MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

lundi 4 janvier 2016

MA PREMIÈRE ANNÉE À SOREL

Le collectif de personnes autistes Aut'Créatifs, que j'ai cofondé avec Lucila Guerrero, a obtenu tout récemment ses lettres patentes du gouvernement du Québec. Aut'Créatifs est donc maintenant un organisme sans but lucratif (OSBL) reconnu! Nous poursuivrons notre travail cette année avec les étapes suivantes. À notre connaissance, il s'agit du premier organisme du genre, exclusivement formé de personne autistes, au Québec. Merci à Mathieu Giroux (à gauche sur la photo) pour l'aide précieuse qu'il a apporté avec ses connaissances légales. www.autcreatifs.com   Que lisais-je donc dans un communiqué récent produit par un organisme en autisme (formé, lui, que de non autistes)? «Les comportements des adultes [autistes] sont causés par des intoxications suite à des agressions environnementales». Hum. Puisque telle est la cause de «nos comportements», avoir réussi à former un OSBL s'explique probablement de la même façon... Bon, je vous aime même si vous écrivez n'importe quoi!

Pour les choeurs intéressés: la partition éditée de mon Credo est maintenant disponible au Centre de musique canadienne. Il faut contacter Louis-Noël Fontaine à l'atelier de reprographie: atelier@centremusique.ca
http://cmcquebec.ca/contact/
Credo est pour choeur mixte a cappella à huit parties (2 sopranos, 2 altos, 2 ténors, 2 basses). Pour lire au sujet de cette pièce, l'une de mes plus intenses, voir: http://www.antoine-ouellette.blogspot.ca/2015_10_01_archive.html
 
































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Ma première année à Sorel

SOREL. CIEL D'OCTOBRE DEPUIS CHEZ MOI
Le 5 décembre dernier, j’ai célébré ma première année de vie à Sorel-Tracy! Pour vous qui n’aviez peut-être pas suivi mes péripéties, disons que 2014 m’a apporté plusieurs chamboulements. Un concours de circonstances m’a alors offert de réaliser une vieille idée, à savoir quitter Montréal pour une petite ville, moi qui suis né et ai toujours vécu à Montréal. Mon choix s’est arrêté sur Sorel et une jolie maison de 1863 au centre-ville, à distance de marche de tout ce qu’il me faut. À ce «tout ce qu’il me faut», j’ai ajouté plus récemment une dentiste et un opticien.

Concert et kiosques au Carré royal lors du Festival de la gibelote
«Antoine, les personnes autistes sont réputées pour ne pas aimer le changement et avoir de la difficulté à s’adapter. Comment cela s’est-il donc passé?» Franchement, très bien. Je peux même dire sans problème. «Oui, mais tu dois t’ennuyer de Montréal!». Eh bien, non, pas du tout. Je dis vrai : j’ai tout à proximité de chez moi, même une belle librairie pour bouquiner. «Tout de même, Sorel! C’est le bout d’une autoroute, une ville morte!». Ça, je l’ai entendu à quelques reprises. Sorel est une petite ville (35 000 habitants) mais pas morte du tout : il y a un cégep, des écoles, un hôpital; il y a deux bibliothèques (dont celle proche de chez moi qui vient tout juste d’être rénovée), un centre de loisirs (incluant piscine et curling), des clubs d’ornithologie et d’astronomie, une société d’horticulture, des activités saisonnières
La rue George dans les années 1950, avec ses beaux grands arbres.
Ces arbres ont été abattus «pour faciliter le déneigement». Une vraie
honte et, tant qu'à moi, un crime contre l'environnement.
(Festival de la gibelotte, Salon des métiers d’art, Rodéo, Maison de la musique, etc.), un cinéma de sept salles, de bons restos, une équipe de hockey, etc. Il y a des parcs, le Lac Saint-Pierre réserve de la biosphère de l’UNESCO, la Maison du marais (dont je suis maintenant membre), de magnifiques paysages. Des pistes cyclables, des  sentiers de randonnée et de ski de fond, des lieux pour canoter. Le projet d’Écomonde vient de recevoir le feu vert. Ce projet consistera dans le réaménagement complet du Quai #2 : en plus d’un nouveau lieu d’embarquement pour les excursions sur le Lac Saint-Pierre, on y construira un hôtel (il n’y en a qu’un à Sorel actuellement); il y aura des spectacles, des expositions, un restaurant gastronomique. L’Écomonde sera le complément au Biophare, centre d’interprétation du Lac Saint-Pierre où avait lieu l’été dernier une intéressante exposition consacrée à l’écrivaine Germaine Guèvremont que j’ai visitée. Que demander de plus? Oui autrement la ville est tranquille, donc parfaite pour des personnes autistes - les amiEs, investissez Sorel!
L'Hôtel Saurel, rasé pour faire place à un édifice commercial
sans style, comme plusieurs autres beaux bâtiments de la ville.
Le Québec n'est pas toujours fort en matière patrimoniale...
J'ai la chance de vivre dans un quartier zoné patrimonial. Mais cette préoccupation semble toute récente. Depuis mon arrivée à Sorel, des gens me parlent de tel beau bâtiment historique qui a été rasé là pour faire place au cube de béton du nouveau Palais de justice, là pour un bâtiment commercial prosaïque, et là encore pour un terrain de stationnement, alouette! La rue George était autrefois bordée de grands arbres, mais ces arbres matures ont été abattus «pour faciliter le déneigement de la rue» - quelle bêtise! La personne qui m'a raconté cela a ajouté: «C'est la vie»; eh bien non, ce n'est pas ça, la vie. On m'a même dit, chose incroyable, que le Carré Royal, le beau parc urbain du centre-ville a lui aussi failli y passer parce que des promoteurs désiraient bâtir je ne sais trop quelle cochonnerie à sa place. Durant ma première année, j'ai par contre vu de mes yeux la destruction de la jolie petite église en bois Saint-Maxime, à quelques rues de chez moi. Il est aussi question d'en détruire une autre située en bordure du fleuve, et de revendre le terrain pour des condos - une église sans déficit et où plusieurs personnes viennent célébrer. On lâche pas! Je reconnais bien là un aspect médiocre du Québec: l'art de se détruire, en particulier les belles choses, et de sacrifier plein de beaux sites à de minables intérêts financiers. Car Sorel n'a pas fait pire que de nombreuses autres villes.

