1. Les mages comme inspiration
2. L'absence du mot raison
3. Pascal et le Cœur
4. Seul et ensemble
5. Je t'aime, moi non plus
![]() |
| La caravane des mages. Par Stefano da Giovanni, c.1490 |
Les mages comme inspiration
![]() |
| Les mages du temps de Jésus étaient peut-être des disciples du sage persan Zoroastre qui, déjà vers le XIIe siècle av JC, croyait en un Dieu unique: https://fr.wikipedia.org/wiki/Zoroastre |
Comment concilier ces trois domaines dans une
même vie? Je ne le sais pas et je n’ai pas de recette à offrir! Pour moi, ce
fut et cela demeure intuitif. En fait, je ne suis pas certain que le mot «conciliation» soit le bon. Je vais donc tenter de mettre quelques mots sur
ces intuitions.
Mais la première chose à faire risque de décevoir. Plusieurs le voudraient, plusieurs affirment que c’est vrai et pourtant, non, la science n’est pas compatible avec la foi, du moins pas entièrement. Mais c’est peut-être l’art qui détient la clé. La relation science – foi est conflictuelle parce qu’elle se pose comme une opposition. Mais si on invite un troisième terme, l’art, le dualisme se transforme en trinité et les oppositions s’estompent.
Je ne réglerai pas cette question complexe, mais je partage quelques
réflexions.
![]() |
| Quand une opposition est insoluble, l'arrivée d'un troisième terme peut apporter la concorde. |
L’absence du mot «raison»
![]() |
| La Moutarde blanche. Dessin tiré du livre de Franz Eugen Köhler sur les plantes médicinales (1897) |
![]() |
| Jean Scot Érigène, d'après un dessin du XIIe siècle. |
Peu
importe, ce «la foi est compatible avec la raison» a rapidement fini par
dominer la théologie chrétienne en Occident. De manière riche, saint Thomas
d’Aquin «a proposé, au
XIIIe siècle, une œuvre théologique qui repose, par
certains aspects, sur un essai de synthèse de la raison et de la foi, notamment
lorsqu'il tente de concilier la foi chrétienne et la philosophie d’Aristote
(…). Il distingue les vérités accessibles à la seule raison de celles de la
foi, définies comme une adhésion inconditionnelle à la Parole de Dieu. Il
qualifie la philosophie de servante de la théologie afin d'exprimer comment les
deux disciplines collaborent de manière «subalternée» à la recherche de la
connaissance de la vérité, chemin de la béatitude». Quel grand chantier de
réflexion!
![]() |
| Saint Thomas d'Aquin, Par Carlo Crivelli, 1476 |
Pour
nous qui vivons à plus d’un millénaire de distance, l’avenir n’a donné ni tort
ni raison à Érigène : nous ne sommes simplement pas beaucoup plus avancés
qu’il ne l’était à l’époque. Peut-être même que nous avons reculé.
Il y a
effectivement une contradiction, voire même une opposition entre science et
foi. Sur le plan méthodologique, la science pose le doute en principe premier.
Or la foi est tout le contraire. Elle est une relation, une relation de
confiance : avoir foi est avoir confiance et faire confiance. Aucune bonne
relation ne peut se fonder sur le doute. Dans un couple, une famille ou entre
amis, la confiance est au cœur de la relation. Tout acte qui brise la confiance
risque de faire perdre la foi, la foi envers autrui, envers soi-même, envers
l’Église, envers la justice, envers telle institution, etc. Par conséquent,
comment donc science et foi pourraient-elles être si compatibles?!
De plus, des découvertes scientifiques ont mis mal-à-l'aise une «foi compatible avec la raison» en semblant contredire les textes sacrés. Par exemple, l'évolution biologique de la vie. Autre exemple, de centre de l'univers, la science a repoussé la Terre à n'être qu'une microscopique poussière dans un univers d'une immensité vertigineuse. Même notre Soleil n'est qu'une étoile parmi 200 trilliards d'autres: une étoile sur 200 000 000 000 000 000 000 000 étoiles!
Pascal et le Cœur
Malgré tout, ce «foi et
raison sont compatibles» a souvent été brandi comme un dogme qu’il n’est
pas. Il peut alors sembler étonnant que des scientifiques profondément
chrétiens n’y adhèrent pas. Je fais un détour avec Pascal.
