MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!



lundi 2 mars 2020

VIGILES ET TRIDUUM (Première partie)

Calendrier Mars 2020
ANNULÉ À CAUSE DES MESURES PRISES POUR LE CORONAVIRUS. Dimanche 22 mars. Je dirige l'ensemble Grégoria aux messes de 9h00 en l'église Saint-Pierre-de-Sorel et de 10h30 en l'église Sainte-Anne-de-Sorel. Au programme: des pièces grégoriennes pour le temps du Carême, dont le Psaume 129 «Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur» (De profundis). 

ANNULÉ À CAUSE DES MESURES PRISES POUR LE CORONAVIRUS. Dimanche 29 mars, 14h30. Je serai en séance de signatures pour mes livres, dont la récente nouvelle édition du Chant des oyseaulx, au Salon du livre de Trois-Rivières, stand Gallimard. Pour infos:   https://www.sltr.qc.ca/

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Vigiles et Triduum
Première partie: 
Résoudre les fausses notes de la vie.

Prélude: Je veux être d'une minorité opprimée!
www.ripostelaique.com
Je vis à une époque fabuleuse. La «majorité» est conspuée de toutes parts, car c'est elle, et elle seule, qui porte tous les torts. Donc, chacun et chacune cherche désespérément à quelle minorité appartenir - une minorité qui, évidemment, est terriblement opprimée par la majorité; tous et toutes recherchent anxieusement avec quelle différence se définir - une différence évidemment stigmatisée et ostracisée par cette même majorité! Plaisir suprême: quand j'ai trouvé «ma minorité», j'ajoute «phobe» à son nom, comme par exemple autistophobe, et je me sers de cet épouvantail pour manipuler autrui, l'insulter, lui interdire de parler, lui imposer mes idées, lui soutirer des avantages... Quand j'ai enfin trouvé ma «différence», je rêve que le monde entier lui soit pareil - c'est bien évident que la Terre irait mieux si tout le monde pensait exactement comme moi !
Ah, si la vie était si simple! Malheureusement, les choses ne sont pas aussi tranchées. Il y a effectivement des minorités opprimées de par le monde - et non, ce ne sont pas toujours les sales Blancs qui oppriment: les Blancs ne sont pour rien dans le sort des Rohingyas en Birmanie, des Ouïghours et des Tibétains en Chine, des Aïnous au Japon, etc., etc., etc. De même, l'esclavagisme est une tentation universelle, eh oui. 


D'après un dessin de Carus, c.1910
Mais toute minorité n'est pas nécessairement opprimée, loin de là. Il arrive même que ce soit une minorité qui opprime la majorité, comme ce fut le cas avec l'apartheid, ou encore ce fameux «1%» qui concentre richesse et pouvoir au niveau mondial. Il y a dans nos sociétés des représentants de minorités qui éprouvent effectivement des difficultés. Mais toutes ces difficultés ne sont pas nécessairement le fait d’une «majorité oppressive». Toute personne a une marge de liberté et une part de responsabilité. Personne n'étant parfait, il arrive à tout le monde de ne pas faire le bon choix; il nous arrive même de choisir faire du mal. 
Le discours actuel rejette toute part de responsabilité personnelle : il ne préconise que de blâmer autrui, l’attaquer, voire le parasiter. Il met une mince couche de vernis sur une épaisse croûte d’arrogance, de prétention, de rancœur, d’incapacité à aimer, de lâcheté, d’intolérance. Alors pour assumer ma différence, je commence aujourd'hui une série de deux articles sur le thème de la pénitence! Après tout, ce mois de mars est temps de Carême pour les Chrétiens: temps d'introspection et, oui, de pénitence. Si ce mot vous offusque, repentir est un quasi synonyme. «Ah oui, la majorité doit faire pénitence et se repentir!». Non non, je parle de mon repentir, de ma pénitence. Je parle de la reconnaissance de mes torts et de ma part de responsabilité. Je parle aussi de ta part de responsabilité, à toi qui me lis. 
Ces deux articles s'articuleront autour de la seule oeuvre que j'ai composée en 2019: Vigiles. C'est que mon temps de composition a été bouffé par la réécriture de mon livre Le chant des oyseaulx! Cette oeuvre convient bien à ce temps de l'année qui est une montée vers Pâques. Ces deux articles parleront aussi des fausses notes de la vie (et comment les transformer), du mariage, du sacré et du profane, de l'eau et du feu, des spirales...



