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mercredi 1 avril 2026

EN FRANÇAIS!

En français, ce n'est pas si difficile!

1. Une langue internationale, mais si difficile?

2. Difficile : plus on le dit, plus ce le sera.
3. Déficit de motivation
4. «Une mer anglophone» : Faux
5. Jeux de l’esprit
6. Difficile pour de mauvaises raisons
 

Paysage de France: un champ de lavande
en Provence.

Me croirez-vous? Presque tous les titres de mes compositions sont en français! Il y a quelques exceptions pour des titres en «italo-latin musical» comme, par exemple: Missa feminina, Sonata Angelica ou Credo. Est-ce que cela pourrait affecter négativement la diffusion de mes œuvres? Je ne le sais pas. Mais j'observe que d'autres compositeurs de musique classique contemporaine utilisent l'anglais même s'ils ne sont pas anglophones. J'observe aussi que des musiciens qui font ce que je pourrais appeler de la «musique semi-classique» recourent souvent aux titres anglais, à nouveau même lorsqu'ils ne sont pas anglophone. Un petit diable me susurre à l'oreille que je rate peut-être quelque chose.

Je n'ai rien contre l'anglais, ni contre telle ou telle langue. Les langues sont des outils extraordinaires de communication. Mais ma langue est le français. Je trouve que le français n'est pas considéré à sa juste valeur, pas même ici au Québec. 

Je ne suis pourtant pas un «ayatollah de la langue»! Je tolère sans problème une certaine marge d’erreur pour autrui et pour moi. Mais j’avoue mon agacement d'entendre dire qu'apprendre et écrire le français, c'est «difficile»! Je ne parle pas ici d’étrangers qui désirent apprendre le français, mais des Québécois et des Québécoises dont le français est la langue maternelle. Des gens qui ont été scolarisés en français pendant plusieurs années! Je me demande si les Hongrois, les Lithuaniens ou les Laotiens ont de tels complexes face à leur langue. On dirait que de plus en plus de Québécois sont mal-à-l’aise d’utiliser cette langue qu’ils semblent percevoir comme un dialecte régional. 

Impératif français | Ensemble, on va plus loin (imperatif-francais.org)

J’ai malheureusement souvent assisté à des scènes où un Québécois «de souche» s’adresse, par réflexe, en anglais à toute personne qui ne lui semble pas être «de souche». J’ai même vu un «de souche» s’obstiner à parler en anglais à un Québécois d’origine vietnamienne parlant parfaitement français et ne connaissant pas un mot d’anglais! Quel message envoyons-nous à faire ainsi? «Le français est le petit dialecte des «de souche». La vraie langue commune est l’anglais». Or non, au Québec, c’est bel et bien le français. De par la loi, le Québec est un État francophone. Sans surprise, le français subit un certain déclin au Québec, sans parler du reste du Canada – le gouvernement fédéral exerce souvent une francophobie passive…
https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/812533/chronique-francophobie-passive?

Les Hongrois, les Lithuaniens, les Laotiens font-ils preuve d’aussi peu de fierté face à leur langue?

 

Une langue internationale, mais si difficile?


Le Château Frontenac à Québec.
Le Québec est un État officiellement
français, et la langue comme est sensé
y être le français...


Alors, je débute en donnant des faits bruts pour deux questions.

Le français est-il une langue locale ou internationale? Voyez :

 * En 2023, le français est parlé sur tous les continents par environ 321 millions de personnes: 235 millions l'emploient quotidiennement et 81 millions en sont des locuteurs natifs.

* En 2018, 80 millions d'élèves et étudiants s'instruisent en français dans le monde.
Selon l'Organisation internationale de la francophonie, il pourrait y avoir 700 millions de francophones sur Terre en 2050.
* Le français est la cinquième langue parlée au monde après le mandarin, l'espagnol, l'anglais et l'hindi.
* Le français est la deuxième langue apprise sur le globe et la troisième langue des affaires et du commerce.
* Le français se classe deuxième parmi les langues étrangères les plus fréquemment enseignées à travers le monde.
* Le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet après l'espagnol, le mandarin et l'anglais, langue dont le vocabulaire a été fortement enrichi par le français.  
* Dans le monde, 27 États ont le français comme langue officielle. 

Donc : oui, le français est une langue internationale.

Le français est-il une langue difficile?

Cette fois, la réponse est plus nuancée.

D’une part, selon l’UNESCO, le français est la dixième langue la plus difficile à maîtriser. Le classement va ainsi :

1. Chinois mandarin

2. Grec
3. Arabe 
4. Islandais 
5. Japonais 
6. Finnois
7. Allemand 
8. Danois 
9. Norvégien
10. Français 

Si vous trouvez le français difficile,
essayez le mandarin pour voir... 
Manuscrit du XVIIIe siècle.