L'ENNUI, CET INCONNU
Totem abénaki
Plusieurs villages aux alentours offrent eux aussi diverses activités, comme le Festival Chants de vielles de Saint-Antoine-sur-Richelieu ou encore Saint-Ours. À 30 kilomètres se trouve Odanak, réserve de la Première nation Abénakie dont j’ai visité le beau musée – avec des fresques dessinées par Frédéric Back, cinéaste d’animation deux fois oscarisé.

Quelqu’un que j’ai rencontré ici m’a fait part de son extrême surprise que je me sois installé à Sorel : «Il ne se passe rien ici!». À Montréal aussi j’avais connu des gens qui s’ennuyaient, c’est pour dire. Des fois c’est d’ailleurs mieux qu’il se passe rien, parce qu’en Syrie il se passe plein de choses et je ne vois pas que les gens en soient très heureux… En fait, je m’étonne que l’on puisse s’ennuyer, même à Sorel, mis à part pour les gens très malades. Il me semble qu’il y a tant à découvrir en cette vie malgré ses imperfections. Je n’arrive pas à m’ennuyer! Peut-être devrais-je faire des efforts pour expérimenter ce sentiment inconnu? Mais cela ne m’apparait pas trop tentant… Pourtant, je ne mène pas une vie sociale intense : je ne suis pas un «sorteux» même si le maire de ma petite ville m’a vanté le night life sorelois – oui, il paraît qu’il y a un night life à Sorel!


De toute façon, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Là encore, ne croyez pas que je mène une vie agitée, rocambolesque, avec rendez-vous sur rendez-vous. Non, je n’aime pas ce genre-là. Lorsque je me presse, je me presse toujours lentement. Et je suis pourtant d’une ponctualité digne d’une horloge suisse en tout ce que je fais comme dans les échéances que j’ai à respecter. Cela dit, en cette première année à Sorel, j’ai tout de même eu à m’installer chez moi, à aménager ma maison. Napoléon, lui, s’est installé comme chez lui ici en moins de deux jours! Malheureusement, il reste timide avec mes visiteurs qu’il ne vient presque jamais saluer. Dire qu’avec les autres chats, c’était un malin matou prompt à imposer sa loi et à jouer aux «gros bras»! J’ai aussi aménagé ma toute petite cour, fait plusieurs plantations – mes voisins m’ont dit que je suis le premier propriétaire de cette maison à avoir aménagé le terrain. Mes deux plants de rhubarbe m’ont donné trois récoltes, bien que je n’aie pas voulu abuser d’eux pour plutôt les laisser bien s’implanter en cette première année en terre. Mon petit arbre, ma bourdaine, a connu un début plus difficile : la rouille l’a attaqué dès sa feuillaison, à cause d’un printemps frais et humide favorable aux petits champignons de ce type. Je l’ai donc traité (un produit naturel) et il s’est bien rétabli. J’ai fait refaire la couverture de la maison et arrangé la cheminée dont les briques du haut montraient des signes d’usure : elle n’est que décorative, mais je l’ai arrangé pour qu’elle puisse éventuellement abriter un couple de Martinets ramoneurs (j’aimerais beaucoup en héberger chez moi).
Oui, c'est à Sorel! Sur la piste cyclable La Sauvagine.
Aussi, j’ai composé plus que j’aurais pensé pouvoir le faire en cette année (les Symphonies sacrées, Deuxième livre, opus 48 : voir les articles d'octobre et de novembre 2015). J’ai beaucoup travaillé sur un nouveau projet d’écriture, ce qui représentait environ 200 pages de texte à l’automne 2015. J’ai continué mon travail d’intervenant à La Clé des champs, de militant pour la cause de l’autisme et d’aide-bibliothécaire à Montréal. J’ai exploré ma nouvelle région, et j’ai beaucoup reçu chez moi, comme jamais je n’ai reçu en fait. Je m’entends bien avec mes voisins, je salue mes commerçants préférés, et je me suis fait quelques connaissances dans le coin… Tout ça mis ensemble, cela représente une année bien remplie, ma foi! 


