MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!



lundi 2 décembre 2019

L'ÉVANGILE DE NOËL, ou L'ÉVANGILE EST-IL DIGNE DE FOI?

L'Évangile de Noël
... ou L'Évangile est-il digne de foi?
1. Le Diable dans la musique!
2. Dieu: une abstraction inaccessible aux autistes?
3. Qui es-tu, Spiritualité?
4. Mages ou bergers?
5. Chronologie
6. Dieu aime les roux... et Jésus était roux!
7. Drôles de papyrus
8. Le saint patron des anti-chasse!



Noël s’en vient! Qu’est-ce que Noël pour vous? Pour moi, c’est d’abord la Nativité. Alors, voici un texte mi-figue mi-raisin sur la spiritualité, l’Évangile et les autistes… Mais pour vous mettre en appétit sur un sujet qui vous est peut-être indigeste, je commence par un clin d'oeil au Diable!

Le Diable dans la musique!
http://www.audiodrom.net
Tout récemment, j'entendais encore des experts de musique Métal affirmer que l'intervalle musical de quarte augmentée, ou triton (par exemple: do - fa dièse), avait été «interdit» par l'Église: cet intervalle réputé «dissonant» aurait été excommunié parce que «diable dans la musique», donc «satanique»! Ces chers experts semblaient très fiers d'utiliser cet intervalle diabolique dans leurs pièces. Les légendes ont la vie dure, et celle-là tout particulièrement. Mais la vérité est plus intéressante. La vérité est qu'il n'existe aucun texte de l'Église condamnant et interdisant cet intervalle. Aucun! Ce sont en fait des théoriciens de la musique du XVIIIe siècle, et non l'Église, qui ont inventé l'expression «diabolus in musica» , «le diable dans la musique», pour qualifier la quarte augmentée. 
Quarte augmentée ou triton: l'Ange en musique?!
C'est apparemment sous la plume de Johann Joseph Fux qu'on la retrouve pour la première fois, dans son traité de musique Gradus ad Parnassum, ouvrage écrit en latin et publié en 1725. Fux a beau jurer que cette expression «vient des Anciens», personne n'a réussi à en retrouver une trace écrite avant le XVIIIe siècle. Mieux: en 1357, donc vers la fin d'un Moyen âge dont on suppose qu'il traquait le diable partout, Johannes Boen classait le triton parmi les consonances et non les dissonances! Pour Boen, elle est une «consonantia per accidens», une «consonance par situation» ou «par circonstance» (http://www.medieval.org/emfaq/harmony/tritone.html).
Messiaen: catholique et amoureux fou du triton!
https://www.catholiceducation.org/en/culture/music/olivier-messiaen.html
D'accord, cet intervalle est difficile à chanter et il porte une grande tension harmonique, mais il n'a jamais été interdit pour autant! Mieux encore: le compositeur français Olivier Messiaen (1908-1992), grand exégète de la foi catholique en musique, a dit que le triton était son intervalle préféré, et il l'a abondamment utilisé dans ses oeuvres (bien avant le Métal): ses mélodies contiennent plein de tritons! Et elles sont «catholiques»! En passant, la musique d'Olivier Messiaen est autrement plus «dissonante» que le Métal: le haut volume sonore, les basses renforcées, la batterie hurlante ne sont pas en soi de la dissonance, surtout quand on utilise souvent les bons vieux accords tonals... Autre triton: dans Le cygne de Tuonela, le compositeur finlandais Jean Sibelius fait entendre un triton à nu, aux cordes puis aux cors, un triton immobile, suspendu et parfaitement paisible sur cinq mesures dans un tempo très lent (mesures 31-35). Cette pièce date de 1895, bien avant Messiaen et le Métal... Morale de l'histoire: se méfier des phrases du genre «L'Église a interdit ceci...»: c'est plus souvent faux que vrai. Ce qui met la table pour la suite. Vous verrez que le sujet peut être amusant.


Dieu. Une abstraction inaccessible aux autistes?