Les critères de ce classement sont toutefois théoriques. Ils portent sur la structure de la langue et sur ses particularités. Mais les choses changent lorsque le critère devient la difficulté d’apprendre concrètement une langue. Ainsi, selon Global Lingua, les dix langues les plus difficiles à apprendre sont :

1. Gaélique écossais

2. Hongrois
3. Danois
4. Japonais
5. Finnois
6. Islandais
7. Thaï
8. Grec
9. Arabe
10. Chinois mandarin

Six langues sont communes aux deux listes : danois, japonais, finnois, islandais, grec, arabe et mandarin. Mais le français ne figure plus dans cette deuxième liste. Cela signifie que, dans la pratique, le français est plus facile à apprendre qu’il n’en a l’air. Cela signifie aussi que le français est plutôt simple dans ses principes généraux, mais subtil dans ses détails. L’art est d’apprendre ces nombreuses subtilités!

Les Hongrois parviennent pourtant à apprendre leur langue (qui n’est parlée que dans leur pays).

Quelle est la langue la plus facile au monde? Non, ce n’est pas l’anglais, même pas le «basic English» baragouiné de par le monde. La langue la plus facile serait le swahili, une langue africaine!

 

Difficile : plus on le dit, plus ce le sera.

Apprendre le français semble devenu
comparable à une pénible escalade!
Gravure de Gustave Doré, 1865


Mais ces temps-ci, tout semble TRÈS DIFFICILE en français. Ma génération était-elle si géniale d'avoir appris à écrire le français avec peu ou pas de fautes?! Comment en est-on arrivé à ce que les écoles fabriquent tant d'«analphabètes éduqués», y compris de niveau universitaire?! Comment un système éducatif peut-il justifier que tant de gens suivent 10, 15 voire 20 ans de scolarité sans arriver à bien écrire le français?

Que proposent des «spécialistes» en réponse aux gémissements d’élèves? Ils commencent par accuser le français d’être une langue «élitiste» - ce qui est complètement faux : au Québec, le français est une langue populaire depuis l’époque de la Nouvelle-France! Ensuite, ils proposent leur version personnelle de la «simplification» de l’orthographe et de la grammaire. Certains proposent d'éliminer les doubles consonnes, comme le n de consonne, et donc d'écrire «consone». B'en oui, en français, c'est «difisil». Pourtant, personne ne gémit lorsqu'il y a la même chose en anglais: full ou dull, par exemple - en passant, malgré la seule différence de la première lettre, le «ull» de ces deux mots ne se prononce pas de la même manière. Mais c'est de l'anglais, donc c'est «fasil».

En français, il faut éliminer les «ph». Il semble qu'il était TRÈS IMPORTANT d'écrire «nénufar» au lieu de «nénuphar» - mot que, comme vous le savez, nous employons tous les jours. Les «ph», c'est «difisil» en français. Pourtant, comment les anglos écrivent-ils ce mot? «Nenuphar». En français, il faudrait «éléfant» (et pourquoi pas «éléfan»?); pourtant, en anglais, c'est «elephant» et c'est bien plus «fasil»! Pouvez-vous me dire la différence?!?! Faudrait-il écrit «filozofi» pour faire plus «fasil»? Pourquoi alors est-ce «philosophy» en anglais? Les anglophones sont-ils plus intelligents que nous?

Parvenir à bien écrire le mot «éléphant»
est un exploit surhumain en français!
Mais écrire «elephant» en anglais est tellement facile!


Tant qu’à y être, certains revendiquent de pouvoir «écrire au son», sur la base qu’avant la fondation de l’Académie française au XVIIe siècle, les divers auteurs écrivaient au son. La belle affaire! Ce n’était pas plus simple. Chaque mot pouvait s’écrire d’une multitude de manières et, souvent, on les truffait des lettres fantaisistes. Je vous suggère l’expérience de lire du français médiéval – je vous souhaite bonne chance à l’avance! Comment écrire au son «Ils ont deux ans»? «Il zon deu zan»?! Le français ne peut pas s’écrire au son – l’anglais non plus, soit dit en passant. D’ailleurs, plusieurs particularités du français écrit sont des conséquences du français parlé. Par exemple, plusieurs noms communs se prononcent de la même manière au singulier et au pluriel; à l’écrit, il fallait modifier la graphie pour signifier le pluriel.

Plus on répète que quelque chose est difficile à apprendre, plus la chose sera effectivement difficile à apprendre. Cela vaut pour l’apprentissage de n’importe quoi. Taper sans cesse sur le clou du «C’est difficile» rend l’apprenant mal-à-l’aise. Cela crée des tensions, de la raideur psychologique et jusque des blocages de longue durée. Au final, une telle attitude est complètement contre-productive. Imagine-t-on une professeure de piano répéter à satiété au petit enfant de 7 ans à qui elle enseigne que «Tu sais, le piano, c’est très difficile, vraiment très difficile»? De même, enseigner les exceptions avant que la règle générale ne soit assimilée est une très mauvaise pédagogie. Imagine-t-on la même professeure donner comme premier morceau à l’enfant une Sonate de Beethoven?! Tout domaine d’apprentissage exige du temps, du travail, de la patience et de la persévérance. Mais si la méthode pédagogique est valable, on y arrive – on sait bien écrire le français après quelques années d’étude. Si plusieurs élèves n’y arrivent pas, ce n’est pas la langue qui est fautive : ce sont les méthodes qui sont défectueuses, ou alors des éléments contextuels divers qui sont défavorables, ou encore des problèmes de santé (dyslexie et autres) qui entravent la progression.