Première partie : Résoudre les fausses notes

1. Apprendre à vivre seul et heureux

2. Résoudre un double statut

3. Le remariage chrétien à l’Orientale

4. Transformer les fausses notes de la vie

5. Temps pénitentiel



Apprendre à vivre seul et heureux

L’année 2014 avait été pour moi une «année de marde», comme on dit poétiquement. Entre autres choses, après 23 ans de mariage, mon épouse m’avait demandé le divorce en juin – c’est la femme qui demande dans 70% des cas. Ce n’était pas mon choix, mais je n’ai pas eu d’autre choix que d’accepter. Ceci étant et mis avec d’autres événements de cette même année, j’avais décidé de quitter Montréal pour m’établir dans une jolie maison du quartier patrimonial de Sorel-Tracy où j’ai emménagé en novembre, peu avant le décès de ma mère. 
J’arrivais là à un moment où étaient organisées une série de rencontres de réflexion autour du documentaire L’heureux naufrage. Sous-titré L’ère du vide d’une société post-chrétienne, ce documentaire traçait le bilan de l’évolution de la société québécoise contemporaine. http://www.heureuxnaufrage.com/ J’ai assisté à ces rencontres, car j’avais moi-même fait naufrage et j’espérais que ce soit un heureux naufrage! Mon navire avait été pris dans une violente tempête, mais j’étais parvenu à l’ancrer dans une baie protégée des intempéries. J’ai travaillé à réparer mon navire, mais une question se posait : pour combien de temps après réparation allais-je rester dans cette baie? M’établirai-je temporairement ou définitivement dans ce nouveau pays? Question sans réponse immédiate que j’ai donc laissée ouverte, en faisant confiance à la vie et à la Providence. Je me suis rapidement et bien intégré à ce nouveau milieu de vie, au point d’avoir pu recréer un chœur de chant grégorien et de musique sacrée médiévale – défi qui, vous me l’accorderez, n’est pas évident à première vue! Je me suis fait de nouvelles connaissances et de nouveaux amis. 
Ainsi, les années suivantes ont été très heureuses. J’ai appris à vivre seul, à être heureux seul, mais sans sentiment d’auto-suffisance ni isolement social. Là aussi, le défi a été relevé. Il est vrai que je ne vis pas tout-à-fait seul, puisque je vis avec Napoléon! Lorsqu’il a appris ma séparation, mon bon voisin Italien de Montréal m’avait dit : «Oh! Moi, je me dépêcherais de me trouver une autre femme!». J’ai remarqué que bien des gens qui se séparent ont ce comportement : se trouver rapidement unE autre conjointE – peut-être pour se dire que l’on est toujours désirable et pour tenter de soigner la blessure d’amour-propre que cause une rupture. Je ne sais trop. Toujours est-il que je ne me suis pas mis sur cette piste et que je n’ai pas cherché. J’ai vu que quelques personnes m’ont jeté de drôles de regards pour ce choix. Mais ce n’est pas mon problème.


Résoudre un double statut

Mais ma conscience portait une épine. Mon ex-épouse s’était chargée des procédures de divorce civil. Cela a pris un certain temps, et le divorce a été prononcé en juin 2016. Mais je n’avais pas pour autant de sentiment de pleine liberté, car nous nous étions mariés à l’église. Cela me plaçait dans une situation conflictuelle : j’étais divorcé civilement mais, aux yeux de l’Église, et je précise que c’était parfaitement correct, je restais marié. L’Église ne reconnait pas le divorce civil pour un mariage religieux. Ainsi, j’étais divorcé d’un côté, mais toujours marié de l’autre. Je ne voulais pas que perdure une telle situation. J’avais donc dit à mon ex que je prendrais sur moi la démarche pour voir s’il était possible d’obtenir une annulation de notre mariage religieux. C’est ce que demande l’Église, et je répète que c’est parfaitement correct, à savoir qu’à ses yeux, il n’y a pas de divorce, mais il y a possibilité d’obtenir une déclaration de nullité de mariage. Dès mon arrivée à Sorel, j’ai pris les informations nécessaires pour initier cette démarche. Mais cette démarche exigeait que soit préalablement prononcé le divorce civil.


