MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!



lundi 3 janvier 2022

MA POÉTIQUE MUSICALE (1 DE 2)

MA POÉTIQUE MUSICALE

Ou : Non, ma musique n’est pas éclectique!
 
Première partie :
1. Diversité n’est pas nécessairement éclectisme 
2. Tonalité aérienne et modalité diatonique
3. Accords et harmonie par résonance

Ceci est le premier article sur ma poétique musicale. Le deuxième paraitra en mars. 

Opéra Garnier, Paris: style éclectique

Je suis toujours étonné, très étonné même, lorsque quelqu’un me dit que ma musique est «éclectique». Encore davantage lorsque cette personne me dit entendre telle influence venue d’une musique que je ne connais même pas! Peut-être ces gens cherchent-ils au fond à me montrer qu’ils sont très connaisseurs, une sorte de coquetterie… Mais dans tous ces cas, ils ne font qu’entendre par analogie ce qui est dans leurs propres oreilles, ce qui souvent encombre leurs oreilles, plutôt qu’écouter ce qui est dans ma musique et qu’ils n’entendent pas vraiment. Nos oreilles sont trop pleines! Pas les miennes, car j’écoute assez peu de musique et je l’écoute presque toujours en la dégustant.

Qu’est-ce que l’éclectisme? Le terme semble provenir de l’architecture : «L'éclectisme est une tendance en architecture qui consiste à mêler des éléments empruntés à différents styles ou époques de l'histoire de l'art et de l'architecture». L’éclectisme est l’art de l’hétérogène. Cela peut être fort intéressant et réussi, mais cela peut aussi être surchargé et inharmonieux. Quoi qu’il en soit, j’avoue que mon esprit conçoit les choses autrement. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89clectisme_(architecture).
 

Diversité n’est pas nécessairement éclectisme

Ma musique peut prendre divers habits!

Quelques fois, lorsqu’on me parle d’éclectisme, on se réfère en fait à ce que je compose pour toutes sortes d’instruments, toutes sortes de formations instrumentales et vocales. Là, c’est vrai : je ne suis pas un compositeur spécialisé dans la musique pour piano ou pour orgue ou pour chœur. J’ai composé des pièces pour un instrument seul (violoncelle, harpe, flûte, saxophone, hautbois, piano, orgue, etc.), de la musique de chambre (dont un Quatuor à cordes et trois Sonates pour violoncelle et piano), des pièces pour orchestre à cordes et orchestre symphonique, des œuvres chorales, etc. Ma musique peut prendre divers habits! Mais il ne s’agit pas là d’éclectisme à proprement parler selon la signification du mot énoncée ci-haut. D’autres fois, je saisis que l’impression d’éclectisme provient des caractères variés de mes compositions. Mais ce n’est pas non plus de l’éclectisme : les caractères de mes pièces ressemblent aux caractères humains qui sont infiniment variés, comme nos humeurs ou nos émotions. Sous cet angle, chacune de mes pièces crée son propre monde sonore, formel et émotionnel.

Autrement, non, je ne suis pas un compositeur éclectique. Je connais des compositeurs extraordinairement habiles : on leur demande un tango et ils en pondent un no problema; du hip-hop et en voici yo; du style simili-baroque et en voilà, etc. J’avoue en être incapable. En vérité, je ne compose qu’une seule musique, je ne peux composer qu’une seule musique : la mienne. Et contrairement aux apparences qu’elle peut donner, ma musique repose sur peu de traits fondamentaux.

Je préfère l'eau de source aux cocktails

Je préfère nettement creuser et approfondir ces quelques traits fondamentaux. Ces traits sont miens, et ils proviennent de ma personne. Surtout, chacun d’eux peut être élargi et décliné à l’infini : ils permettent une exploration sans fin. Cette exploration est une forme d’introspection : même lorsqu’elle est énergique, vive ou éclatante (ce qui lui arrive), elle est de nature intériorisée. Je me retrouve dans ces mots de saint Jean-de-la Croix :

Je n’avais ni guide, ni lumière, exceptée celle qui brillait dans mon cœur.
Cette lumière me guidait, plus sûrement que celle du midi, 
jusqu’au lieu où m’attendait celui qui me connait parfaitement.

Je me reconnais tout autant dans ce que disait le compositeur finlandais Jean Sibelius : de la musique qui est comme de l’eau de source et non comme des «cocktails colorés».
Je ne suis pas du genre à pigrasser à gauche et à droite, un peu de ceci et un peu de cela, une pincée de gingembre et une pincée de sel.

Dans ma vie quotidienne, je suis une personne très curieuse et c’est toujours pour moi un immense bonheur que de faire de belles découvertes. Mes antennes sont larges ouvertes. Mais lorsque je compose, ce qu’ont capté mes antennes dans la vie est dirigé de manière concentrée, comme un laser.