 

Déficit de motivation

J’ai devant moi une grammaire française (langue «difficile») et une grammaire espagnole (langue «facile»). Les deux ont pourtant à peu près le même nombre de pages. J’ai aussi devant moi un livre de conjugaison pour le français et un pour l’espagnol : le premier devrait être beaucoup plus volumineux que le second (la conjugaison française est plus irrégulière que l'espagnole) et pourtant non, eux aussi ont à peu près le même nombre de pages. C’est bien pour dire…

«Mais en français, il y a le participe passé d’avoir!». Je consulte ma Grammaire. La règle est plutôt simple : «Le participe passé conjugué avec avoir s’accorde en genre et en nombre avec son complément d’objet direct s’il en est précédé». Par exemple : J’ai acheté des fleurs / Les fleurs que j’ai achetées. D’accord, il y a cinq pages de règles particulières dans ma Grammaire. Mais franchement, bon nombre de ces cas particuliers concernent des tournures de phrases rares, voire très littéraires.

Quant aux mots et à leur orthographe, eh bien, on les apprend, tout simplement! Si je désire apprendre telle langue, je l'apprends. Je l'apprends telle qu'elle est. 

Pascal Zesiger, psycholinguiste à l’Université de Genève, affirme que, pour les enfants, il n’y a aucune langue qui soit plus difficile qu’une autre. Entre 18 et 24 mois, l’enfant apprend 8 à 10 mots nouveaux par jour, si bien qu’à 4 ans l’enfant maîtrise les bases de la langue, quelle que soit cette langue. À partir de l’âge de 7 ans, l’apprentissage de la langue est d’abord et avant tout une question de motivation : si la motivation n’y est pas, ce sera difficile.

Il se peut donc que plusieurs de nos élèves québécois ne soient pas très motivés à apprendre le français. Il faut se demander pourquoi.  

 

Une «mer d’anglophones». Faux.

Contrairement au mythe de la «mer anglophone»,
les langues latines sont bien représentées
en Amérique du Nord, et elles dominent largement
les Amériques (vue de Mexico)


Nous justifions avec l’argument voulant que «Nous sommes une petite minorité dans un océan anglophone». C’est une demi-vérité. On oublie fréquemment le fait qu’il y a non pas deux mais bien trois pays sur le continent nord-américain : le Canada, les États-Unis et, oui, le Mexique. Or, le Mexique compte quelques 127 millions d’habitants qui parlent espagnol. Donc, en Amérique du Nord, les langues latines sont bien présentes. Au niveau des Amériques, les langues latines prédominent largement sur l’anglais, et le français lui-même est bien implanté dans les Antilles. L’espagnol est la deuxième langue la plus parlée au monde, après le mandarin. 
L’espagnol se répandant de plus en plus aux États-Unis, 29 États américains se sont senti la nécessité de déclarer l’anglais comme étant leur langue officielle et de le protéger par des lois. En fait, 50 États des États-Unis ont des lois protégeant l’anglais! Curieusement, des gens sont fâchés que le Québec ait une telle loi pour protéger le français. Même l’ambassadeur des États-Unis au Canada s'est permis de faire la morale au Québec pour sa loi protégeant sa langue! Ce qui vaut pour l’anglais aux États-Unis ne vaudrait donc pas pour le français au Québec, le seul État officiellement francophone sur le continent! Curieuse logique…
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/usa_3pol-etats.htm
 

Jeux de l’esprit

Le français a été une langue de littérature
avant même d'avoir été codifié pour l'écrit!
Par exemple, La Chanson de Roland, écrite
dès la fin du XIe siècle. Miniature inspirée
de cette œuvre épique qui compte
pas moins de 4000 vers! 

La langue espagnole a bénéficié d’un extraordinaire concours de circonstances qui lui a donné d’être plus régulière et simple dans son orthographe et dans sa grammaire. Au début du Xe siècle, dans les monastères bénédictins de San Millán de la Cogolla et de Santo Domingo de Silos, des moines de génie ont codifié l’espagnol d’une manière exemplaire – il faut le dire : plusieurs langues, incluant des langues amérindiennes, ont été mises par écrit par des religieux chrétiens, un apport culturel capital.
https://www.telemartin.tv/origines-espagnol/

Or, ce travail a été réalisé avant même que l’espagnol ne devienne une langue de littérature : les premières traces de littérature en espagnol datent du XIIe siècle.

C’est dire que lorsque des poètes et des écrivains voulurent utiliser l’espagnol pour leurs œuvres, ils avaient à leur disposition une codification écrite déjà bien rodée.

Tel ne fut pas le cas pour le français. Très tôt, le français a été une langue littéraire. Très tôt, c’est-à-dire longtemps avant sa codification. Il y a des masses d’exemples, dont… :

Les histoires animalières du
Roman de Renart (XIIe siècle).
Dessin d'Ernest Henri Griset (1869)

* Le poème épique La chanson de Roland. Fin XIe siècle.
* Le cycle romanesque de la Table ronde et du Graal. Entre autres, par Chrétien de Troyes, XIIe siècle.
* Les récits animaliers du Roman de Renart. XIIe siècle.
* Le Roman de la Rose. XIIIe siècle.
* Le satirique Roman de Fauvel. XIVe siècle.
* Les chansons des Trouvères. XIIe et XIIIe siècles.
* Les œuvres du poète Rutebeuf. XIIIe siècle.