Un jour, j’ai été reçu par un groupe d’universitaires qui m’avaient envoyé des questions à l’avance, dont celle-ci : «Sachant que les capacités d’abstraction des personnes ayant un TSA [Trouble du spectre autistique] sont plus limitées, comment en êtes-vous venu à adhérer et à croire en la religion?». Chers amis, chères amies, vos questions sont souvent surprenantes! Mais cela fait tout le plaisir de leur répondre, je vous assure. 
Ma réponse est en trois temps. Tout d’abord, je récuse toujours l’appellation de «personne ayant un TSA». Je sais qu’elle est convenue, si l’on adhère au DSM 5 (ce qui n’est pas mon cas), mais je la rejette franchement. Je n’ai pas un TSA : je suis autiste. C’est être, pas avoir. Aussi, je constate que je ne suis pas une personne plus troublée que quiconque. 
La deuxième partie de ma réponse corrige cette idée : «Sachant que les capacités d’abstraction des [personnes autistes!] sont plus limitées…». Vraiment? Qui donc sait cela??? Je signale que des entreprises informatiques recherchent des personnes autistes, précisément à cause de notre bonne capacité pour l’analyse de systèmes. Nous avons, au contraire, souvent beaucoup d’aisance avec les codes (donc l’abstraction) : lettres, chiffres, formes, couleurs, programmes informatiques, notes de musique, etc. Finalement, je rappelle qu’il n’y a pas bien des années encore, les «spécialistes» juraient que les personnes autistes sont incapables d’activités imaginaires et symboliques. Depuis, même le DSM 5 a éliminé toute trace de cette idée (un rare bon point en sa faveur), peut-être parce que beaucoup d’artistes ont fait un coming out à titre de personnes autistes et que quelqu’un a compris, enfin.

Vous voyez, des questions aussi riches ne peuvent trouver réponse en une phrase, en un «clip». Alors j’arrive au nœud de la question : «Comment en êtes-vous venu à adhérer et à croire en la religion?». Pour être franc, je n’ai pas souvenir d’avoir vraiment adhéré à la religion : j’ai plutôt l’impression d’être né croyant. Des scientifiques ont cru avoir isolé le «gène de la foi», ou «gène de Dieu» : je dois l’avoir. Hum. Non, ce n’est pas quelque chose que j’ai : cela aussi, fait partie de ma personne, de qui je suis. Ensuite, je ne crois pas en «la religion». Je crois en l’Évangile, au Christ Jésus, le Fils du Père qui forment un Dieu trinitaire avec le Saint-Esprit. «Punaise, Antoine! C’est si grave que ça, l’autisme?!!». En fait, mon non-conformisme ne réside pas dans le fait que j’aie adhéré, mais plutôt dans celui de n’avoir pas rejeté. Pour mes lecteurs et lectrices hors Québec, il faut ici savoir qu’en l’espace d’une saison quelque part dans les années 1970, les 90% de Québécois qui étaient de fervents catholiques pratiquants se sont brusquement métamorphosés en 90% de non pratiquants et souvent hostiles à la religion. Je sais que cet étrange, très étrange phénomène (peu rare cependant dans le monde neurotypique) s’est passé juste autour de moi, et même dans ma propre famille, mais il ne m’a pas touché, comme si je n’étais aucunement concerné. De fait, je n’étais pas concerné : mes convictions sont les miennes, et gare à qui voudrait me convertir aux siennes qui ne semblent pas si fameuses… Que dit déjà Tony Attwood des personnes Asperger? «Une volonté déterminée de recherche de la vérité… Des valeurs claires; les décisions ne sont pas influencées par des facteurs politiques ou financiers [par les modes, les courants, les tendances, les conventions…]… Une loyauté absolue et le fait d’être totalement digne de confiance…» Bien voilà. On dit assez de mal de nous que je vais accepter les quelques compliments que l’on nous fait. Ce qui ne vous rassure peut-être pas tout à fait…

Ganesha
Lors de la rencontre, l’étudiante a précisé sa question : «Dieu, c’est une abstraction. On ne le voit pas, il n’est pas démontrable». C’est curieux mais, pour moi et depuis ma petite enfance, le monde est de Dieu et ne serait sans lui. Donc, il n’y a rien d’abstrait là. Je ne crois pas au «Dieu des philosophes» - si ces derniers coquins en ont un… «Oui, mais où est-il donc?!». Je crois en Dieu, mais pas en n’importe quel dieu : je crois en celui des Chrétiens, en celui de l’Évangile du Christ. Les autres, je ne les déteste pas, mais je ne crois pas en eux, pas même au gentil Ganesha avec sa belle trompe d’éléphant. En mode chrétien, Dieu s’est fait homme : c’est «Dieu parmi nous» (un blasphème pour d’autres religions). «Où donc était Dieu lors de l’Holocauste perpétré par les Nazis?!». Il était dans une chambre à gaz, comme le Père Maximilian Kolbe qui est mort là (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_Kolbe). Il s’est fait mépriser, torturer, assassiner. C’est là qu’il était. C’est cela, la Croix du Christ. Pas une divinité calée tout confort au Nirvana : un Dieu qui est avec nous, dans nos joies et nos peines, même dans les pires expériences. Qui nous devance dans sa Résurrection, selon sa très ancienne Promesse. 