Donc, ma musique se base sur bien peu de traits fondamentaux que je présente tout de suite :

 
Janus
Tonalité aérienne et / ou modalité diatonique *
Harmonie par résonance, avec les variantes de l’écho et de l’atomisation 
Formes par arborescence mais avec articulations nettes *
Liberté rythmique avec présence du rythme non mesuré et hors tempo *
 
Je constate que trois des quatre traits, ceux avec un *, présentent un visage de Janus : un visage «à deux visages». J’y reviendrai mais, pour moi, ce sont des aspects complémentaires et indissociables d’un même trait. 
 

Tonalité aérienne et modalité diatonique

D’une part :

La «tonalité aérienne» agit en coulisse...
Tonalité aérienne. Mes premières œuvres (opus 1 à 9) allaient presque toutes ainsi : une musique tonale, mais dans laquelle les tensions harmoniques caractéristiques de la tonalité sont peu ou ne sont pas du tout présentes. La tension fondamentale de tonique-dominante n’agit pas. Souvent, la tonique elle-même est peu ou pas affirmée. Une pièce peut ainsi débuter dans une tonalité pour se terminer dans une autre – ce qui est le cas dans Bonheurs : il s’agit d’apesanteur et non de «tonalité évolutive». Par exemple, la tonalité de L’Esprit envoûteur (opus 9) n’agit qu’en coulisse sans jamais s’imposer ouvertement.

Je ne sais pas du tout d’où a pu me venir cette «tonalité aérienne» : elle s’est imposée d’elle-même dès mes premières pièces. Elle doit donc correspondre à mon esprit, à mon âme, à ma personne.

D’autre part :

Ma musique privilégie le camaïeu

Modalité diatonique. Ma musique est modale et non tonale. Au fil du temps, j’ai utilisé de nombreuses «gammes» qui ne sont pas tonales. Mais ma modalité est diatonique, c’est-à-dire qu'une pièce, ou une section d’une pièce, sera entièrement composée sur les seules notes d’un mode. Ma musique n’utilise pour ainsi dire ni transpositions ni modulations.

Par analogie avec les arts visuels, je compose en camaïeu : «Un camaïeu est une peinture ou un décor dont le dessin principal est d'une seule couleur choisie par contraste sur une couleur de fond opposée (blanc sur bleu, blanc sur rouge, etc.)» (Wikipédia).

Ainsi, le mode de Joie des Grives est celui-ci (la gamme dite «naturelle»), et toute la pièce n’est écrite qu’avec ces seules notes : 

Mode de Joie des Grives (opus 32): la gamme dite naturelle

Il m’arrive d’utiliser deux «couleurs», donc deux modes, dans une même pièce, comme Salvador Dali a réalisé de grandes toiles avec seulement deux ou trois couleurs (voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Galacidalacidesoxyribonucleicacid). Par exemple, Roseraie (opus 26) alterne des sections composées dans le mode suivant (gamme majeure, mais sans les fonctions usuelles) :

Premier mode de Roseraie. C'est comme La bémol majeur, mais la pièce n'est pas tonale!

… avec des sections écrites sur le mode suivant (ré dorien) :

Deuxième mode de Roseraie.

Pour moi, c’est ce que le mot «diatonisme» signifie. Dans Mer et monde (opus 45), j’ai utilisé un mode qui contient les douze sons de la gamme chromatique et dans lequel seule se répète la première note (Ré) qui est aussi la dernière note de ce mode, un mode non-octaviant :

Mode de Mer et monde. Non octaviant, avec les 12 sons / (C) 2021 Antoine Ouellette Socan

Mais cela demeure parfaitement diatonique : ce mode n’est jamais transposé (sinon d’octave) et la musique ne contient aucune modulation. Ici, au contraire de la tonalité aérienne, la note modale principale est fermement affirmée.

La Suite celtique, pour harpe (opus 6), fut ma première pièce à épouser ce diatonisme radical, toute composée sur le mode phrygien sur Ré :

Mode de la Suite celtique, pour harpe.
  

Quelques années plus tard, j’ai combiné tonalité aérienne et modalité diatonique dans Paysage (opus 10). Avec la présence récurrente de la quinte La-Mi, Paysage donne l’impression d’être en La, avec ce mode :

Mode de Paysage. Les notes do et fa ont une importance secondaire.
  

Mais dans la coda, au bout de quelques 30 minutes de musique, une «note magique» se fait entendre pour la première fois, un Fa dièse, alors que la note Ré s’impose.