Après que celui-ci ait enfin été déclaré, j’ai entrepris la démarche. Cela ne se fait pas à la légère. Outre le coût, il s’agit là aussi d’une démarche juridique, cette fois auprès d’un tribunal ecclésiastique. La première étape fut de rencontrer une greffière pour répondre à ses questions et déposer la demande avec un dossier. Ensuite, un officier a rencontré trois témoins, afin de voir s’il y a des motifs réels et suffisants qui puissent justifier l’obtention d’une annulation. C’est dire que payer les coûts et déposer une demande n’entraîne pas de soi que cette demande sera accordée. Il y a enquête en bonne et due forme, et cette enquête peut déboucher ou non. Tout ce processus a été suivi jusqu’au jugement prononcé en janvier 2019. Vous me direz que c’est long! Mais en fait, cela n’a pas été plus long que pour le jugement de divorce civil, et Dieu sait que les tribunaux civils ne rendent pas rapidement toutes leurs décisions… Donc, le tribunal ecclésiastique, par la voix de son juge, a déclaré nul le mariage que j’avais contracté à l’Église. Ainsi, en janvier 2019, j’étais libre, tant civilement que religieusement.

Peut-être me direz-vous que j’aurais pu m’exempter cette démarche auprès de l’Église et de m’arranger seul à seul avec le Bon Dieu. Peut-être me direz-vous aussi : «Eh bien, si jamais tu rencontres une autre femme avec qui tu désires refaire ta vie, tu pourrais simplement te remarier civilement ou, mieux, vivre tout simplement en union de fait». Quelqu’un m’a d’ailleurs ouvertement fait cette suggestion. Oui, mais en conscience, je ne le pouvais pas. «Mais Antoine! Regarde ces prêtres pédophiles! Tu n'as pas de compte à rendre aux prêtres!». Les frasques et les crimes de certaines personnes ne sont en rien une justification à mal faire à mon tour - je signale en passant que l'immense majorité des pédophiles sont des laïcs, des «gens comme tout le monde». Pour moi, il ne s'agit pas de rendre compte à un prêtre: c'est à Dieu que les Chrétiens, prêtres comme laïcs, rendront compte. Je ne suis pas dans l'Église parce qu'Elle serait une «structure de pouvoir» m'imposant des «obligations»: je suis dans l'Église parce qu'elle est une communauté de foi partagée - ce n'est pas du tout la même chose.
Même en demeurant célibataire, j’étais mal-à-l’aise d’avoir un double statut, une situation ambiguë et peu claire. Si je rencontrais une nouvelle compagne, un remariage civil créait une grande difficulté : dans l’Église, la situation des divorcés-remariés civilement est problématique car, en conscience, la personne divorcée-remariée ne peut plus communier. Remarquez que j’ai rencontré bien des catholiques pratiquants qui s’accommodent de cela et même vont communier sans que leur sommeil en soit troublé; et bien des prêtres laissent passer. Mais moi, je ne voulais pas être écartelé ainsi dans ma conscience. Tant qu’à vivre en union libre, c’est quelque chose qu’en conscience je ne peux envisager : je suis un homme d’engagement. 


Assez curieusement, une personne divorcée-remariée ne peut plus communier, mais une personne divorcée vivant en union de fait le peut, parce qu’elle n’a pas contracté un nouvel engagement officiel. Remarquez qu’à nouveau, j’ai rencontré des catholiques pratiquants qui ont fait ce choix. Je ne juge pas, mais ce choix n’est pas pour moi. Mais s’il-vous-plait, ne me jugez pas non plus! Surtout, ne mettez pas sur le compte de la «rigidité» des autistes ce qui est une affaire de conscience, de valeurs, de convictions, d’harmonie entre gestes et paroles! L’autisme n’est pour absolument rien dans tout cela. En ce qui me concerne, la souplesse fut de reconnaître la part de responsabilité que j’ai eu dans un échec marital, et d’agir en conséquence; alors que la rigidité aurait été de mettre la faute sur autrui et de me justifier de mes erreurs.


