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Franklin Carmichael: Lake Wabagishik (1928) |
Instrumentation, et bande sonore :
Chœur mixte
3 Flûtes, 2 Hautbois, 2 Clarinettes, 2 Bassons, 4 Cors, 3 Trompettes, 2 Trombones ténors, Trombone basse, Tuba
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| Plaque-tonnerre (Thunder Sheet) |
Percussion 1: 2 Tams-tams (un grave et un «moyen») / Bol tibétain accordé sur la note Fa. Ou Cloche-tube en cas de non-disponibilité. / Plaque-tonnerre (Thunder Sheet)
Percussion 2: Grosse caisse (jouée horizontalement comme une timbale / Arbre chinois
Percussion 3: Gong (bulbé) grave / Vibraphone / 4 Toms-toms / Cymbale suspendue
Harpe
Cordes (violons 1, Violons 2, Altos, Violoncelles, Contrebasses)
Environ 60-70 musiciens d’orchestre pour un équilibre optimal.
Bande sonore de sons de nature aux abords d’un lac nordique.
En
quatre mouvements enchaînés.
1. Onatchiway
c.9 minutes
2. Opawika
c.11 minutes
3. Wachigabau
c. 15 minutes 30
4. Wapizagonk c.3 minutes 30
Durée : c.40 minutes.
La
partition manuscrite compte 98 pages. Elle est écrite en sons réels.
Chamanisme
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| James MacDonald: The Solemn Land (1912) |
Le
Lac n’a rien de néo-classique (ni dans la forme ni dans le ton), n’a rien de
néo-romantique, et est très peu impressionniste (quelques «reflets» ici ou là,
sans plus). En fait, je suis un peu troublé, car je me demande ce que j’ai
accompli là… C’est une musique un peu âpre et dépourvue de sentimentalité, quelque chose de pur comme de l’eau de source qui jailli en forêt,
cristalline, froide, minérale, vitale… Et pourtant, chaque note est bien
humaine… me semble-t-il.
Je n'ai pas (encore) cédé à la tentation de numéroter les pièces qui pourraient être mes symphonies. Si je le faisais, Le Lac harmonique serait la Symphonie #7. Le ferai-je un jour? Je ne sais pas trop...
| Le Lac harmonique. Pages du manuscrit. (c) 2025 Antoine Ouellette SOCAN |
Une
harmonie en forme de lac
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| Harmonie fondamentale du Lac harmonique |
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| Tom Thomson. In the Northland (1916) |
La symbolique du lac m’a donc orienté vers un texte chanté évoquant les lacs. Mais rapidement, j’ai senti que ce ne pouvait pas être un poème au sens traditionnel. Une intuition m’a alors fait examiner des cartes géographiques du Québec. Et là, j’y ai trouvé mon poème! Ce serait des noms de lacs du Québec, uniquement des noms de lacs, mais ce ne pouvait pas être «Lac des cèdres» ou «Lac rond»! Sur les cartes, j’ai alors rencontré des noms extraordinaires : Matchi-Manitou, Kawawachikamach, Oskélanéo…
Ces noms figurent sur les cartes géographiques ainsi que dans le répertoire de la Commission de toponymie du Québec.
Wapizagonk Onatchiway, Wapizagonk Opawika : Assinika
Le territoire m’a donné le poème. Ces
noms résonneraient comme des invocations. Par exemple, ces mélodies éphémères
que chanteront le chœur :
Ou:
Cette œuvre est comme un cérémonial de nature – au même moment, une connaissance m’avait parlé du shintoïsme, religion «naturelle» du Japon, proche du chamanisme. Ce n’est qu’une coïncidence, mais Le Lac harmonique peut en effet évoquer une musique japonaise par ses tournures mélodiques. Par exemple, cette mélodie qui l’ouvre et qui constitue, après l’accord mentionné précédemment, l’autre grand élément thématique de la pièce :
Incidemment, je suis un admirateur du cinéaste d’animation Hayao Miyazaki dont certains films se réfèrent au shintoïsme (Mon voisin Totoro, Princesse Monomoke, Le voyage de Chihiro, Le garçon et le héron…) - mais la musique de ses films sonne bien peu japonaise. L’auteur Dany Laferrière a pu intituler l’un de ses livres Je suis un écrivain japonais (2008), Le Lac harmonique me donne des allures de compositeur japonais! Et j'imagine très bien Le Lac harmonique joué au Japon, près d'un petit lac et d'un temple.
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| Tom Thomson. Round Lake, Mud Bay (1915) |
A. Une mélodie jouée forte aux bois
Plein
son, timbales, tonnerre, bruits de nature
Outre
sa composante harmonique inhabituelle, Le Lac harmonique offre quelques autres
raretés. Je ne les ai pas cherchées: elles se sont imposées d'elles-mêmes.