Paysage. Harmonie complète, à la fin de l'oeuvre / (C) 1986 Antoine Ouellette SOCAN

Plus rarement, il m’arrive d’introduire une note étrangère à tel moment d’une pièce, afin de créer une surprise ou une rupture. Je cultive mes principes mais je ne suis pas à cheval sur eux!

Vers 1980 alors que j’amorçais des études de musicologie à l’université, j’ai découvert avec stupeur la musique médiévale, dont le chant grégorien. Ce fut un choc. Une illumination et non une influence. La musique médiévale m’a révélé des éléments que je cherchais à tâtons en moi sans y parvenir. Sur le plan spirituel, ma modalité diatonique est de la même essence que celle du chant grégorien (et d’autres musiques sacrées chrétiennes anciennes). J’ai retrouvé cette même modalité diatonique dans d’autres musiques comme, par exemple, les Ragas de la musique classique de l’Inde.

L'illumination du Grégorien
Pourquoi ai-je mis quelques années à découvrir que ma musique exigeait la modalité diatonique, alors que j’étais spontanément allé vers la tonalité aérienne? Je pense que ce fut dû à l’admiration que j’avais à l’âge de 16-20 ans pour les musiques expressionnistes qui, tonales ou atonales, sont très chromatiques. Peut-être aussi était-ce causé par le fait que la «musique contemporaine» de l’époque faisait grand emploi du «total chromatisme», du type sériel ou post-sériel. Ce chromatisme inflationniste était même jugé à l’époque comme étant «le sens de l’histoire», rien de moins! Bref, il se peut que cette «obligation du chromatisme» ait contribué à me cacher le désir de ma musique vers la modalité diatonique.

Mais à ce moment, j’aurais pu opter pour l’éclectisme, ainsi que l’on fait et le feront d’innombrables compositeurs : composer une musique «polystylistique», combiner librement un peu de tout, faire des amalgames de tonalité, de modalité, d’atonalité, de bruitisme, de néoclassicisme et autres; donner dans la «diversité» - une diversité toute extérieure et superficielle…

Mais mon esprit ne fonctionne pas ainsi! Je n’y peux rien! Alors, après avoir accédé tant à la tonalité aérienne qu’à la modalité diatonique, vers mes 26 ans, je jongle avec eux depuis. En fait, pour moi, ces deux manières sont comme les deux faces d’une pièce de monnaie, les deux visages de Janus : inséparables. 
 

Accords et harmonie par résonance

Ma musique est davantage mélodique et rythmique qu’harmonique et contrapuntique. Mon harmonie privilégie quelques accords (voir l’article : https://antoine-ouellette.blogspot.com/2021/09/harmonies-dans-ma-musique.html), mais elle est d’abord et avant tout une «harmonie par résonance». La présence d’accords a d’ailleurs passablement diminuée depuis mon opus 40, Carouge, pour petit orchestre. De manière intuitive (parce que non délibérée), le début de la Sonate liturgique pour violoncelle et piano (opus 42) marque ce passage. La première page contient des accords : c’est comme un portique qui ouvre vers une autre pièce de la maison. Une fois passé ce portique, la musique se déleste presque entièrement de la présence d’accords, et l’harmonie devient une harmonie par résonance.

En fait, l’harmonie par résonance est présente depuis mes toutes premières pièces. Au sujet du début d’Auberivière, pour flûte seule (opus 44; 2011), une musicienne me demandait quel accord allait sous telles notes. Je lui répondu : «Aucun accord». Une pièce pour un instrument mélodique seul n’a aucunement besoin d’accords : si elle avait besoin d’accords, j’en aurais mis! 

 

Auberivière ne contient pas d'accords, pas même implicitement: c'est une pièce purement monodique avec harmonie par résonance / (C) 2011 Antoine Ouellette Socan

L’harmonie par résonance n’est pas une harmonie où les accords seraient implicites. L’harmonie par résonance est une harmonie formée par la mélodie qui s’accompagne par elle-même : la résonance des notes successives qui forment cette mélodie donne l’harmonie. Mon art est de trouver des manières de prolonger ces résonances. Au piano, c’est tout simple : je demande que la pédale forte demeure enfoncée pendant de longs moments. Ainsi, les cordes de l’instrument peuvent vibrer pleinement et longuement, ce qui fait s’unir les résonances des notes jouées au clavier, y compris les notes d’une mélodie pure sans accompagnement. C’est ce que je nomme de l’«écriture dulcimer», en référence à ce cousin du piano dont les cordes vibrent sans interruption. 