Le remariage chrétien à l’Orientale

www.sagesse-orthodoxe.fr
Doit-on trouver trop «lourde» la démarche de demande de nullité de l’Église catholique? Du côté des Églises chrétiennes orientales, qu’elles soient liées à l’Église catholique ou Orthodoxes, il est souvent dit que la position est plus souple. Par exemple, ces mots : «L’Église orthodoxe adopte ainsi une position plus souple que l’Église catholique : elle admet non seulement le divorce mais elle accepte aussi le remariage». Ou encore ceux-ci : «[Dans l’Église orthodoxe] un époux divorcé a le droit de se remarier religieusement. En fait, l’Église orthodoxe agit selon le principe de « l’économie » : puisque l’humain est faible, sujet au péché, sachons nous accommoder de cette situation et faisons preuve de compréhension à l’égard de ceux qui souffrent d’une séparation. L’épanouissement spirituel de chacun n’est-il pas la priorité, en dépit des erreurs qu’il a pu commettre?» (https://relation-aide.com/library/2-la-position-de-leglise-orthodoxe/). Dit de cette façon, c’est très bien. Sauf que tout n’est pas dit.

«L’Église accepte qu’il y ait, depuis plusieurs siècles, une bénédiction pour un deuxième (et parfois un troisième) mariage, sans eucharistie et sans office du couronnement» (https://www.famillechretienne.fr/famille-education/detresse/separes-divorces-de-la-souffrance-a-la-misericorde-55846/guides-par-l-eglise/le-remariage-chez-les-orthodoxes-52574). Il s’agit plus d’une bénédiction que d’un mariage à l’image d’un premier mariage, puisqu’il n’y a pas d’Eucharistie et qu’une partie de l’office est omise. De plus, cette célébration a une couleur pénitentielle : «Le second mariage n’est autorisé aux personnes par la faute desquelles le premier mariage avait échoué et été dissous, qu’à condition qu’elles se repentent et s’acquittent de la pénitence donnée conformément aux règles canoniques» (https://www.seminaria.fr/L-enseignement-de-l-Eglise-orthodoxe-sur-l-indissolubilite-du-mariage_a731.html). Cette couleur pénitentielle vaut même si l’un des deux époux en est à son premier mariage. Pour celui qui a divorcé et après le divorce, un temps de pénitence est imposé par un accompagnateur spirituel. La personne divorcée est privée de communion durant un certain temps, jusqu’à cinq ans dans l’Église orthodoxe grecque (http://charismata.free.fr/?p=4564). Je ne peux pas dire si ces règles sont toujours suivies à la lettre. Du côté catholique, lorsqu’un des époux a reçu une déclaration de nullité du premier mariage, ou les deux époux, la célébration se fait comme un premier mariage.


Transformer les fausses notes de la vie

Quoiqu’il en soit, j’aime bien l’idée d’un temps pénitentiel avant de contracter (ou non) une nouvelle union. Bien que ce ne soit pas imposé dans le rite catholique, je me suis moi-même imposé un tel temps. Ce fut le temps de faire la démarche de demande de la nullité, accompagnée de prières. Mais étant musicien, je me suis fixé une démarche pénitentielle musicale. Comme en ces mots : «Il n’en tient qu’à toi de transformer tes fausses notes en chants sacrés!» (Yves Girard, Le vide habité; Éditions Anne Sigier, page 230).

Durant ces années, je me suis donc attelé à un grand œuvre longtemps caressé et longtemps mis en attente, à savoir composer un cycle de pièces pour la Semaine Sainte jusqu’à la Veillée pascale. J’ai donc composé les quatre œuvres de ce cycle à Sorel de 2016 à 2019 :

Un prélude inspiré du Dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte :

Acclamations. Pour cor (ou 4 cors) et percussions (opus 51; 2016). Durée : c. 6 minutes.

Trois «journées» :

Pour le Jeudi Saint :

La dernière Cène. Cantate pour mezzo-soprano, chœur mixte, violon et percussions – le vibraphone prédomine (Opus 55; 2018). Durée : c. 30 minutes.

Pour le Vendredi Saint :

Paroles en Croix. Cantate pour mezzo-soprano, clarinette, violoncelle, orgue et percussions (Opus 50; 2016). Durée : c. 26 minutes.

Pour la Veillée pascale :

Vigiles. Cantate en forme de trois danses sacrées. Pour chœur mixte, flûte, clarinette, cor, piano et percussions (Opus 57; 2019). Durée : c. 32 minutes.