À la fin du XIIIe siècle, c’est en français que Marco Polo a dicté les récits de ses voyages.

Le plus ancien poème, de même que le premier texte de loi écrits en français datent du IXe siècle.

La langue n’étant pas encore codifiée, l’orthographe et la grammaire variaient d’un auteur à l’autre. Le mot «auteur» lui-même pouvait s’écrire aucteur, acteur, auteur, autheur.

La première grammaire
du français n'a été publiée
qu'en 1530... par un Anglais!


Les choses ont commencé à changer au XVIe siècle. La première grammaire du français, intitulée Lesclarcissement de la langue francoyse fut publiée en 1530… par John Palsgrave, un Anglais! D’autres livres de même type se succédèrent au cours du XVIe siècle. Le tri devait se faire : tout un chacun ne pouvait pas accoucher de sa propre grammaire...
https://correspo.ccdmd.qc.ca/document/bon-chic-bon-genre-a-la-page/la-grammaire-du-francais-au-xvie-siecle/?action=genpdf&id=18551

C’est donc suite à la création de l’Académie française au XVIIe siècle que le français sera enfin codifié.

On a prêté toutes sortes d’intentions obscures ou malveillantes à cette institution – un relent de complotisme sans doute. Reste qu’il fallait élaguer et normaliser. Même si la grammaire française vous semble compliquée, sachez que c’est à sa simplification qu’a œuvré l’Académie!

Gutenberg, dont l'invention favorise
la normalisation des signes musicaux... 
et de certaines langues, dont le français


Il n’y a pas que l’Académie. Il y a aussi la technologie. En 1450, Johannes Gutenberg invente l’imprimerie ou, plus exactement, la presse mécanique à caractères alphabétiques mobiles métalliques. Cette invention révolutionnaire permet d’imprimerie plusieurs exemplaires identiques d’un écrit. Elle entraîne rapidement la création de maisons d’édition. Mais aussi, à cause du coût et du nombre de caractères mobiles à manier, elle force à la normalisation. L’imprimerie a donc contribué à normaliser des langues, mais pas que des langues : elle a aussi normalisé la notation musicale. À la fin du XVe siècle, il existait une multitude de systèmes de notation écrite de la musique et, du coup, une pléthore de signes musicaux. Plusieurs signes musicaux différents à l’écrit signifiaient pourtant exactement la même chose. Et c’était aussi ainsi dans le français écrit avec des mots qui pouvaient s’écrire de multiples manières. Sur le plan technique, l’imprimerie ne pouvait pas fonctionner avec tant de doublons. Il fallait élaguer et normaliser. Ce sera fait pour la musique et, sans surprise, ce le sera aussi pour le français écrit. Mais il a été conservé une part de son inventivité, dans les mots, les accords, les tournures – part héritée de sa longue tradition littéraire, d’où ces fameuses «exceptions». Ce sont moins des «exceptions» que des mots qui sont comme des êtres en eux-mêmes, chacun avec sa personnalité.

Marc Favreau et son clown Sol:
un virtuose du français!
La codification du français
n'a pas du tout entravé sa
prédisposition à la créativité.


Cette normalisation n’a pas brimé la créativité des écrivains et poètes de langue française, loin de là! Le français était une langue littéraire exceptionnelle avant sa normalisation, et il le restera tout autant après. De mon Québec, je pense à la fantaisie vertigineuse de Marc Favreau avec son personnage du clown clochard Sol, à celle de Réjean Ducharme, etc. ; je pense à nos nombreux mots inventés, les québécisme ou canadianismes – bleuet, traversier, poutine, courriel, coudon, dépanneur, etc.!
https://www.je-parle-quebecois.com/

En France, la virtuosité de Raymond Queneau (1903-1976) est incroyable! Mais ces possibilités infinies proviennent de la langue elle-même. Et il y a le français des Antilles, le français africain, etc. 

Le vocabulaire français semble, lui aussi, infini. Je me demande alors pourquoi tant de gens ici au Québec recourent à des mots anglais alors même que leur équivalent français existe. Comme ce «peak» que j’entends souvent : en français, c’est «pic» et il y a une lettre de moins…

Le français est tout autant une langue d'une
rigueur chirurgicale pour les sciences.
Marie Curie avec Henri Poincaré en 1911.


L’orthographe et la grammaire françaises reflètent la créativité de cette langue. Cela dit, le français est aussi une langue d’une précision exceptionnelle, une précision même chirurgicale, qui en fait une langue majeure de la science : Blaise Pascal, René Descartes, Denis Diderot (idéateur et rédacteur en chef de L’Encyclopédie, œuvre-phare du XVIIIe siècle), Louis Pasteur, Marie Curie, Henri Poincaré (fondateur de la théorie du chaos), l’abbé George Lemaître (créateur de l’idée d’«atome primitif» et d’univers en expansion), les vulcanologue Katia et Maurice Krafft, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, et combien d’autres encore. Si l’anglais a fini par coiffer les autres langues en sciences, il existe toujours de nombreuses revues et publications scientifique en français – voyez ceci :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_revues_scientifiques_francophones

Le français favorise les jeux de l'esprit. Il devrait donc être enseigné par le jeu!