Extrait du Kyrie de Missa feminina (opus 60; 2020). Le choeur de femmes est mesuré, alors que le piano est libre et ornée (écriture de type dulcimer) - je discuterai du rythme dans le deuxième article sur ma poétique: la pédale forte du piano demeure enfoncée, ce qui crée une harmonie, ou une panharmonie, par résonance. (C) 2020 Antoine Ouellette Socan

Dans d’autres pièces, j’utilise à cette fin de prolongement de résonance un instrument capable de le faire comme, par exemple, le vibraphone, les cloches tubulaires ou le piano électrique. Ailleurs, la résonance est prolongée par un instrument de percussion sans hauteur déterminée comme, par exemple, une cymbale suspendue ou un tam-tam («gong»). Autrement, j’aime que mes pièces soient jouées dans un lieu possédant une bonne réverbération : cette réverbération prolonge les notes et contribue du coup à l’harmonie.

La résonance d'un gong...
C’est là un des aspects qui m’ont illuminé lorsque je suis entré en contact avec la musique médiévale. Le chant grégorien a été conçu à une époque où les églises étaient très réverbérantes - c’est pourquoi le chant grégorien n’a aucun besoin d’accompagnement : il s’accompagne lui-même avec sa propre résonance. Les accompagnements d’orgue datent de plusieurs siècles après la composition du grégorien : ils sont anachroniques dans leur conception harmonique, car il n’y a pas d’accords non plus dans le grégorien ni d’ailleurs dans la musique médiévale en général. En pratiquant le chant grégorien, j’ai réalisé que ma propre musique allait elle aussi avec de l’harmonie par résonance.

Bon, je vis en une autre époque, une époque où la pensée en accords demeure très présente (c’est le moins que l’on puisse dire!), alors j’ai intégré un peu d’accords dans mes pièces. Mais plus souvent qu’autrement en ce qui me concerne, un accord sera comme une résonance. C’est pourquoi j’utilise les accords d’une manière peu fonctionnelle par rapport à la logique tonale. Avec le temps, j’ai bien vu que je n’avais finalement pas tant besoin d’accords.

C’est à nouveau spontané et intuitif : ma musique fait entendre des «échos». Des gens m’avaient signalé la chose et certains trouvaient même qu’il s’agit là d’un trait caractéristique. Je dois reconnaître que c’est vrai. En fait, l’écho est une variante de l’harmonie par résonance. Faire entendre une mélodie superposée à elle-même mais avec un décalage fait apparaître l’harmonie par résonance. 

Extrait du premier mouvement de la Sonate boréale, pour violoncelle et piano (opus 4). Premier système: le violoncelle répond au piano comme en un écho ralenti; le piano répète ses motifs librement comme des échos. Deuxième et troisième systèmes: échos rapides au piano, qui montent vers l'aigu. La pédale forte demeure enfoncée durant tout ce passage: harmonie par résonance / (C) 1982 et 1990 Antoine Ouellette Socan

Pour des mélodies complètes, il m’arrive d’écrire des canons – le canon étant une forme d’écho. Mais souvent, ce sera plutôt un court motif (par exemple un fragment d’une mélodie) qui sera répété en écho, et habituellement répété plusieurs fois sans pulsation fixe.

Il m’arrive de déconstruire une mélodie complète en petits motifs que je sème librement aux différents instruments, là encore hors d’un tempo fixe : du «contrepoint fractal». Cette atomisation d’une mélodie produit à nouveau l’harmonie par résonance : les notes issues de la mélodie s’accompagnent les unes les autres. 

À SUIVRE EN MARS

Source des illustrations: Collection personnelle et Wikipédia (Domaine public, PD-US)

mercredi 1 décembre 2021

ODANAK / UNE FOI CHEZ LES AUTOCHTONES

Odanak / Une foi chez les autochtones

 

Totem au Musée
des Abénakis

1. L'abbé Rémi et le Musée
2. Le Père Aubery et la langue abénakie

3. Un abbé fils de Grand chef

4. Pentecôte

5. L'évangélisation comme faux prétexte

6. Sainteté

7. Gilles Ottawa


Depuis quelques temps, un couple Abénaki vient à la messe à l'église où je vais aussi. Ils ont vécu de grands deuils au cours des derniers mois. Je leur ai parlé à quelques reprises. Des gens bien. Leur présence m’est un signe d’espérance. Avec tout ce qui s’est dit et écrit ces derniers temps au sujet de l’Église catholique et des Autochtones, ces deux personnes auraient pu trouver de bonnes raisons d’en vouloir à l’Église. Mais tout au contraire, elles viennent prier. Possèdent-elles une meilleure capacité de discernement, une plus grande aptitude au pardon? Je ne le sais pas, mais j’apprécie leur présence.