Qui es-tu, Spiritualité?
Tout en respectant l'option de chacun et chacune, je suis conscient qu'il est plus facilement accepté d'être spirituel que religieux. Comme la philosophie, la spiritualité passe pour «supérieure» à la religion. Mais pour moi, les deux vont de pair, comme la chair et les os. L’un sans l’autre me semble «manquer» quelque chose d'essentiel. J’ai tout de même réalisé que, malgré les apparences, spiritualité est un mot rimant en «a», genre karma, dharma, chakra, mantra,  etcetera.
Saint Jérôme, Renaissance, Prague
Mais sait-on que le mot spiritualité est une invention chrétienne? Déjà saint Paul utilisait «spirituel» dans sa forme grecque (il écrivait dans cette langue). Spiritualité est apparu en latin (spiritualitate) vers 425 dans un texte attribué par erreur à saint Jérôme, la lettre De scientia divinae écrite à un adulte nouvellement baptisé. Le mot apparait en français au XIIIe siècle, avec des variantes comme espiritualité, esperitalité, spiritalité, cela toujours en lien explicite avec le christianisme. Que signifie ce mot? La vie dans l’Esprit, l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’art de suivre Jésus-Christ sous l’action de l’Esprit Saint. Aucune autre religion n’a forgé un mot équivalent. La vague New Age a récupéré le mot spiritualité : la méditation, la réalisation de soi, l’alimentation bio et autres très bonnes choses du genre sont devenues «spiritualité». Par extension, certains ont commencé à parler de «spiritualité laïque», en opposant laïc et religieux, ce qui est un contresens, et même de «spiritualité athée» : un peu d’imagination, que diable, amiEs athées! [Ces informations proviennent de l’article de Micheline Laguë dans le numéro de décembre 2015 de Prions en Église, édition complète]

Lors d’une manifestation récente, un jeune homme brandissait sa pancarte : «La religion abrutit les êtres humains». Comme respect d’autrui, ce n’est pas trop fort. Mais «abrutis» saint Augustin, saint François d’Assise, Giotto, Michel-Ange, Bach, Gregor Mendel (père de la génétique), Olivier Messiaen, etc., etc.? Et toi, qu’est-ce qui t’a donc abruti? Marx? Freud? Dollar? Désolé, je me sens l'âme en paix d’être Chrétien, d’être Catholique. Parce que l’Évangile est transcendant, qu’il est bien au-devant de moi, de nous. L’Évangile est la semence de l’égalité hommes-femmes (essayez d’y trouver la moindre allusion misogyne), de la séparation de l’État et de la religion («Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu»), des droits de la personne, etc. Vous me direz : «Ce ne fut pas évident dans l’histoire du Christianisme!». Pas toujours en effet, pas si souvent non plus en fait, mais c’est ce que je disais : l’Évangile est bien au-devant de nous. C’est comme dans ces phrases du Pape Saint Léon le Grand : «Personne n’approche autant de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, même s’il avance beaucoup, il reste toujours quelque chose à chercher». Chercher, être en marche, se tromper, se relever, méditer les belles choses que l’on trouve… en lien avec l’Esprit Saint.

Pour mes amiEs jugeant la Trinité Père, Fils et Esprit saint bien masculine, pour ne pas dire machiste, j’ajoute que dans la langue de Jésus, l’araméen, l’Esprit est… féminin. 

Mages ou bergers?