Durant sa
trop courte vie (il est décédé à 39 ans en 1662), Blaise Pascal fut un
mathématicien et un physicien de génie, l’un des grands de l’histoire. Tenez bien votre tuque! À peine
sorti de l’adolescence, «il clarifie les concepts de pression et de vide en
étendant le travail de Torricelli».
![]() |
| Blaise Pascal. Portrait anonyme du XVIIe siècle. |
Puis, il se consacra à des réflexions philosophiques et religieuses, domaines où se déploie à nouveau son esprit original et pénétrant. En 1656 et 1657, il publie une série de lettres, sous le titre général Les Provinciales qui remporteront un grand succès mâtiné de scandale : Pascal y dénonce notamment la casuistique, l’approche cas par cas, des Jésuites. À ses yeux, cette approche qui se veut «compréhensive» des réalités vécues par les personnes n’est en fait que complaisance. Pour Pascal, il ne s’agit que d’une pseudo-bonté qui utilise, à la manière d’acrobates virtuoses, des raisonnements complexes pour justifier tout et son contraire, tout et n’importe quoi. Évidemment, on a vertement critiqué Pascal pour son «jansénisme» qui a perdu la partie contre la puissance de frappe jésuite. Qu’est-ce donc que le jansénisme? Même les experts peinent à le définir et, aujourd’hui, le mot est utilisé pour caricaturer et dénigrer toute vie de foi exigeante! Mais en gros, disons simplement que le Hollandais Jansen (1585-1638), évêque d'Ypres, affirmait que la volonté de l'homme sans le secours divin n'est capable que du mal. Pascal en était tout-à-fait convaincu. Et pour observer l’évolution actuelle du monde, je dois avouer que l’idée n’est peut-être pas entièrement fausse… Bref, Pascal se ferait certainement des tas d’ennemis même dans l’Église s’il vivait de nos jours… Au moment de son décès, Pascal laissait inachevé un grand traité sur le Christianisme. Les fragments ont été réunis et publiés sous le titre Pensées, un livre énigmatique avec des moments transcendants.
![]() |
| Diagramme de la Pascaline qui fut l'une des premières machines à calculer, sinon la première à être vraiment fonctionnelle. |
La
tradition chrétienne orientale pointe souvent dans la même direction. Elle
enseigne que Dieu est à la fois connaissable et inconnaissable. Le Seigneur est
«le Tout proche et le Tout autre». C’est la voie apophatique, celle qui approche le Seigneur par la négation : «Dieu, qui
se révèle comme in-concevable, in-accessible, in-visible, et en
même temps comme vivant, proche, intime».
Cet
esprit s’est raréfié en Occident, sauf dans la tradition mystique. Par exemple,
au XIVe siècle, un mystique chrétien anglais qui a désiré demeurer anonyme a
écrit Le nuage de l’inconnaissance,
livre dont la vision rejoint celle de saint Grégoire Palamas qui lui est
contemporaine. L’un et l’autre réagissaient contre l’envahissement de la
théologie de l’époque par la philosophie aristotélicienne valorisant la raison,
au détriment de l’intuition, de la méditation, de la prière intérieure non
verbale.
Mais peu-à-peu, la vision «raisonnable» de la foi s’est imposée jusqu’à devenir franchement prosaïque : la foi comme une affaire de «gros bon sens», dépouillée des miracles, des méchants dogmes et même des sacrements et de l'Eucharistie, affairée comme une abeille sans temps de méditation et de contemplation. La foi banalisée, sans émerveillement. Et une foi qui s’est retrouvée démunie face à la science qui ne la confirmait pas…
Je t’aime… moi non plus
![]() |
| George Lemaître, inventeur de la théorie du Big Bang et premier à observer l'expansion de l'univers, entre les physiciens Millikan et Einstein. |
![]() |
| Léon Provancher, pionnier de la botanique et de l'entomologie au Québec. |
Si les relations entre les scientifiques et l’Église ont été occasionnellement problématiques, ces exemples démontrent clairement que l’Église n’est pas contre la science.
Mais…
À SUIVRE!
Sources des illustrations: Wikipédia (Domaine public et PD-US), sites commerciaux pour les livres suggérés.