UN ACCIDENT
Il faut quand même faire attention à soi : l’année 2014 a été intense, l’anxiété y a été élevée; en cette année et encore en 2015 j’ai beaucoup sollicité mes capacités adaptatives – que je découvre bien meilleures que j’aurais pensé, mais pas illimitées non plus, car je ne suis pas plus une machine que vous. À la fin de l’été, j’éprouvais une grande fatigue visuelle et j’ai pensé qu’il s’agissait de surménage (du sur-méninges surtout). Malgré quelques jours de vacances, mes yeux demeuraient fatigués. Mes amis psychanalystes m'auraient dit: «Ah voilà, ce sont tes conflits inconscients qui te rattrapent en profitant des changements dans ta vie. Tu es mûr pour une cure thérapeutique». Hum... Mais je savais que mes lunettes n’étaient plus à ma vue. Je suis donc plutôt passé chez l’optométriste (tout près de chez moi, comme tous les services) et, lors de l’examen, on m’a découvert une importante déchirure de la rétine qui a dû être traitée d’urgence au laser. L’opération a heureusement été un succès, mais je devrai être suivi de proche… et ne plus négliger mon examen annuel de la vue. Le premier facteur de risque pour la déchirure de la rétine est la forte myopie – mon œil droit est très myope et c’est justement lui qui est concerné. Pas l’âge : j’aurais pu avoir ça à 20 ans. Alors mes amiEs, si vous êtes très myopes, prenez grand soin!


DE CHOSES ET D'AUTRES À SOREL

Voici quelques-unes de mes petites découvertes soreloises à ajouter à celles que je vous ai déjà partagées. Dans des parcs de la ville, on a installé des mini-bibliothèques comme celle de la photo. Elles sont toutes jolies, peintes avec fantaisie. Le principe est «prenez un livre, donnez un livre». Je trouve ça génial. Alors, j’ai donné plusieurs livres, surtout à celle du Carré royal du centre-ville parce que je sais qu’il y vit plusieurs personnes moins favorisées. Oui, à ce sujet, un voisin m’a dit que le centre-ville, où j’habite, est «assez rock’n roll, avec de la pauvreté et bien des gens ayant des troubles mentaux». Il m’a averti, gentiment, que pas loin de chez moi «habite un schizophrène» - je n’ai pas osé ajouter à ses craintes que je suis moi-même autiste! C’est vrai, mais il n’y a rien là pour se sentir insécure. Il fut un temps où ma ville était la capitale des motards criminalisés des Hells Angels. On raconte que le quai au bout de ma rue leur servait à balancer dans le fleuve les cadavres aux pieds coulés dans du ciment des amis qui n’avaient pas été corrects avec eux. Mais c’est faux : c’est juste l’autre côté de l’eau, à Saint-Ignace-de-Loyola, que se sont produits ces événements…
Un Hells australien
Depuis, leur bunker a été rasé. Mais ces derniers temps, les Hells ont tenu quelques rassemblements dans la région et ont repris possession d'un terrain en ville. Un règlement municipal empêche toutefois la construction de bâtiments style bunker, et notre maire, Serge Péloquin, ne voit aucun motif d'inquiétude. Je vois beaucoup de gens à vélo – je fais moi-même une bonne partie de mes emplettes à vélo (et à pied). Par contre, les premières fois, quand je sortais le soir juste pour aller faire une petite promenade, j’étais étonné de croiser si peu de gens même par beau temps.