Waldemar Flaig: L'Étoile de Bethléem (2910)
Je suis candide. Indécrottablement. Trompé plusieurs fois, je renoue pourtant toujours avec la naïveté lorsque je rencontre une nouvelle personne. Et le monde ne cesse de m’étonner. Comme cette féministe québécoise qui vitupérait contre le «Catholicisme phallocratique» et que je revois convertie au Judaïsme le plus orthodoxe. Ou encore ce collègue musicien qui me parlait fièrement de son athéisme, malgré sa culture musulmane et qui, tout athée qu’il se proclamait, m’assurait que le Coran est supérieur aux Évangiles parce qu’il a été directement révélé à Mahomet par un Ange. Coudon’, t’es athée ou non?! Cela dit, la question est bonne : l’Évangile est-il fiable? Des amis catholiques, qui sont même agentEs de pastorale auprès d’enfants, me jurent qu’il y a de nombreuses contradictions dans les Évangiles. Moi qui n’en vois aucune, candide que je suis! Je parle ici de véritables contradictions, de contradictions sur le fond, pas de simples dissimilitudes sur des détails. Ainsi, quelqu’un me disait : «Dans un Évangile, ce sont des mages qui vont voir l’enfant, alors que dans un autre ce sont des bergers». Hum… Tout simplement des mages et des bergers sont allés le voir. «Les Béatitudes sont différentes selon tel ou tel Évangile». HuHum… En trois ans de voyages et d’enseignement, et en rencontrant plusieurs personnes ici et là, Jésus a donné ses enseignements plusieurs fois, mettant ici l’accent sur telle idée et là sur telle autre. Cela me semble donc couper les cheveux en quatre.

Il n’y a qu’un seul Évangile, celui de Jésus Christ. Mais quatre livres reconnus comme canoniques le relatent : l’Évangile selon saint Marc, selon saint Matthieu, selon saint Luc et selon saint Jean. Ce sont de courts livres qui condensent en quelques petites dizaines de pages un enseignement que le Christ a donné sur trois ans. Ces livres sont donc synthétiques, directs et abrupts, mais cela n’implique pas qu’ils contiennent des contradictions. Ces quatre livres sont comme les quatre points cardinaux : ce sont quatre angles de vision sur le même objet, parce cet objet est tel qu’un seul angle ne peut le cerner. 

Chronologie

Les quatre Évangélistes. Manuscrit médiéval.
Loin d’être abruti, je suis doté d’un bon sens critique. Je confesse qu’il m’arrive, rarement mais quand même, de pouvoir être un peu fatiguant côté critique. Cela dit, je vais vous faire une démonstration critique toute religieuse. Il a été dit que les quatre Évangiles ont été écrits «tardivement»; qu’une longue tradition orale a lentement été mise par écrit par plusieurs personnes. Cette conception est acceptée même par des spécialistes se déclarant catholiques : le plus ancien, l’Évangile selon saint Marc daterait ainsi d’autour de l’an 65; le dernier, celui selon saint Jean, daterait des années 90. Or… Or, de tout cela, il n’existe absolument aucune preuve scientifique et matérielle. Aucune. C’est une idée qui a été reprise et reprise, tellement que tous ont pensé qu’elle était démontrée : plusieurs en parlent sur le mode affirmatif et non conditionnel. Mais de démonstration, jamais il y en a eu. Toujours sans la moindre preuve, on affirme que l’Évangile selon saint Marc fut le premier écrit parce qu’il est le plus simple et le plus court; les trois autres auraient bénéficié de décennies de réflexion et de discussions, notamment celui de saint Jean qui serait le dernier parce que le plus spirituel. Démonstration plutôt bébête. Surtout qu’il serait possible de soutenir l’inverse : l’Évangile selon saint Marc fut, au contraire, l’un des derniers écrits, précisément parce qu’il est le plus court et simple. Pourquoi? Parce qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes qui ne sont pas issues du judaïsme, peut-être même pas de tradition gréco-romaine. Toutes les références à la culture juive y ont été simplifiées au maximum, d’où la concision du texte. Or ces communautés avaient été mises en contact avec le Christianisme plus tard.
Saint Luc. Icône russe du XVe siècle.
Pendant les deux premiers siècles, l'Évangile le plus cité fut celui selon saint Matthieu, et de loin, ce qui constitue un indice de son ancienneté. Au moins deux sources différentes affirment dès le IIe siècle, que ce récit avait d'abord été écrit dans la langue des Juifs - soit l'hébreu ou l'araméen, puis rapidement traduit en grec: ce grec écrit est d'ailleurs du «mauvais grec», plutôt une décalque de l'hébreu ou de l'araméen d'origine. Ceci est un autre indice de son ancienneté. Quoi qu'il en soit, rien ne permet de douter de la fiabilité et de l’authenticité des quatre récits de l’Évangile. Même s’ils ne sont pas datés par leurs auteurs, il est certain qu’ils datent tous du premier siècle, qu’ils ont été écrits avant le décès du dernier des douze Apôtres. Je ne crois pas crédible la thèse, non démontrée, voulant qu'ils aient été écrits tardivement au 1er siècle: cela s'est passé dans la culture juive, qui valorise la mise par écrit de ce qui touche la spiritualité, et dans l'empire romain, qui valorise l'usage des lettres. Je ne vois aucune raison pour laquelle saint Matthieu, qui fut apôtre et qui était lettré, aurait attendu 30 ou 40 ans pour mettre par écrit ce qu'il avait vécu avec Jésus et qui fut une expérience spirituelle intense. De toute façon, personne ne nie que saint Paul, lui, ait écrit ses lettres avant d’être assassiné un peu avant l’an 65. Les plus anciennes conservées datent au plus tard de l’an 50, mais probablement de plus tôt encore. Et ses lettres montrent l’enseignement du Christ Jésus de manière tout à fait fidèle, mature et assumée. Saint Paul parle même de l'Eucharistie.