Ces pièces peuvent être données séparément, ou dans un concert avec les quatre, ou encore dans une église lors des journées de la Semaine Sainte.

Le cycle complet s’intitule Triduum, Trois jours : c’est le nom que la liturgie donne à l’ensemble formé par ces offices.

Pendant un moment, j’avais songé à intégrer à ce cycle trois autres œuvres déjà composées (Au jardin de Gethsémani, Sonate liturgique et Hymne pascale). Ces œuvres participent à la même thématique. Mais j’ai renoncé à cette idée. La première raison est que la Sonate liturgique fait déjà partie d’un autre cycle, celui de mes Sonates pour violoncelle et piano. La seconde raison est esthétique. Le style des quatre pièces est plus récent, et il y aurait eu une certaine disparité – quoique ces pièces portent néanmoins ma signature. Surtout, les quatre pièces composées à Sorel sont unies par un petit motif de cinq notes, même si de manière plus ou moins explicite :
Motif générateur de Triddum / (C) 2019 Antoine Ouellette SOCAN

Ce motif est absent des autres pièces et, là encore, il y aurait eu un élément disparate, alors que les pièces de Triduum forment vraiment un bel ensemble, musicalement et esthétiquement. Je tiens à bien préciser de nouveau que chacune des œuvres de Triduum peuvent être présentées séparément sans problème.

J’ai donc réalisé là un projet que je caressais depuis longtemps. Je crois que les premières notes que j’avais prises à ce propos remontent à ma vingtaine. C’est un grand cycle de vie aussi qui s’est bouclé.

Ce motif de cinq notes n’est pas un thème à proprement parler, mais plutôt une sorte de motif générateur. Il aspire vers les hauteurs, ses notes étant ascendantes. Mais il contient aussi une tension avec le triton fa – si. Il représente bien l’esprit dans lequel j’étais lors du travail de composition en cette période pénitentielle. Ce même motif participe d’ailleurs à la trame modale de deux autres pièces composées à Sorel-Tracy, deux pièces «laïques» celles-là : Rivages (pour clarinette seule, opus 49) et le Quatuor à cordes (opus 56). Rivages et le Quatuor s’enchaînent très bien l’une à l’autre : malgré leur différence de caractère marquée, elles forment comme un miroir en écho…
Version «allongée» du motif générateur / (C) 2019 Antoine Ouellette SOCAN


Temps pénitentiel

Confrérie de pénitents. 

Toujours à Sorel, la première œuvre que j’ai terminée fut le second cahier des Symphonies sacrées (sept motets pour chœur mixte). Mais ne croyez pas que je me limite à la veine religieuse! Ma spiritualité artistique s’exprime aussi en mode «profane». À Sorel, j’ai donc composé des œuvres non-religieuses : outre Rivages et le Quatuor déjà mentionnées, il y a Océane (cor anglais et contrebasse), Aigue-marine (pour orchestre à vent et percussions, qui est officieusement ma Symphonie #6), le recueil des Chants de l’Autre isthme (cinq chansons pour voix et piano), Une île et une danse (pour orchestre) et une petite nouvelle à laquelle je travaille.

Peut-être que je vous étonne (ou que je vous fais sourire) en parlant de cette période pénitentielle. Bon, je sais que l’air du temps est à se déculpabiliser de tout et d’aller de party en party… Mais tout de même, je crois qu’il faut reconnaître nos erreurs, ne pas toujours chercher à blâmer l’Autre, assumer ce que l’on fait d’incorrect.
Sur un autre plan, je crois que l’humanité vivra elle-même une période pénitentielle d’ici quelques petites décennies, à cause de son péché d’hyperconsommation, avec les violences et les fausses valeurs qui viennent avec lui. Il ne servira alors à rien de blâmer l’Autre, ni de blâmer Dieu (dont nous avons rejeté la Sagesse qu’Il nous lègue) : le péché d’Adam et d’Ève n’appartient pas tant à un passé mythique qu’à un aujourd’hui bien réel. Tous et toutes nous l’avons commis, nous le commettons, consciemment ou non, volontairement ou sous la contrainte.

 «Oui, Antoine, tout cela est très beau. Mais tu es maintenant libre de te remarier. Alors, as-tu finalement rencontré quelqu’un?!». Curieux que vous êtes! 
 Sources des photos: Wikipédia et collection personnelle, sauf autre mention.