- Wachigabau,
le troisième «mouvement», contient l’un des passages les plus soutenus de toute
ma musique : près de 13 pages en fortissimo et triple forte, tout
l’orchestre de même que les chœurs en entier y participent à plein son!
- Les timbales ont une belle partie. Je n’avais utilisé les timbales que dans une seule de mes œuvres précédente, Perce-neige (opus 29). Dans Le Lac harmonique, je leur confie quelques joyeuses tempêtes… :
… et même une mélodie :
- Parmi les percussions, je demande pour la première fois une Thunder Sheet, ou «plaque-tonnerre» : «une large plaque métallique souple, une feuille de métal, suspendue à un portant, que l'on fait résonner le plus souvent en la secouant ou, plus rarement, en la frappant avec un maillet ou une baguette de tambour feutrée. La plaque-tonnerre produit lorsqu'on la secoue des vibrations rappelant le grondement du tonnerre» (Wikipédia).
- Le Lac harmonique contient trois passages avec bande sonore fait de sons de nature que l'on peut entendre près d'un lac nordique. Ces musiques naturelles se superposent à ce que chante le chœur et à ce que jouent quelques instruments de l'orchestre. Cette bande est comme un instrument qui non seulement fait entendre la nature, mais qui «joue» des sons non tempérés et des rythmes libres. Chaque séquence est un peu différente des autres et, dans la troisième, les sons de nature seront légèrement «diffractés» par électroacoustique.
Chacune de ces trois séquences dure environ 4 minutes. En concert, il faut donc prévoir l’équipement de diffusion de la bande sonore. Idéalement, les haut-parleurs devraient entourer le public afin de l’immerger dans le paysage sonore.
Carnet
d’atelier
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| Tom Thomson. The Jack Pine (1916) |
Le plus difficile fut le
grand nombre de microdécisions que je devais prendre, des décisions délicates
sur de petits détails. Le défi consistait à maintenir le caractère particulier
de l’œuvre. Le Lac harmonique est une pièce âpre mais non agressive, contemplative, presque «zen. En même temps, elle contient beaucoup de mouvement ainsi que des passages très
sonores. Toutefois, ce mouvement et cette force ne devaient pas virer vers
quelque chose de dramatique : l’esprit de l'œuvre devait être maintenu même
dans les moments plus actifs et sonores. C’était un impératif d’harmonie et de cohérence. D’où
les multiples microdécisions que j’ai dû prendre, et le fait que certaines d'entre elles ont été longues à prendre! J'ai dû renoncer à plusieurs idées afin de préserver l'univers de la pièce.
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| Tom Thomson. Spring Ice (1915) |
Par rapport aux esquisses, c’est le dernier mouvement qui a été le plus transformé. C’est le plus court des quatre, comme un «au revoir». Je peux dire l’avoir largement recomposé. En esquisses, il durait 2 minutes 45: au final, il est passé à 3 minutes 30. En le travaillant, une sorte de «mélodie éphémère» s'y est invitée qui m'a laissé stupéfait. Inattendue, venue de nulle part, mais en complète harmonie avec l'ensemble; mieux encore, un digne couronnement de la pièce. À la fin de ce travail ardu, voilà que, pouf, cette mélodie parfaite qui surgit en un éclair! Une vraie récompense, une vraie consolation.
Lorsque Le Lac sera joué, un jour, je ne crois pas que bien des gens se rendront compte qu’il n’y a, en tout et partout, que sept notes utilisées dans cette volumineuse partition…
ÉTAPES
À VENIR
Au moment d'écrire cet article, j'apprenais que mon excellente copiste prenait sa retraite. Je me retrouvais sans copiste pour faire l'édition de la partition manuscrite du Lac harmonique. J'ai lancé un appel sur Facebook en janvier dernier, et un jeune surdoué a répondu à l'appel. Alors, la partition est en voie d'édition (score, parties d'orchestre et partie chorale).
N'étant pas équipé pour le faire, je devais aussi lancer un appel afin de trouver quelqu'un pour réaliser les trois séquences de sons de nature. Cela peut sembler curieux, mais il peut y avoir des droits sur des enregistrements de sons de nature. J'avais donc besoin d'une personne qui est non seulement habile avec le montage sonore et l'électroacoustique mais qui, en plus, avait à sa disposition une banque de sons. Cette fois, je connaissais quelqu'un qui pouvait faire ce travail et dont j'admire les réalisations. Contactée, cette personne a accepté la mission.
Ces deux étapes devraient être remplies quelque part ce printemps ou cet été. Il restera une autre grande étape: trouver un organisme et des interprètes qui accepteront de monter l'œuvre en concert. J'ai des pistes, mais c'est embryonnaire pour le moment. Priez pour moi et pour le Lac 😉
Sources des illustrations: Wikipédia (Domaine public, PD-US), site commercial pour la plaque-tonnerre.

