Prenons encore le cas de saint Luc. Contrairement aux trois autres Évangélistes, saint Luc n’a pas connu Jésus personnellement. Il n’en fait pas cachette, ni du fait qu’il n’est pas le premier à écrire sur Jésus: il le dit en toutes lettres dès le début de son texte. Il ne cache pas non plus s’être minutieusement informé : médecin syrien, donc homme de science, Luc avait probablement un esprit sceptique à prime abord. Luc s’est informé auprès de témoins de la première heure, des témoins directs, des premiers disciples. L’Orient chrétien en a conservé le souvenir : une autre de ses sources, peut-être la principale, fut Marie, la mère de Jésus elle-même, la Mère de Dieu – l’Évangile selon saint Luc pourrait presque être celui de Marie. L'Orient chrétien a de même conservé le souvenir que Luc a peint le portrait de Marie. Difficile d’avoir une source plus fiable. Dès les premières phrases, il écrit : «J’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, cher Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus». Mais le fait amusant est ailleurs. Saint Luc écrira un second livre, au même Théophile (à noter qu’il s’adresse à une personne, non à une communauté) : Les actes des apôtres.
La décapitation de saint Paul. Enriquet Simonet, 19e siècle.
Dans ce dernier, il raconte la vie des premiers chrétiens, la formation de l’Église et les voyages missionnaires de saint Paul après sa conversion – témoignage de première main cette fois puisqu’il semble bien que Luc ait lui-même accompagné Paul. Or Les actes des apôtres se terminent alors que saint Paul est toujours en vie. Cela signifie que le livre a été écrit au début des années 60 : Luc n’aurait certainement pas omis de parler du martyr de Paul. Comment son Évangile, écrit avant, pourrait donc dater des années 80 comme on le dit souvent? Pourquoi le prétend-t-on alors? Pour insuffler le doute en «la sûreté des enseignements que tu as reçus»? Tant de gens aimeraient posséder la crédibilité et l’audience qu’ils envient à l’Évangile…

Hop, je viens de lire l'article d'un théologien qui situe l'Évangile selon saint Luc dans les années 60: enfin! 