 

L’abbé Rémi et le Musée


Ces derniers temps, il a été dit et écrit sur tous les tons que l’Église catholique avait tenté de détruire les cultures autochtones du Canada. Cela a été vrai mais, comme souvent, la réalité est plus complexe.

Je vis à Sorel-Tracy sur les bords du Lac Saint-Pierre. À quelques kilomètres de chez moi se trouve donc Odanak, un village (ou plutôt, juridiquement parlant, une réserve) de la Première nation Abénakie.

Les amateurs d’exotisme seraient déçus : accolée à la petite municipalité de Pierreville, ses maisons ressemblent à celles de sa voisine. Une sculpture extérieure ici et là signalent le monde autochtone. Déjà à l’arrivée des Français dans la région, les Abénakis vivaient surtout en sédentaires, ou semi-sédentaires. À Odanak, un superbe musée présente leur culture et leur histoire, avec des fresques de Frédéric Back.

https://museeabenakis.ca/


Musée des Abénakis, Odanak. Ce superbe musée
a été crée par l'abbé Rémi Dolan
et la communauté.

Fait à souligner : ce musée a été fondé en 1965 par la communauté et le prêtre missionnaire catholique Rémi Dolan, et il a été la «première institution muséale autochtone du Québec». L’abbé Rémi a donc joué un rôle important en faveur de cette culture. Tout n’est ni blanc ni noir.

Je déplore qu’il y ait eu des pensionnats pour Autochtones au Canada. Même sans les incidents d’abus qui se sont déroulés ici et là dans ces pensionnats, je crois que la formule était faussée dès le départ. Pour moi, l’enseignement auprès des enfants doit se faire en proximité et dans la culture. À mes yeux et selon mon expérience de pédagogue, il aurait plutôt fallu créer des écoles dans les communautés elles-mêmes, des écoles de type externat où la culture de la communauté aurait été elle aussi matière d’enseignement. C'est exactement ce que fait depuis 2011 le collège Kiuna à Odanak. Magnifique: https://kiuna-college.com/fra/

Il n’y a pas eu de pensionnat à Odanak. Il y eut plutôt une école dirigée par les Sœurs grises. Ce contexte met en lumière les ambiguïtés des relations entre Autochtones et non-autochtones, y compris les ambigüités liées au Catholicisme.

 

Le Père Aubery et la langue abénakie

Robert Rogers,
l'incendiaire d'Odanak


La langue abénakie survit de peine et de misère. Au moment où j’écris ces lignes, seule une dizaine de personnes la parlent encore. Selon des témoignages, les missionnaires et les religieuses auraient interdit cette langue. Mais les témoignages ne concordent pas tous à ce sujet. Ainsi, selon l’anthropologue abénakie Nicole O’Bomsawin, ce serait plutôt la communauté elle-même qui l’a peu à peu abandonnée au profit du français ou de l’anglais.  https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1116115/abenakis-abenaquis-dictionnaire-enseignant-langue-charland

Ce ne serait pas surprenant : Odanak est une petite communauté de moins de 500 personnes environnée de villages francophones, dans une région francophone. Des efforts sont cependant en cours pour redonner vie à cette langue. La principale source pour cette renaissance est l’œuvre… d’un missionnaire jésuite!

À l’époque de la Nouvelle-France, des religieux, des religieuses et des missionnaires avaient fait de réels efforts pour comprendre les cultures amérindiennes. Le jésuite Pierre-Joseph Aubery (1673-1755) avait ainsi rédigé un Dictionnaire Français – Abénaquis en 1715, après avoir écrit un ouvrage sur cette culture, Racines Abénaquises (1712).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Aubery

Le pasteur James Evans, inventeur
d'une écriture pour des langues
autochtones, toujours en usage. 

Le Dictionnaire d’Aubery a été préservé presque par miracle, car le village d’Odanak sera détruit le 4 octobre 1759 par les troupes du major Robert Rogers. La population fut en partie décimée, et plusieurs écrits de Pierre-Joseph Aubery furent détruits. https://fr.wikipedia.org/wiki/Odanak_(r%C3%A9serve_indienne)

Mais heureusement pas ce Dictionnaire qui sera édité par la suite. Cet ouvrage est l’une des bases de l’actuelle tentative de redonner vie à la langue abénakie.