Difficile pour de mauvaises raisons

Le saviez-vous? Pour bien chanter, les oiseaux doivent chanter:
ils doivent entretenir leur voix et leur technique. 
Étude ornithologique, Anonyme, Allemagne, c.1890

Alors, pourquoi le français semble devenu si difficile? Une explication me semble incontournable : le français devient difficile parce qu’on l’utilise moins. Au Québec, bien des gens travaillent au moins en partie en anglais; bien des gens écoutent surtout des chansons en anglais et regardent surtout des téléséries et des films en anglais; bien des gens lisent peu ou pas en français ; bien des gens écrivent peu – encore moins à la main, alors qu’il est su qu’écrire à la main favorise davantage l’intégration des connaissances, etc. 
Une langue rouille de plus en plus quand on l’utilise de moins en moins. Et plus elle est rouillée, moins motivant semble son apprentissage ou son perfectionnement. Au Québec, le français est la langue seconde, voire la troisième langue d'un certain nombre de personnes, ce qui ajoute des défis.

Une langue, y compris une langue maternelle, doit être entretenue. Même les oiseaux doivent chanter pour entretenir leur chant! Cela vaut d’ailleurs pour beaucoup de choses : cessez de pratiquer un sport et vous allez rouiller…

Le français est une langue ludique: la meilleure
manière de l'apprendre et de le parfaire est
de jouer avec!


Cela nous met face à nos contradictions. En 2022, des employés des Francofolies de Montréal, un important festival de la chanson francophone, révélaient devoir travailler… en anglais! L’organisme, grassement subventionné, a répondu que c’est au nom de la «diversité» et de l’«inclusion»! Je ne comprends pas pourquoi l’anglais qui s’impose partout serait davantage inclusif. Je comprends encore moins qu’en un temps où l’on n’a que le mot «diversité» à la bouche, cette prétendue diversité se fait uniquement en anglais... Vive la diversité culturelle… en autant que ce soit uniquement en anglais! C’est le Québec, le Québec français, qui est un facteur de diversité en Amérique du Nord. Alors, si l’on tient tant à la diversité, nous devrions promouvoir le français, quitte à le protéger aussi par des lois fermes. Dans les faits, la diversité culturelle de l’humanité est en baisse, tout comme la biodiversité sur Terre – ces deux pertes sont interreliés.

L’anglais attire aussi (surtout?) à cause du «rêve américain», c’est-à-dire états-unien. Mais franchement, je vois mal en quoi les États-Unis sont enviables présentement (et depuis longtemps en fait). Le rêve n’est qu’un mirage.

Ladite «écriture inclusive» exclut
beaucoup de personnes en leur
compliquant l'accès au monde de l'écrit.
C'est une fausse bonne idée.


Le français n'a pas à être un terrain de guerre pour des groupes divers. Certaines personnes revendiquent une «langue écrite inclusive». Le français offre déjà plus de visibilité au féminin que d'autres langues comme, par exemple l'anglais. Mais il faudrait que ce soit la parité totale. Le français offre déjà toute la souplesse pour féminiser des termes et trouver des tournures inclusives. 

Mais oups! Ceci ne suffit pas car, selon les mêmes «progressistes», il faudrait aussi «dégenrer» le français! Réalise-t-on l'absurdité de demander À LA FOIS plus de féminisation et moins de «genre»?! La solution proposée (que l'on cherche à imposer souvent de manière agressive avec insultes à la clé pour qui contrarie) est une langue écrite malmenée et surchargée de points. Le français a déjà un orthographe et une grammaire imaginatives, il est contreproductif d'en ajouter. 
Pire: cet écrit «inclusif» exclut beaucoup de personnes en leur rendant encore plus problématique l'accès au monde de l'écrit. Les cas de dysphorie du genre se situent sous le 1% (Statistique Canada). L'écriture dite inclusive pose des problèmes aux malvoyants, aux gens ayant de la dyslexie et autres du genre - ces difficultés sont rapportées par de nombreux organismes. Les personnes dyslexiques représentent près de 20% de la population du Québec; les personnes ayant une déficience visuelle sont près de 5%. De plus, 19 % des Québécois sont analphabètes (niveaux -1 et 1 de littératie) et 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture et se situent au niveau 2 de littératie - le niveau 5 de littératie correspondant à une maîtrise élevée de la langue.

Plus la graphie de la langue écrite est lourde, plus ces gens sont exclus du monde de l'écrit et marginalisés. Je ne vis pas ce problème, ni les promoteurs de l'«écriture inclusive», mais je n'oublie pas les personnes, nombreuses, qui le vivent. L'accès à l'écrit, ne serait-ce que comme outil de communication, doit primer. Penser aux personnes dyslexiques et malvoyantes est moins sexy, mais cela concerne bien davantage de personnes. 
Voir notamment: 

Apprendre une langue est comme apprendre n’importe quoi : cela exige du travail, du temps, de la patience, de la persévérance. Ce sont des valeurs qui se raréfient…

Alors, il faudrait retrouver un plaisir fondamental du français : le jeu! Amusons-nous!