Dieu aime les roux
... et Jésus était roux!
C'est le Christ que Giotto a représenté roux, et non Judas.
Il n'est aucune tactique ridicule que les anti-chrétiens ne s'épargnent pour tenter de discréditer le Christ. Au printemps dernier, une revue «de vulgarisation scientifique» (sic) annonçait en couverture un article sur le «racisme» à l'égard des personnes rousses. L'«anti-racisme» en est là: les roux forment une race. Pathétique. Mais l'article mettait au premier rang des accusés de ce «racisme» la Bible et le Christianisme. Ô surprise! Le raisonnement est extraordinaire de rigueur: le rouge serait le rouge des flammes de l'Enfer et, donc, les personnes rousses pourraient être des démons! Pourtant, les bases bibliques supposées de ce «racisme» sont... tirées par les cheveux! On y lit que la Bible (ici l'Évangile) affirme que Judas, l'apôtre qui a trahi Jésus, était roux. Trouvez-moi où ça. Non, il n'est dit nulle part que Judas était roux. Toujours en mode phantasme, on ajoute que la Bible (à nouveau l'Évangile) affirme que la fille d'Hérodiade, la concubine du roi Hérode, cette fille qui a obtenu de ce roi que saint Jean Baptiste se fasse couper la tête, avait une «chevelure écarlate». Encore une fois, c'est totalement faux: absolument rien n'est dit du physique de cette fille, ni même son nom. D'ailleurs, les quatre Évangiles ne donnent le portrait physique d'aucune personne, pas même de Jésus.
La première représentation d'un Judas aux cheveux roux (un vitrail dans une église en France) date du XIe siècle! On ne peut en tirer aucune indication générale: le Judas des Très Riches Heures du duc de Berry (XVe siècle) n'a pas les cheveux roux, et celui de Rubens a les cheveux noirs. Par ailleurs, au XIIIe siècle, Cimabue a représenté le Christ avec des cheveux roux, et plus d'une fois! Son élève Giotto a fait de même.
Quand on parle de la Bible ou de l'Évangile, ce serait peut-être bien de les avoir lus avant, ne trouvez-vous pas?

Drôle de papyrus

Il existe plein de spéculations sur le «Jésus historique» ayant en commun la mise de côté, partielle ou même complète, des textes du Nouveau Testament. C'est faire injure à l'intelligence: ces textes sont les plus anciens et les plus fiables au sujet du Jésus authentique. Impossible de passer outre. Ces spéculations révisionnistes possèdent un autre point commun: elles sont très, très faibles pour expliquer l'expansion immédiate du Christianisme alors que, de plus, celui-ci était farouchement réprimé. Ces pseudo-Jésus historiques tracent le portrait d'un homme faiblard ou, au contraire, d'un trublion politique, ou encore d'un «sage gnostique»: aucun de ces «Jésus» n'aurait pu inspirer le mouvement irrésistible des premiers temps chrétiens qui, à nouveau, subirent une violente persécution. 
Je passe au filtre de ma critique toute prétendue «découverte» qui prétend jeter un regard «nouveau» sur le Christianisme, en particulier sur ses temps premiers. Tenez : voici un numéro de la revue Science et avenir (janvier 2013) qui nous annonce en page titre, et en éditorial, rien de moins que la découverte d’un document remettant bien des choses en question sur l’origine du Christianisme : «Une vérité qui dérange». Vérité : quelque chose qui serait démontré scientifiquement, annonce-t-on. Intrigué, je lis les articles où il est question d’un bout de papyrus égyptien mentionnant «la femme de Jésus» (c’est le phantasme ultime des antichrétiens!). Mais quelle déception… Ce papyrus qui est censé tout venir bouleverser au sujet des débuts du Christianisme date en fait du IVe siècle. 300 ans plus tard : je ne parle plus de débuts… C’est comme si on faisait du physicien Isaac Newton (qui a vécu au XVIIe siècle) le véritable créateur de la théorie de la relativité. 300 ans, un détail quoi! Pire : ce papyrus est tiré d’un écrit gnostique. Les Gnostiques : les nouvelâgistes de l’époque, ceux qui se prétendaient purs, qui élaboraient des doctrines ésotériques bien plus élevées que les enseignements trop «simplets» de l’Évangile. Franchement, comme source fiable il y a mieux. Les Égyptiens accordaient eux-mêmes si peu de crédibilité à ces textes qu’ils les recyclaient pour d’autres usages, comme envelopper les momies…  

Papyrus: la plante.
Vous vous demandez pourquoi ces textes n’ont jamais été pris au sérieux par les Chrétiens. Lisez et voyez. Par exemple ce début dudit Évangile de Thomas (qui pourrait dater du IIe voire du IIIe siècle) : «Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et que Didyme Judas Thomas a écrites. Et il a dit : «Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort». Jésus a dit : «Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et quand il aura trouvé, il sera troublé; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il règnera sur le Tout».   

Ce genre de prose est franchement éloigné du style direct et lapidaire des quatre Évangiles traditionnels. Mais il y a pire : le contenu, d’un goût douteux. Ces purs épris d’ésotérisme et de «mystères cachés» avaient tout de même quelques défauts : ils étaient  notamment très misogynes – à nouveau : essayez de trouver une seule phrase misogyne dans les quatre vrais Évangiles…  Voici par exemple un autre extrait de ce Thomas : «Simon Pierre leur dit : «Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie» Jésus dit : «Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux.».