La langue abénakie ne fut pas la seule à bénéficier dus compétences de missionnaires. Dans les années 1830, le pasteur méthodiste James Evans inventa l’écriture syllabique pour noter la langue des Cree. Dans les années 1880, ce système fut utilisé pour écrire l’inuktitut, la langue principale des Inuits. Cette écriture est d’une grande beauté graphique; par exemple, le début  du premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme

ᐃᓅᔪᓕᒫᑦ ᐊᓂᖅᑎᕆᔪᓕᒫᑦ ᐃᓅᓚᐅᕐᒪᑕ ᐃᓱᒪᕐᓱᕐᖢᑎᒃ

https://www.cwjefferys.ca/rev-james-evans-teaching-indians-his-system-of-cree-syllabic-writing

https://fr.wikipedia.org/wiki/Inuktitut


Un abbé fils de grand chef

Mais il semble que certains religieux ont tenté d’éteindre la culture abénakie. Et c’est là que les choses deviennent surprenantes. Ah, les Humains et leur esprit tortueux! Voyez. Vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe, c’est Joseph de Gonzague qui est curé à Odanak.
L'abbé Joseph de Gonzague était
lui-même Abénaki, fils de Grand chef!


Son dévouement ne fait pas de doute. Par exemple, il harcèle le gouvernement fédéral, «tuteur légal» des Autochtones selon la constitution canadienne, pour qu’il verse des fonds à Odanak, notamment pour la réfection de bâtiments, dont l’église incendiée par la foudre en juillet 1900. Devant le refus obstiné du fédéral, l’abbé Joseph remue mer et monde pour trouver l’argent ailleurs. Et il le trouva!
Cela dit, l’abbé Joseph semble avoir exercé un certain zèle sur sa communauté pour la convaincre d’abandonner des traditions et même sa langue. «Ah voilà! Un sale Blanc colonialiste!». Pas si vite! L’abbé Joseph était lui-même Abénaki! Oui oui. Mieux : il était le fils d’un grand chef de cette nation! Pour quelles raisons a-t-il agi ainsi? Je ne le sais pas. Je soupçonne que, comme bien des gens à l’époque, il désirait participer à la montée de la modernité. Probablement qu’il jugeait que la culture traditionnelle n’était pas adaptée pour aborder ce monde nouveau qui s’imposait à grande vitesse. Je soupçonne qu’il n’était pas seul de sa communauté à penser ainsi. Du côté des «Québécois de souche» aussi, la modernité allait faire disparaître de très nombreuses traditions : il faudrait s’en souvenir lorsqu’on laisse entendre que seules les cultures autochtones étaient menacées par ce phénomène global.
Intérieur de l'église d'Odanak.
Ironiquement, avec la fermeture d'églises
dans les villages autour d'Odanak, c'est là
que la messe est célébrée dans la région -
autrement dit, chez les Autochtones.
 

Mais il est difficile d’évaluer jusqu’à quel point l’abbé Joseph a été aussi zélé que certains l’affirment pour éteindre des éléments culturels. Le problème est qu’il a aussi posé des gestes favorables à cette culture. Par exemple :
«L'historien Jean-Louis O'Bomsawin signale son grand intérêt pour les chants et les prières en langue abénakise : «Vous chantez bien le français, mais beaucoup mieux l'abénaki, on sent que c'est le chant national. Il faut conserver ces beaux cantiques, en découvrir d'autres, en faire une collection.» B’en coudon… Je sais qu’un tel recueil existe, mais je ne sais pas si l’abbé Joseph y fut pour quelque chose. Autre anecdote. Un des bienfaiteurs que l’abbé Joseph avait déniché pour sa communauté fut le sénateur états-unien Matthew Stanley Quay (il y des Abénakis aux États-Unis aussi). Or, à l'entrée du presbytère, l’abbé Joseph fit mettre un portrait de grandes dimensions du sénateur Quay… vêtu en chef Abénaki! Joseph ne devait pas être si contre les vêtements traditionnels.
Alors qu’il était un jeune vicaire en formation à Saint-Zéphirin, l’abbé Joseph avait d’ailleurs dû composer avec les préjugés de l’époque envers les Autochtones :
«Sa première affectation ne dura que six mois. Au cours d'une vigoureuse discussion à table [avec le curé], le bouillant vicaire De Gonzague avait brandi un grand couteau, sans doute pour donner du poids à son argumentation. Le brave curé s'était montré stoïque mais il avait admis à l'un de ses amis : «Je lui ai dit que je n'avais pas peur, mais j'ai eu peur. On ne sait pas ce qu'un Sauvage peut faire.» L'évêque s'empressa de nommer son «sauvage» à Saint-Pierre-les-Becquets».

Pentecôte

Le parlement canadien à Ottawa,
avant l'incendie de 1916.