Sources des illustrations: Sites commerciaux pour les ouvrages suggérés, Impératif français, Wikipédia (Domaine public et PD-US)

lundi 2 mars 2026

LA TRIADE DES MAGES: SCIENCE, ART, SPIRITUALITÉ (2)

La triade des Mages : 
Science, art, spiritualité.

Deuxième partie: À deux: dispute ; à trois: paix. 


1. Une alliée de la science et des arts

2. Domaines communs

3. La musique perdue

La première partie de cet article est ici:

https://antoine-ouellette.blogspot.com/2026/01/la-triade-des-mages-art-science.html

La science et la foi sont-elles compatibles? Et que pourrait dire l'art entre la science et la foi? 

Je disais donc que... 

Une allié des sciences et des arts

L'observatoire de Mount Graham auquel participe le Vatican.
On y trouve notamment le Vatican Advanced Technology Telescope,
surnommé familièrement le «Popescope»!

Contrairement à ce que peut laisser croire l’affaire Galilée, les Papes de la Renaissance ont soutenu les sciences, tout comme ils ont soutenu les arts. Par exemple, un observatoire astronomique existe au Vatican depuis les années 1580. Il a dû déménager quelques fois à cause de la pollution lumineuse, mais il existe toujours. En fait, le Vatican possède non pas un observatoire, mais deux : l’un se trouve à Castel Gandolfo, la résidence d’été des Papes près de Rome, l’autre sur le Mont Graham en Arizona. En 2008 le Prix Templeton a été attribué au cosmologue Michal Heller, un des adjoints scientifiques de l'observatoire et en 2010, le Prix George Van Biesbroeck l’a été à l'ancien directeur de l'observatoire, le jésuite américain, George Coyne. 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Observatoire_du_Vatican

Bien avant Copernic, Nicolas de Cues
concluait que la Terre tourne autour
du Soleil. Bien avant l'astrophysique,
il affirmait que l'Univers était sans
limite finie. Et pourtant, le Pape
le nomma cardinal!

La fameuse affaire Galilée peut être interprétée comme la preuve de l’intérêt passionné du Vatican pour la science et ses débats – Martin Luther, lui, avait déclaré que Galilée méritait la mort : le Pape a donc protégé Galilée en le mettant en résidence surveillée! Quoiqu’il en soit, Galilée avait, lui aussi, ses défauts : il avait tendance à s’approprier les idées d’autrui sans citer ses sources, et il s’est trompé en niant l’existence matérielle des comètes.

Bien avant cet épisode, Nicolas de Cues (1401-1464) avait avancé que, sans être infini, l’univers était sans limite finie – ce qui semble exact, et que la Terre n’était pas fixe, qu’elle était en mouvement. Des décennies avant Copernic, il en était venu à la conclusion que la Terre tourne autour du Soleil. A-t-il été soumis à l’Inquisition? Loin de là : le Pape de l’époque apprécia tant ses idées qu’il le nomma cardinal!
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Cues

À ce sujet, il est bon de savoir ce qui suit. Fondée sous une première forme en 1603, l’Académie pontificale pour les sciences a été revitalisée en 1847 par Pie IX, puis a reçu une nouvelle impulsion en 1936 sous Pie XI. Son mandat est de «promouvoir le progrès des sciences mathématiques, physiques et naturelles, et l'étude des problèmes épistémologiques qui leur sont liés». Elle est toujours bien active, et elle forme l’assemblée comptant le plus grand nombre de Prix Nobel, des gens qui ont souvent été nommés membres de l’Académie avant même de recevoir le Nobel.

Réacteur de recherche en fusion nucléaire.
Massachusetts Institute of Technology (MIT)
Mais attention! Ces gens de sciences sont souvent cités comme preuve selon quoi science et foi sont compatibles. C’est un argument trompeur. Ce que leur exemple démontre, c'est qu'un dialogue est possible, dans une certaine mesure. Le dialogue n'est pas nécessairement de la compatibilité. Par exemple, George Lemaître avait exhorté le Pape Pie XII à ne pas donner d’interprétation théologique du Big Bang, et encore moins à utiliser ce concept scientifique comme la preuve que l’univers a été créé par Dieu. En fait, ni la science ni la raison ne sont parvenue à démontrer l’existence de Dieu, pas davantage à démontrer son inexistence. En ce moment, nous ne sommes pas plus avancés qu’à l’époque d’Érigène (voir l'article précédent). Il faut reconnaître que le darwinisme ou l’astrophysique ont plombé plusieurs conceptions religieuses, chrétiennes et autres.

La compatibilité entre science et foi n’est pas une évidence. Mais voici qu’entre en scène l’art!

 

Domaines communs


Manuscrit de Jean Sébastien Bach.
Une œuvre musicale n'est pas une
démonstration d'algèbre mais,
avec tous ces symboles, une partition
pourrait ressembler à...
(image suivante)

La science et la foi ne sont pas les seuls domaines de l’esprit : il y a aussi l’art. Pourquoi la foi parle-t-elle si peu d’art, alors qu’elle cherche désespérément à s'allier à la science? Serait-elle complexée à ce point?! Car l’art, lui, ne se cherche pas de justifications scientifiques. Je ne connais pas d’artiste qui désire obtenir à tout prix l’imprimatur de la science. En écoutant une symphonie de Haydn ou une chanson de Leonard Cohen, en admirant une toile de Rubens ou de Chagall, en vivant une pièce de théâtre de Molière ou de Michel Tremblay, etc., qui donc s’extasie : «Que cette œuvre est scientifiquement juste!», ou encore : «J’adore cette œuvre parce qu’elle est mathématiquement exacte»?! Ce serait ridicule. Alors, pourquoi n’en va-t-il pas de même pour la foi et la spiritualité?