J’ai pris quelques fois le traversier qui va à Saint-Ignace-de-Loyola, un petit village sur la grande Île Saint-Ignace en face de Sorel. La traversée ne dure que 15 minutes, mais cela permet d’admirer le paysage… et les immenses installations industrielles de Rio Tinto Fer et Titane à Saint-Joseph-de-Sorel. Cette usine est vraiment imposante, et ses boucanes ont longtemps valu à Saint-Joseph le titre de ville la plus polluée au Québec. C’était au point que la compagnie elle-même allait nettoyer l’extérieur des maisons de la municipalité aux deux ou trois ans. Récemment, on a installé de nouveaux équipements qui ont permis de réduire considérablement ces émissions. Saint-Joseph est quand même une très joile petite ville, avec des maisons coquettes, beaucoup de parcs et de jardinières installées par la Ville dans les rues. Dommage qu’on ait détruit son église… 
Serge Péloquin, le dynamique maire de Sorel
Il y a quelques mois, un refuge animalier a ouvert ses portes. On demandait aux citoyens d’y faire enregistrer nos animaux de compagnie. Même s’il ne sort pas (cela ne le tente pas du tout), j’ai quand même fait enregistrer Napoléon, surtout pour appuyer cet organisme. Ils ont mis en place une politique de capture des chats errants, pour les stériliser avant de les remettre en liberté, cela afin qu’ils ne se multiplient pas et fassent plein de petits chats malheureux. Dans leurs locaux, ils ont en vente des chats et des chiens rescapés. Si je n’avais pas eu Napoléon, je serais revenu avec une petite chatte toute jolie mais âgée de 7 ans. Bien des gens hésitent à adopter un chat de cet âge, mais les personnes âgées pourraient le faire plutôt que de prendre un chaton.

Un monstre industriel terrassé
Un monstre industriel a été démantelé en 2015 à Sorel : sa centrale thermique au mazout. Je regarde avec contentement la photo que j’ai prise lors de ces travaux! Mais j’habite au Québec et avec les gouvernements que nous nous donnons (abus de pot ou je ne sais trop quoi), une autre centrale thermique vient de démarrer ses activité à Bécancour (quelques dizaines de kilomètres à l’Est de Sorel). Ses promoteurs et notre gouvernement se pètent les bretelles parce que celle-là «polluera moins que l’autre, puisqu’elle fonctionne au gaz naturel». Belle logique. C’est la même qui fait que la trop puissante Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) cherche à détruire le grand marais de la Baie Lavallière sur laquelle veille un organisme citoyen dont je suis membre. Des milieux humides naturels est quelque chose d’intolérable, d’inconcevable pour ces gens qui cherchent à manipuler l’opinion publique en faisant croire que ce marais serait responsable de l’inondation périodique des terres de quelques cultivateurs – cultivateurs qui ont eu la brillante idée de s’installer précisément dans une zone inondable! Une zone dite 0-2, c’est-à-dire qui est inondée au moins une fois tous les deux ans. La même UPA a ravagé la Montérégie, ma région, avec son agriculture industrielle à monocultures intensives : la Rivière Yamaska qui la traverse mérite le titre de rivière la plus polluée du Québec. La Richelieu se porte à peine mieux. Les industriels de la terre ne veulent même pas entendre parler de maintenir une petite bande riveraine autour des cours d’eau pour minimiser l’écoulement de pesticides, fertilisants et compagnie dans ces cours d’eau. Alors, j’attends que cette si écologique UPA annonce enfin un plan de rétablissement des rivières de la région.Et je ne comprends pas que l'on blâme les eaux usées de Montréal comme cause première de la dégradation du Lac Saint-Pierre.
Le légendaire Normand L'Amour
En novembre dernier, Normand L’Amour est décédé à l'âge de 85 ans. C’était une légende de Sorel! «Il chantait d’une voix chevrotante [des] mots qui étaient ceux du quotidien (…). Ses textes étaient répétitifs, sans air, difficiles à interpréter, souvent psalmodiés, mais presque zen à la longue. Il les enregistrait lui-même, à l’aide d’un clavier, micro et magnétocassette, les moyens du bord, dans son petit appartement» (Les deux rives, journal régional de Sorel-Tracy, vendredi 6 novembre 2015). Normand L’Amour vendait de porte en porte les cassettes contenant quelques-unes des 2400 chansons qu’il aurait composées. Artiste excentrique de vocation tardive qui se disait branché sur l’Amour divin, il a été repéré dans les années 1990 par des producteurs professionnels. Le musicien a alors pu jouir d’une notoriété certaine. Mais elle reposait sur des malentendus : on en a tant fait une sorte d’amuseur que son album C’est pas possible (1999) s’est mérité une nomination au Gala de l’ADISQ dans la catégorie… Album Humour de l’année! Si vous ne connaissez pas sa musique, voici deux suggestions sur You Tube, dont sa célèbre Y’a lâchait pas, aussi connue sous le titre La poignée de porte. Mais je vous préviens, c’est assez… spécial.


SOURCE DES IMAGES: COLLECTION PERSONNELLE, WIKIPÉDIA ET NORMANDLAMOUR.COM