Le Canada est officiellement fondé en 1867 et sa constitution accorde d’emblée au gouvernement fédéral l’autorité exclusive de légiférer sur «les Indiens et les terres réservées pour les Indiens». Par exemple, les Premières nations du Québec dépendent non d’elles-mêmes ni du gouvernement du Québec, mais du seul gouvernement fédéral. Il faut noter que les Amérindiens n’ont jamais été consultés lors de la rédaction de la constitution du Canada.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_sur_les_Indiens

Le gouvernement fédéral adopte sa Loi sur les Indiens [sic] en 1876. Tout est mis en œuvre pour «encourager» ceux-ci «à quitter leur statut et leurs cultures traditionnels pour intégrer la société canadienne». Comme l’a exprimé en 1920 Duncan Campbell Scott, le surintendant général des Affaires indiennes du Canada, «l’objectif est de continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’Indiens et plus de problème indien, ni de département des Affaires indiennes»: que l’on soit pour ou contre, c’était franchement assumé! En 1885, certaines cérémonies traditionnelles sont interdites; en 1914, une autorisation écrite doit être obtenue pour porter certains costumes traditionnels, etc. Curieusement, le régime des réserves en sort renforcé : en sortir fait perdre le statut d’«Indien». Bref, il s’agit d’un régime de tutelle.

Duncan Campbell Scott,
un de ces politiciens canadiens
qui désirait «en finir avec
le problème indien»


Les grandes victimes seront les peuples nomades. À partir du début du XXe siècle, le gouvernement œuvre de plus en plus fermement pour les sédentariser coûte que coûte. À cette fin, il mettra en place un réseau de pensionnats pour les Autochtones. Pour les «civiliser» enfin, il s’agissait de se saisir des enfants, de les mener loin de chez eux dans des établissements où ils passeront en pension toute l’année scolaire afin d’être «éduqués». Coupés de leurs familles, ils allaient recevoir là l’éducation «moderne» en mode intensif. On allait leur inculquer la honte de leur culture tournée vers un passé révolu, et on leur interdira de parler leurs langues.

Le gouvernement a obtenu la collaboration de congrégations religieuses, dont des congrégations catholiques, pour parvenir à cette fin. Il m’est difficile de comprendre pourquoi ces dernières ont accepté, alors que tout aurait dû les mettre en garde contre ce projet. Le Christianisme est la spiritualité de l’Incarnation : en toute logique pastorale, l’Incarnation devrait se traduire par l’inculturation, à savoir l’adaptation de l'annonce de l'Évangile dans une culture donnée. Le Christianisme est aussi spiritualité de la Pentecôte. Lors de la Pentecôte, les disciples se sont adressés à une foule réunissant des gens de plusieurs cultures. Ces gens furent étonnés : «Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : 

La Pentecôte. Missel du XIVe siècle.
National Library of Wales (domaine public)


«Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu» (Actes des Apôtres; chapitre 2, versets 7 à 11). C’est l’Esprit de la Pentecôte qui fait qu’aujourd’hui la Bible est traduite en plus de 700 langues parlées par près de 6 milliards de personnes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Traductions_de_la_Bible

Autrement dit, sous l’influence du gouvernement fédéral, des congrégations catholiques ont mis de côté l’Esprit de la Pentecôte. C’est regrettable. Le Collège Kiuna est le genre d'approche qu'auraient pu et dû mettre en place ces congrégations dans l'Esprit de la Pentecôte..., mais elles ne l'ont malheureusement pas fait.

L’évangélisation comme faux prétexte


Jésus marche sur les eaux:
le Grand chamane.
Par Ivan Aivazovsky, c.1890

Il est faux de croire que l’évangélisation était le but visé. Les Innus, par exemple, étaient déjà évangélisés et célébraient la foi à leur manière – ce qui est juste car «il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père» disait Jésus : il me semble parfaitement correct de voir le Père comme le Grand Esprit et Jésus comme un grand chamane. N'est-il pas Maître de la Vie? Après que Jésus ait calmé mer et vent lors d’une tempête, les disciples dans la barque dirent : «Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent?» (Évangile selon saint Jean; chapitre 14, verset 2).

Dès 1658, Marie de l'Incarnation documentait le pèlerinage des Autochtones vers Sainte-Anne-de-Beaupré : cette année-là, des marins bretons sauvés du naufrage grâce à leurs prières à sainte Anne, la mère de Marie, avaient entrepris de construire une église en son honneur à cet endroit. Les Innus ont aussitôt adopté sainte Anne, l’aïeule pour eux qui vénèrent les Anciens et la famille, cela au point que dans leur langue juillet se dit Shetan-Pishim, qui se traduit par «le mois de sainte Anne». Cette dévotion et le pèlerinage vers le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré près de Québec est donc une tradition de plus de 350 ans et qui est toujours bien vivace. Alors, l’évangélisation n’était qu’un prétexte mensonger.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1115070/autochtone-religion-innu-sainte-anne-messe-pelerinage

Marie de l'Incarnation, témoin
du pélerinage des Innus à Sainte Anne 
dès les années 1650
(Peinture anonyme, XIXe siècle)



Il est aussi faux de croire qu’il s’agit d’une politique de Blancs. Le Japon bouddhiste a fait subir un sort similaire aux Aïnous, peuple autochtone de ce pays qui fut lui aussi déculturé et mis en réserves.

