veux bien. Mais, je l’ai écrit dans Musique autiste et mes nombreuses rencontres me le confirment, ce n’est pas là une vision autiste du monde. Tant mieux si du bonheur nous est donné, mais ce n’est pas si important. Ce qui nous importe beaucoup plus est de croire à notre mission sur Terre, petite ou grande, de recommencer tant qu’il faut dans l’espoir de s’approcher d’un certain idéal qui nous dépasse, d’un idéal pas nécessairement accessible ou réaliste. Nous sommes trop conscients des travers des autres, des institutions, de l’humanité, et beaucoup trop conscients de nos propres travers humains pour pouvoir trouver un repos durable en ce monde. Et donc être parfaitement heureux.

Le combat de Jacob avec Dieu.
Gravure de Gustave Doré.
Certaines personnes cherchent à nous normaliser (à leurs conditions), à nous «intégrer» (à leur manière de penser), sans nous demander notre avis, sans écouter nos rêves, sans même nous voir comme de véritables personnes humaines et, surtout, sans nous laisser un peu de place. Cette place, nous devons la prendre presque de force et, trop souvent, nous n’y arrivons pas : «Penses-y même pas, le débile!». Nous intégrer : je ne crois pas que la mission des personnes autistes en ce monde soit de s’y intégrer (il nous faut tout de même le faire un peu), mais plutôt de le critiquer, voire le contester, ne serait-ce que par notre manière naturelle (et quelquefois dérangeante) d’être différents. Il n’y a pas là de méchanceté. Pas plus qu’à passer du temps à se trémousser sur des musiques insignifiantes pendant que des millions de gens sont déplacés par des guerres et vivent misérablement dans l’indifférence mondiale.

La spiritualité autistique ressemblerait donc à celle de Jacob, ce personnage grand et fort étrange de la Genèse, petit-fils d’Abraham et père de douze garçons qui fonderont les douze tribus d’Israël.
Dans la nuit, Jacob reste seul. Quelqu’un s’approche [c’est Dieu lui-même sous forme humaine] et entreprend de lutter avec lui jusqu’à l’aurore. Comme il ne parvient pas à maîtriser Jacob, il le frappe à la hanche et le blesse.
- Lâche-moi donc à présent, car le jour se lève.
Mais Jacob lui répond :
- Je ne te lâcherai pas avant que tu m’aies béni.
- Quel est ton nom?» demande l’Homme.
- Jacob.
- Eh bien, à l’avenir, lui répondit-il, ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël, Que Dieu se montre fort, car tu t’es montré fort contre Dieu et tu l’as emporté.
Jacob demande à son tour :
- Révèle-moi ton nom.
- Pourquoi me le demandes-tu? Il est mystérieux.
Et là-même, il le bénit, tout en le laissant meurtri. Jacob donna à ce lieu le nom de Pénouel, la Face de Dieu, «car j’ai vu Dieu face à face, dit-il, et j’ai eu la vie sauve».
(Genèse, chapitre 32, versets 23 à 31)

Cela me rappelle cette histoire d'un moine russe. Cet été-là, il y avait une terrible sécheresse: tout brûlait, jamais de pluie, prières vaines. Un bon moine s'est fâché: il s'est emparé de l'icône du Christ, l'a apporté dehors, l'a mise en plein soleil et a dit: «Si tu ne fais pas tomber de la pluie, tu vas rôtir là!» Et il paraît que la pluie n'a pas tardé.
Telle est la spiritualité autistique. Dieu aime-t-il les personnes autistes? Même avec Lui, il nous faut se battre, «jusqu’à l’aurore» : Il nous bénit mais nous laisse meurtris. La blessure de Jacob sera permanente. Même parmi ceux qui ont le plus accompli en ce monde, je vois beaucoup de gens meurtris chez les Autistes. Combat, blessure, bénédiction : voilà notre vie!

PRIER EST BON POUR LA SANTÉ! 
Mais prier aussi? Chères amies, chers amis, vous avez tout intérêt à prier si vous ne le faites pas déjà, et même si vous ne croyez pas. Je parle de prier, prier un Dieu dans un cadre religieux traditionnel. En termes de bienfaits sur la santé, prier est plus puissant que méditer : c’est ce que démontrent de nombreuses études scientifiques récentes. Je résumé ces bienfaits :  
Une fonction immunitaire améliorée 
Une réduction du risque de mourir d’un infarctus ou d’un AVC
Un risque 50% moins élevé d’être atteint de la maladie d’Alzheimer
Moins de stress dû à une augmentation de la paix intérieure
Une réduction ou l’élimination des attaques de paniques, d’anxiété et de dépression
Une réduction de l’impact de la douleur chronique
Une perspective d’avenir plus heureuse et plus positive
Une augmentation de la capacité à ressentir l’amour et la compassion…
Une amélioration de la mémoire et des capacités mentales
La prévention du rétrécissement du lobe frontal, qui est la cause de la perte de mémoire, de la dégénérescence mentale, et même de l’Alzheimer
Une réduction du stress et des émotions négatives.
Et finalement, une vie plus épanouie, plus longue et plus en santé

Quand même pas vilain, non? Cela me rappelle ce conseil qu’un sage de la nation Sioux donnait à un visiteur désireux de cesser de fumer (le tabac étant une herbe sacrée dans la culture amérindienne)» : «À chaque fois que tu fumes une cigarette, fais une prière. Ou tu cesseras de fumer, ou bien tu prieras beaucoup. D’une manière ou de l’autre, tu seras gagnant!»

Source des illustrations: Wikipédia / Domaine public PD-US