Voilà pourquoi les Égyptiens essuyaient leur vaisselle avec ces livres! Voilà les livres qu’aux dires de quelques christophobes la méchante Église catholique aurait cachés au bon peuple pour s’assurer qu’il demeure en son pouvoir!

Je reviens pour la perle entre les perles de ce dossier de Science et avenir. On y lit une certaine «directrice de recherche au CNRS, université Paris-IV Sorbonne», rien de moins, qui déclare : «Ainsi, l’apôtre Paul – l’un des quatre évangélistes canoniques […]». Ouille! Non Madame, Paul n’est pas un évangéliste.

Un Papyrus tout aussi sérieux.
En 2015 est paru un livre «sensationnel» signé Simcha Jacobovici et Barrie Wilson. Il est intitulé L'Évangile oublié, avec ses mots imprimés de manière criarde sur la couverture : Le texte qui révèle le mariage de Jésus et de Marie-Madeleine. Wow! La publicité annonce que les auteurs ont traduits et commentés un manuscrit datant (encore!) «des premiers temps de l’Église» et qui révèle «l’histoire vraie de Jésus». HuHuHum… En feuilletant la chose, le manuscrit en question date en fait du Ve siècle (c’est encore pire que les cas précédents) et provient à nouveau de cercles gnostiques. Bref, un autre attrape-nigaud. En passant, du temps de Jésus, les rabbis étaient presque tous mariés, et l’on sait que saint Pierre, apôtre du Seigneur et premier Pape, était marié, tout comme saint Paul a eu comme proches collaborateurs les époux Priscille et Aquila. Donc, si Jésus s’était effectivement marié, il n’y aurait eu aucune raison de ne pas le mentionner.

Voilà pourquoi je me laisse si peu distraire en ces matières. Tout indique au contraire qu’il s’est bel et bien passé quelque chose d’exceptionnel au 1er siècle. Si exceptionnel que 300 à 400 ans de persécutions sauvages n’ont pas éteint cette lumière. Libre à chacunE de croire ou non qu’il s’agit du passage sur Terre de Dieu avec nous, mais tout de même un événement unique dont ces gens ont été des témoins, des héritiers et des transmetteurs privilégiés. Et honnêtes. «Il existe une unité indissoluble entre Sainte Écriture et Tradition, qui sont conjointes et communiquent entre elles, formant d'une certaine manière une seule chose (…). La Tradition sacrée transmet intégralement la parole de Dieu (....). De cette manière, l'Église puise sa certitude sur toutes les choses révélées pas seulement dans l'Écriture Sainte. L'une comme l'autre doivent être acceptées et vénérées avec des sentiments semblables de piété et de respect», écrit le Pape François.



Le saint patron des anti-chasse!
Cela dit, les Catholiques ont aussi une part de responsabilité. À mon avis, il y a un ressaisissement à opérer. Et un petit coup de balai à donner ici et là. Pas dans la Tradition ni dans la liturgie, mais dans plusieurs petites choses qui peuvent sembler anodines sur le coup mais qui, additionnées les unes aux autres, forment un bon tas de poussière.
Par exemple, le Pape François a signé une encyclique magistrale sur l'écologie, Laudato si' - Loué sois-Tu (2015). Cet automne, il a poursuivi la réflexion en publiant un livre personnel intitulé Nostra Madre Terra (Notre Mère la Terre), sous-titré Une lecture chrétienne des défis environnementaux (https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-10/pape-francois-livre-notre-mere-la-terre.html)
Dans ces ouvrages, le Pape François a corrigé de nombreuses erreurs théologiques qui ont, au cous du temps, contribué à une dysharmonie sévère entre l'humanité et la Terre. Il serait donc bien que cela soit intégré. Il serait bien aussi de remettre en question certains gestes culturels qui ne sont plus ni adéquats ni appropriés aujourd'hui.
Ainsi, il a été récemment porté à mon attention que des prêtres avaient béni un groupe de chasseurs en France en invoquant saint Hubert - d'autres prêtres bénissent des toréadors lors de corridas... Évidemment, ces gestes sont largement interprétés comme un appui de l'Église à la chasse et aux corridas. Ce message ne devrait pas être donné. Car les temps ont changé, et ces pratiques tiennent d'une relation à la nature qui participe à la destruction de la nature et de la biodiversité. Je rappelle que la chasse est une des causes majeures de la diminution marquée, et jusqu'à la limite de l'extinction, de nombreuses espèces animales. Je fais donc partie des Catholiques qui sont plus que mal-à-l'aise devant ces pratiques et qui estiment qu'elles ne vont pas dans le sens de l'Évangile. Tant qu'aux spectacles de mise à mort cruelles et publiques d'animaux, je ne peux trouver aucune justification dans l'Évangile, bien au contraire. Je rappelle que le Christianisme a mis fin aux sacrifices d'animaux (et d'humains): je ne peux donc pas comprendre que des formes de sacrifices d'animaux puissent être bénies, ni les gens qui y participent. 
Je reviens à la chasse. On a fait de saint Hubert le «saint patron des chasseurs». Hubert a vécu au VIIe siècle et, dans sa jeunesse frivole, il était passionné de chasse. Sauf que... 
Sauf qu'à ce moment de son cheminement, Hubert n'était pas saint du tout! Sauf encore que, lorsqu'il s'est reconverti au Christ, il a abandonné la chasse! Voici le récit rapporté dans Wikipédia:

Le seigneur Hubert était si passionné de chasse qu'il en oubliait ses devoirs. La légende rapporte qu'il n'avait pu résister à sa passion un Vendredi Saint, et n'ayant trouvé personne pour l'accompagner, était parti chasser sans aucune compagnie. À cette occasion, il se trouva face à un cerf extraordinaire. En effet, celui-ci était blanc et portait une croix lumineuse au milieu de ses bois.

Hubert se mit à pourchasser le cerf mais celui-ci parvenait toujours à le distancer sans pour autant se fatiguer. Ce n’est qu’au bout d’un long moment que l'animal s’arrêta et qu’une voix tonna dans le ciel en s’adressant à Hubert en ces termes :

« Hubert ! Hubert ! Jusqu'à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts ? Jusqu'à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ? ». Hubert, saisi d'effroi, se jeta à terre et humblement, il interrogea la vision :

« Seigneur ! Que faut-il que je fasse ? »

La voix reprit :

« Va donc auprès de Lambert, mon évêque. Convertis-toi. Fais pénitence de tes péchés, ainsi qu'il te sera enseigné. Voilà ce à quoi tu dois te résoudre pour n'être point damné dans l'éternité. Je te fais confiance, afin que mon Église, en ces régions sauvages, soit par toi grandement fortifiée. »

Et Hubert de répondre, avec force et enthousiasme :

« Merci, ô Seigneur. Vous avez ma promesse.

Je ferai pénitence, puisque vous le voulez.

Je saurai en toutes choses me montrer digne de vous ! »

Selon une tradition locale c’est à l'emplacement de la chapelle Saint-Hubert à Tenneville que saint Hubert aurait eu cette vision du cerf portant une croix entre ses bois ; une croix, appelée « Rouge-Croix » marque l'emplacement.

C'est donc un total contre-sens que de faire de saint Hubert le patron des chasseurs et, encore pire, un «saint patron» des chasseurs! Lorsque des prêtres prétextent saint Hubert pour bénir des chasseurs, et du coup la chasse elle-même,  ils font précisément le contraire de ce qu'a fait saint Hubert! Il y aurait lieu de protester fermement contre ce détournement. En fait, saint Hubert devrait plutôt être nommé le saint patron de l'anti-chasse! 
Il faudrait donc que les Catholiques, et les Chrétiens, cessent de cautionner ce genre de traditions. Le vrai modèle devrait plutôt être saint François d'Assise, le saint le plus proche du Christ qui prêchait même aux oiseaux, qui a apprivoisé un Loup redoutable et qui a composé le Cantique des Créatures. Là, il y a le respect des êtres vivants, la bienveillance, la miséricorde, la douceur évangélique.
En accord avec les textes du Pape François, en accord aussi avec l'Évangile, nous devons remettre en question certaines attitudes. Sinon, nous risquons fort de rater une autre occasion d'incarner l'Évangile dans les défis écologiques qui sont urgents aujourd'hui.

Sur ce, je vous souhaite un joyeux et saint Noël! 
Et pourquoi pas cette année un festin de Noël végé?!
La vision de saint Hubert, par Rubens.

Sources des illustrations: Wikipédia et sites commerciaux