 

Avec les mêmes résultats dans la culture : explosion de la toxicomanie, de la violence, des maladies mentales et du suicide. Tout cela s’est fait au nom d’un seul et même dieu : la modernité. Car pendant que l’on parquait les Amérindiens dans des réserves et décapitait leur culture, les intérêts financiers ont fait main basse, avidement et sans le moindre obstacle, sur les richesses de leurs territoires.


Sainteté 
 
Je partage cette superbe entrevue avec monsieur Rodrigue McKenzie, un Innu, et le journaliste Richard Latendresse (TVA):
Avec quelques réflexions:
Le 26 juillet 2021, c'était la fête de sainte Anne. Comme ils le font depuis des siècles, les Innus célèbraient la neuvaine à sainte Anne en faisant pèlerinage à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Or, dans un restaurant, une dame s'est fâchée pour une bagatelle contre un Innu. Elle l'a traité de «sauvage» et a ajouté: «Vous êtes tous des sauvages!». L'entrevue TVA donne la parole à monsieur Rodrigue McKenzie à propos de cet incident dont il a été témoin. Son attitude et ses propos m'ont émerveillé, vraiment! Proche de la sainteté, j'oserais dire!

La Basilique
Sainte-Anne-de-Beaupré


Les Autochtones pourraient rompre avec l'Église suite aux découvertes de cimetières abandonnés, mais les Innus font mieux: ils optent pour la non-violence dans la loyauté et la foi. Peut-être que ce qui a le plus dérangé cette dame fut de voir tous ces gens venus prier paisiblement. Jésus lui-même était nomade, vivait proche de la nature et prônait la simplicité volontaire.
M. McKenzie comprend quelque chose d'essentiel que tant ne comprennent pas : l'Église, c'est des gens et une foi partagée. Pas une structure, pas des bâtiments. M. McKenzie a offert la vérité de l'Église, et mon Dieu que je suis fier de prier avec lui et les Innus pèlerins! De quoi se réconcilier avec les êtres humains.
 
 
Gilles Ottawa

Je termine cet article avec un livre dérangeant dont je vous recommande la lecture. 

Gilles Ottawa est un historien Attikamek et il a été lui-même scolarisé au pensionnat de Pointe-Bleue (Mashteuiatsh) entre 1965 et 1969. Il est l’auteur du livre Les pensionnats indiens au Québec : un double regard (éditions Cornac, 2010). Dans le contexte où, ces derniers mois, l’on a décrit ces institutions comme de véritables enfers, ce livre est troublant. Il se peut que les pensionnats autochtones du Québec, comme celui où a été M. Ottawa, fonctionnaient un peu différemment, d’autant qu’ils avaient été créés bien après les premiers du genre ailleurs au Canada. Or le jugement de l’auteur est nuancé, et il parle d’un «bilan mitigé» pour ces pensionnats (page 77). Il montre que les aspects négatifs prédominaient : éloignement de la famille, déracinement de la culture, sévices, désespoir, etc. Mais il note aussi des apports positifs. Ainsi, l’enseignement dispensé au pensionnat était complet, «d’ordre général et a permis à la plupart des jeunes Autochtones d’en sortir diplômés et instruits (…). Nombreux sont ceux à avoir par la suite réussi professionnellement» (page 85).  L’auteur reconnait que «ces pensionnats ont été à l’origine de l’émergence d’une culture mixte et, il faut l’admettre, d’une nouvelle génération de jeunes éduqués devenus depuis chefs de leur Nation ou encore cols blancs dans le secteur public» (page 2 de couverture). En page 89, il ajoute, hum, que certains pensionnaires sont devenus prêtres et religieuses et, en page 35, il informe que d’anciens pensionnaires seront enseignants… dans des pensionnats autochtones! Il mentionne aussi que les activités autres qu’académiques étaient «nombreuses» (page 63) et que les sports et la musique étaient des «disciplines d’excellence» (page 90). De plus, à Noël, les enfants recevaient des cadeaux : «La plupart en recevaient un pour la première fois, les parents n’ayant jamais eu les moyens de leur en offrir» (page 43). 
 

C'est un livre à lire, de première source. Reste qu'à mon avis et comme je l'ai écrit plus haut, ce système de pensionnats était faux dès le départ. 

Sources des illustrations: Collection personnelle, site commercial pour le livre recommandé, Wikipédia (Domaine public, PD-US)