L’art parle son propre langage qui n’est ni celui de la foi ni celui de la science. La science parle son propre langage qui n’est ni celui de la foi ni celui de l’art. La foi parle son propre langage qui n’est ni celui de la science ni celui de l’art. Il est des vérités de l’ordre de la science; il est des vérités de l’ordre de l’art; il est des vérités de l’ordre de la foi. La nature des vérités de chacun de ces trois domaines lui est propre et ne peut être saisi que par le langage qui lui est propre lui aussi.

... une page de mathématiques!
Dessins de trigonométrie tiré de 
l'Encyclopédie d'Éphraïm Chambers
(1728)



Science, art et foi sont des «canaux» différents mais aussi vrais l’un que l’autre. La vérité n’est pas l’apanage que de la seule science, le savoir non plus. Si la science sous la tutelle de la foi n’est pas une bonne affaire, la foi sous la tutelle de la science ne l’est guère plus. La science n’a pas à se chercher des confirmations dans la foi, mais la foi n’a pas davantage à s’en chercher dans la science. De même pour l’art : en quoi l’analyse scientifique d’une partition peut-elle faire apprécier cette œuvre? L’émotion artistique ne passe pas par l’étude des proportions mathématiques dans une toile! Chacun de ces trois canaux perd sa vérité et sa pertinence lorsqu’il s’assujetti à un autre. 

La science, la foi et l’art peuvent tout autant l’un que l’autre être faussés, instrumentalisés, pervertis. Il n’est aucun régime tyrannique qui n’ait été glorifié par des artistes et auquel des scientifiques n'aient pas collaboré.

Cependant, il existe des points de contact entre eux. Il existe un domaine commun, un domaine d’intersection entre science et art, entre art et foi, entre science et foi, entre art, science et foi. Par exemple, dans l’art musical, la science aide à perfectionner la fabrication des instruments; les symboles d’une page de partition la font ressembler à une page de mathématiques… Je m’en amuse : une dame de mon quartier m’a appelé Professeur Tournesol! Du coup, il existe une possibilité d’échanges et d’interactions. Mais une bonne part du domaine propre de chaque canal échappe à celui des autres canaux : chacun possède sa nature propre et indépendante qui demande à être respectée. La compatibilité s’établit à l’intérieur du domaine d’intersection; hors de ce domaine, la compatibilité est incertaine, illusoire ou impossible. Cette relation peut être représentée comme ceci :


Ma version de la triade Science - Art - Spiritualité (Foi),
avec ses domaines communs et partagés (où le dialogue est possible),
avec aussi ses espaces exclusifs (où le langage de l'un n'est pas compris par l'autre).


Il n’y a donc pas de compatibilité totale entre science et foi, pas plus qu’il n’y en a entre science et art. Le schéma montre qu’il existe même deux zones d’incompatibilité entre science et foi : la zone où la science est seule, et la zone où la foi est seule. La zone où la foi est seule représente le cœur que signalait Blaise Pascal; la zone où la science est seule représente le doute qui est moteur de la science. La foi ne peut pas se nourrir de doute, et la science est impuissante face au cœur. Ces zones ne donneront lieu qu’à un dialogue de sourds, car science et foi n’y parlent tout simplement pas le même langage.

Auteur du livre L’impossible dialogue, Yves Gingras a donc à la fois tort et raison : le dialogue n’est pas impossible, mais il ne peut être fructueux que dans l’intersection, le domaine commun. Par contre, Yves Gingras est trop militant lorsqu’il affirme que la science vise à «dépasser» les religions et les spiritualités par les procédures de vérification empirique et la cohérence logique. En faisant ainsi, la science ne dépasse rien : elle ne fait que parler son langage propre dans la zone du schéma où elle est seule.

Ce livre est paru en 2016 aux Éditions Boréal. Pour un aperçu, voir : https://actualites.uqam.ca/2016/impossible-dialogue-entre-sciences-et-religions-ouvrage-yves-gingras/

Ce n’est donc qu’une petite portion de la foi qui peut bénéficier de la raison. Peut-être même que la science pouvant le mieux dialoguer avec la foi n’est pas celle, linéaire, du 1+1=2 mais celle, arborescente, des mathématiques du chaos avec ses fractales, effets papillons et attracteurs étranges. Peut-être aussi que le Seigneur est davantage un artiste qu’un scientifique : si tel est le cas, nous perdons temps et énergie à tenter de le raisonner.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_chaos

Puisqu’il y a peu de compatibilité, Dieu ne peut pas être connu par la seule raison. Seul l’univers matériel peut être exploré par la raison. On attend trop de la raison : des attentes déraisonnables! On oublie que notre esprit possède d’autres facultés et d’autres dimensions.

