MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!



lundi 2 mars 2020

TRIDUUM (opus 50, 51, 55 et 57)

Triduum. Texte d'introduction.

Pour solistes, chœur, orgue et ensemble instrumental (cycle regroupant les opus 50, 51, 55 et 57)


Ou: Transformer les fausses notes de la vie

L’année 2014 avait été pour moi une «année de marde», comme on dit poétiquement. Entre autres choses, après 23 ans de mariage, mon épouse m’avait demandé le divorce en juin – c’est la femme qui demande dans 70% des cas. Ce n’était pas mon choix, mais je n’ai pas eu d’autre choix que d’accepter. Ceci étant et mis avec d’autres événements pénibles de cette même année, j’avais décidé de quitter Montréal pour m’établir dans une jolie maison du quartier patrimonial de Sorel-Tracy où j’ai emménagé en novembre, peu avant le décès de ma mère. 
J’arrivais là à un moment où étaient organisées une série de rencontres de réflexion autour du documentaire L’heureux naufrage. Sous-titré L’ère du vide d’une société post-chrétienne, ce documentaire traçait le bilan de l’évolution de la société québécoise contemporaine. http://www.heureuxnaufrage.com/ J’ai assisté à ces rencontres, car j’avais moi-même fait naufrage et j’espérais que ce soit un heureux naufrage! Mon navire avait été pris dans une violente tempête, mais j’étais parvenu à l’ancrer dans une baie protégée des intempéries. J’ai travaillé à réparer mon navire, mais une question se posait : pour combien de temps après réparation allais-je rester dans cette baie? M’établirai-je temporairement ou définitivement dans ce nouveau pays? Question sans réponse immédiate que j’ai donc laissée ouverte, en faisant confiance à la vie et à la Providence. Je me suis rapidement et bien intégré à ce nouveau milieu de vie, au point d’avoir pu recréer un chœur de chant grégorien et de musique sacrée médiévale. Je me suis fait de nouvelles connaissances et de nouveaux amis. 
Ainsi, les années suivantes ont été très heureuses. J’ai appris à vivre seul, à être heureux seul, mais sans sentiment d’auto-suffisance ni isolement social. Là aussi, le défi a été relevé. Il est vrai que je ne vis pas tout-à-fait seul, puisque je vis avec Napoléon - c'est mon Chat noir!

Mais ma conscience portait une épine. Mon ex-épouse s’était chargée des procédures de divorce civil. Cela a pris un certain temps, et le divorce a été prononcé en juin 2016. Mais je n’avais pas pour autant de sentiment de pleine liberté, car nous nous étions mariés à l’église. Cela me plaçait dans une situation conflictuelle : j’étais divorcé civilement mais, aux yeux de l’Église, et je précise que c’était parfaitement correct, je restais marié. L’Église ne reconnait pas le divorce civil pour un mariage religieux. Ainsi, j’étais divorcé d’un côté, mais toujours marié de l’autre. Je ne voulais pas que perdure une telle situation. L'Église offre toutefois la possibilité de demander une déclaration de nullité de mariage.

Il s’agit là aussi d’une démarche juridique, cette fois auprès d’un tribunal ecclésiastique. Il y a enquête en bonne et due forme, et cette enquête peut déboucher ou non. J'ai suivi cette démarche et, au bout du compte, le tribunal ecclésiastique a déclaré nul le mariage que j’avais contracté à l’Église. Ainsi, en janvier 2019, j’étais libre, tant civilement que religieusement.

En Orient chrétien, on impose un temps pénitentiel avant de contracter (ou non) une nouvelle union. Bien que ce ne soit pas imposé dans le rite catholique, je me suis moi-même imposé un tel temps. Ce fut le temps de faire la démarche de demande de la nullité, accompagnée de prières. Mais étant musicien, je me suis fixé une démarche pénitentielle musicale. Comme en ces mots : «Il n’en tient qu’à toi de transformer tes fausses notes en chants sacrés!» (Yves Girard, Le vide habité; Éditions Anne Sigier, page 230).

Durant ces années, je me suis donc attelé à un grand œuvre longtemps caressé et longtemps mis en attente, à savoir composer un cycle de pièces pour la Semaine Sainte jusqu’à la Veillée pascale. J’ai donc composé les quatre œuvres de ce cycle à Sorel de 2016 à 2019 :

Un prélude inspiré du Dimanche des Rameaux qui ouvre la Semaine Sainte :

Acclamations. Pour cor (ou 4 cors) et percussions (opus 51; 2016). Durée : c. 6 minutes.

Trois «journées» :

Pour le Jeudi Saint :

La dernière Cène. Cantate pour mezzo-soprano, chœur mixte, violon et percussions – le vibraphone prédomine (Opus 55; 2018). Durée : c. 30 minutes.

Pour le Vendredi Saint :

Paroles en Croix. Cantate pour mezzo-soprano, clarinette, violoncelle, orgue et percussions (Opus 50; 2016). Durée : c. 26 minutes.

Pour la Veillée pascale :

Vigiles. Cantate en forme de trois danses sacrées. Pour chœur mixte, flûte, clarinette, cor, piano et percussions (Opus 57; 2019). Durée : c. 32 minutes. 

Ces pièces peuvent être données séparément, ou dans un concert avec les quatre, ou encore dans une église lors des journées de la Semaine Sainte.

Le cycle complet s’intitule Triduum, Trois jours : c’est le nom que la liturgie donne à l’ensemble formé par ces offices. 

Les quatre pièces sont unies par un petit motif de cinq notes, même si de manière plus ou moins explicite :
Motif générateur de Triddum / (C) 2019 Antoine Ouellette SOCAN

Ce motif est absent des autres pièces et, là encore, il y aurait eu un élément disparate, alors que les pièces de Triduum forment vraiment un bel ensemble, musicalement et esthétiquement.
J’ai donc réalisé là un projet que je caressais depuis longtemps. Je crois que les premières notes que j’avais prises à ce propos remontent à ma vingtaine. C’est un grand cycle de vie aussi qui s’est bouclé.

Ce motif de cinq notes n’est pas un thème à proprement parler, mais plutôt une sorte de motif générateur. Il aspire vers les hauteurs, ses notes étant ascendantes. Mais il contient aussi une tension avec le triton fa – si. Il représente bien l’esprit dans lequel j’étais lors du travail de composition en cette période pénitentielle. Ce même motif participe d’ailleurs à la trame modale de deux autres pièces composées à Sorel-Tracy, deux pièces «laïques» celles-là : Rivages (pour clarinette seule, opus 49) et le Quatuor à cordes (opus 56). Rivages et le Quatuor s’enchaînent très bien l’une à l’autre : malgré leur différence de caractère marquée, elles forment comme un miroir en écho…
Version «allongée» du motif générateur / (C) 2019 Antoine Ouellette SOCAN

Ce qui représente un total d'environ 94 minutes de musique.

Sources des photos: Wikipédia (Domaine public, PD-US), collection personnelle, site commercial pour la couverture du livre