 

La musique perdue

La triade des mages renvoie à la Trinité,
un seul Dieu en trois Personnes, Mystère
de la foi inaccessible à la seule raison. 
Toile de Jeronimo Cosida, c.1590

Chose certaine, une «foi raisonnée» est une foi réduite qui a perdu son langage propre. Et tout le problème est justement là : dans une trop grande mesure, nous avons perdu le langage de la foi, nous ne comprenons plus ses mots, même plus son alphabet. Pour pallier à cela, nous comblons le vide en empruntant le langage et les mots d’un autre domaine, celui de la science, un langage et des mots qui sont pourtant incapables, en leur nature même, d’épanouir la foi. Alors, celle-ci se dessèche et devient comme une langue morte, une spéculation, une «foire au bavardage» comme ironisait saint Augustin.

C’est pire encore! Car j’observe que la foi chrétienne recourt de plus en plus à la pseudo-science, notamment les idéologies sociales pseudo-scientifiques (qui se sont imposées tant dans les universités que dans des pans de l’Église) et la psycho-pop. Mon Dieu qu’il s’en prononce des homélies à la sauce psycho-pop dont bien des concepts semblent avoir remplacés les dogmes! (Par bonheur, ma paroisse reste épargnée de ce phénomène)

Combien de fois ne dit-on pas que les gens, surtout les jeunes, ne comprennent plus ce qu’il se passe lors de la messe? La messe n’est «ennuyante» que parce que nous ne parlons plus son langage. 

Combien de fois ne lit-on pas que les mots pour dire la foi devraient être plus «accessibles»? Comme ceux de n’importe quel domaine, les mots de la foi ne sont inaccessibles qu’à qui ne fait pas l’effort ou n’a pas eu l’occasion de les connaître. Combien de fois ne demande-t-on pas de trouver des «mots nouveaux» pour présenter la foi? 
Il n’y aura pas de mots nouveaux – on n’invente pas des mots ainsi. Il n’y aura que des mots en moins et des idées en moins. Le risque est que le contenu de la foi devienne de plus en plus minimaliste et se limite à des slogans creux : «Jésus sauve» (de quoi donc?), «Dieu t’aime tel que tu es» (vraiment?!), «Le Seigneur est bon» (alors pourquoi la maladie, la guerre, les catastrophes naturelles, la mort?). Ces mots de formules toutes faites sont insuffisants. Au mieux, ils apportent, peut-être, une mince consolation dans les épreuves, mais ils sont incapables d’inspirer la vie courante.

Icône de saint Grégoire de Nysse:
«Les concepts créent des idoles de Dieu.
L'émerveillement seul saisit quelque chose»,
disait-il.


Une musique perdue. En 2019, une étude du Pew Research Center démontrait que 69% des Catholiques des États-Unis NE CROIENT PAS en la Présence réelle du Christ dans l'hostie et le vin consacrés. On ne parle pas là d'une question secondaire, mais bien fondamentale et essentielle: ne pas y croire fait que l'on n'est pas catholique, peut-être pas même chrétien, sinon vaguement. Des études plus récentes ont confirmé ce chiffre, en ajoutant toutefois que plus la personne catholique fréquente les sacrements, plus elle croit et que, zut, plus elle fréquente la messe «traditionnelle» en latin, plus elle croit davantage. Alors pourquoi si peu de catholiques y croient? Parce que la musique a été perdue. Elle a été perdue parce que peu ou pas enseignée, et parce que l'on a interprété la foi selon la science. 

Le langage de la foi n’est pas le problème. Le problème est que l’on n’a pas continué à le cultiver, à le parler, à l’enseigner, ou si peu et si mal. Nous avons cessé de jouer sa musique. Délaisser encore davantage le langage de la foi sous prétexte d’«accessibilité» est une voie sans issue, condamnée d’avance. La solution passera inévitablement par recommencer à faire nos gammes.       

Science, foi, art: à chacun son langage
pour un dialogue fructueux.



Trop de raison risque de pousser la foi vers une sorte de résignation ou de désenchantement. Or sans émerveillement, l’Évangile du Christ se serait éteint dès le départ. Le Christ invite plutôt à la conversion en nous disant : «Viens, suis-moi». 

En notre personne, il nous convie à «laver ce qui est souillé, baigner ce qui est aride, guérir ce qui est blessé, assouplir ce qui est raide, réchauffer ce qui est froid, et rendre droit ce qui est faussé».

(extrait de la séquence Veni Sancte Spiritus de la fête de la Pentecôte).


Il y a assurément une part de Dieu qui est accessible à notre raison: Jésus l'a montré et enseigné. Mais il est risqué d'identifier cette part à Dieu lui-même dans sa Transcendance. Faire ainsi revient à réduire Dieu, à n'en faire qu'une sorte de projection de nous-mêmes, ce qui est une forme d'idolâtrie. 

Il ne s’agit pas de promouvoir le délire irrationnel, mais qu’avons-nous donc tant à faire, dans la foi, avec le rationnel? Pourquoi cherchons-nous tant à rationnaliser ce qui n’en a pas vraiment besoin et qui perd à être traité ainsi?  


Sources des illustrations: Wikipédia (Domaine public et PD-US), sites commerciaux pour les livres suggérés.